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Des milliers de manifestants dans les rues du centre-ville.

Plusieurs milliers de personnes dans les rues du centre-ville de Montréal pour le climat.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Michel C. Auger

Il n’y a rien comme une grande manifestation en plein coeur d’une campagne électorale pour révéler les contradictions des politiciens sur l’enjeu de l’heure : l’environnement.

La palme des contradictions va, sans conteste, au premier ministre François Legault et à son gouvernement. Dans les semaines qui ont précédé la grande manifestation de vendredi dernier, M. Legault et ses ministres ont soufflé le chaud et le froid, tantôt blâmant les commissions scolaires de donner congé aux élèves, tantôt se disant prêts à rencontrer Greta Thunberg.

Quand il est devenu évident que la marche allait dépasser toutes les attentes, M. Legault a voulu s’adresser à la jeunesse québécoise dans une lettre ouverte visant à montrer qu’il partageait ses préoccupations.

Une vision qui passe trop souvent à côté de l’essentiel, soit l’urgence d’agir et le besoin de changer certaines habitudes de vie. La solution Legault à la crise climatique est plutôt de dire : tout va bien aller parce que nous avons de l’hydroélectricité. On va électrifier les transports et l’industrie québécoise et on va vendre nos surplus à nos voisins pour répandre notre énergie propre sur tout le nord-est du continent.

Sauf que si on électrifie tout, on n’aura plus de surplus. À moins de se doter de nouveaux complexes hydroélectriques de plus en plus coûteux, éloignés des lieux de consommation et dont la construction serait une énorme source de gaz à effet de serre. Or, l’électrification n’est pas un but en soi, c’est un moyen de réduire les GES.

L’angle mort de la CAQ

À l’heure où il célèbre le premier anniversaire de son arrivée au pouvoir, l’environnement reste toujours le principal angle mort de la Coalition avenir Québec.

Il faut savoir décoder quelques expressions dans cette lettre de M. Legault. Nous devons mettre nos différences de côté, écouter nos concitoyens, comprendre et respecter la réalité propre à chaque région. Nous devons tous travailler dans la même direction, dit le premier ministre.

En clair, au nom des réalités régionales, il faudra comprendre que le gouvernement ne reculera pas devant des projets fortement contestés pour des raisons environnementales, comme le troisième lien à Québec ou le projet de gaz naturel GNL au Saguenay.

Ces deux projets sont d’ailleurs au coeur de certains des revirements les plus cocasses de la présente campagne électorale.

Au début de la campagne, le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet se déclarait plus vert que les verts. Mais comme sa principale carte de visite dans cette campagne est de se coller au gouvernement Legault, voici que le Bloc n’est pas contre le troisième lien et veut attendre le rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement sur le projet GNL-Québec.

Pendant ce temps, le parti frère du Bloc, le Parti québécois, est totalement et résolument opposé à ces deux projets.

Les contorsions de M. Blanchet pour concilier les positions de son frère péquiste et de la CAQ – dont il voudrait être le meilleur ami – seraient divertissantes si elles ne montraient pas un manque de convictions évident.

Même chez les verts

Les contradictions ne manquent pas non plus chez les partis qui se disent les plus préoccupés par l’environnement. La plateforme du Parti vert, par exemple, voudrait que l’on consomme du pétrole canadien exclusivement, mais sans construire de pipelines. On fait ça comment? En approvisionnant l’est du Canada, dont le Québec, avec le pétrole du projet Hibernia au large de Terre-Neuve.

Sauf qu’au maximum de sa production, Hibernia ne produit que 220 000 barils de pétrole par jour et que ce n’est pas assez pour approvisionner le Québec (qui en consomme chaque jour plus de 300 000 barils), en oubliant totalement les besoins des quatre provinces des Maritimes!

De même, Mme May voudrait qu’Hydro-Québec cesse d’exporter dans l’est des États-Unis pour ne vendre qu’aux autres provinces canadiennes. Sauf que ce n’est pas que le Québec refuse de vendre aux autres provinces, c’est qu’il n’y trouve pas de clients! Comme quoi, même les plus verts n’échappent pas aux contradictions.

Les grands partis ont aussi leurs contradictions

M. Trudeau se retrouve propriétaire d’un pipeline, ce qui fait qu’il est bien plus difficile de croire à ses promesses de faire mieux dans un second mandat. Rien de mal à dire sur le fait de planter deux milliards d’arbres — sur 10 ans! — ou de promettre un Canada carboneutre en 2050.

Mais on ne peut tout simplement pas croire le premier ministre quand il dit que le Canada a atteint les trois quarts de ses cibles de réduction des GES quand il ne s’agit, dans les faits, qu’une projection de ce qui serait possible en 2030 si on suit le plan prévu.

Il y aurait eu là une ouverture pour son principal adversaire, Andrew Scheer, qui aurait pu devenir le premier chef conservateur depuis Brian Mulroney à avoir un véritable programme en environnement.

Malheureusement, il a choisi la voie du retour en arrière et de l’abolition de tout ce qui pourrait avoir l’air de mettre un prix sur le carbone. L’hiver dernier, M. Scheer se faisait fort d’avoir avec lui tous les premiers ministres conservateurs provinciaux sur la une du magazine Maclean’s qui titrait : La résistance. Aujourd’hui, ils se font tirer l’oreille pour faire campagne avec M. Scheer.

La résistance, aujourd’hui, semble surtout se manifester contre M. Scheer et le fait que son parti n’ait pas de véritable plateforme en environnement.

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