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Les souvenirs de la construction du barrage Daniel-Johnson toujours vivants 50 ans plus tard

Des hommes à l'intérieur d'un immense tunnel.

La construction des canalisations

Photo : Antoine Desilets/BAnQ

Dereck Doherty

Il y a 50 ans, le barrage Daniel-Johnson, plus grand barrage à contreforts et à voûtes multiples du monde, était inauguré. Deux travailleurs se confient sur leur expérience pendant la construction de l'une des merveilles du génie québécois.

C'est mon barrage, c'est notre barrage, raconte fièrement Jean-Noël Laprise. L'homme de 82 ans est arrivé sur le chantier au tout début des travaux. Il avait alors 20 ans.

C'est le goût du défi qui l'a amené de Dolbeau-Mistassini, au Lac-Saint-Jean, à la Côte-Nord. Il y a toujours habité depuis. J'ai monté à Manic-5 sur le pouce. Ça m'a pris quatre jours, raconte-t-il.

Mon désir, c'était de voir la construction d'un barrage. J'ai été gâté, parce que c'est le plus beau au Québec, peut-être au monde.

Jean-Noël Laprise

De son côté, Gilles Landry, un Rimouskois, était mécanicien sur le chantier au cours des années 1960. Parti du Bas-Saint-Laurent, il souhaitait participer à la construction de ce grand projet québécois.

Je suis arrivé en 1963, je n'étais pas marié et je vivais dans les campements. En 1965, je me suis marié puis j'ai acheté une roulotte au lac Louise pour la famille, raconte celui qui était mécanicien diesel.

La visite du premier ministre Johnson

L'un des moments les plus marquants au cours des 10 ans où M. Laprise a travaillé au barrage a été la visite du premier ministre Daniel Johnson, qui était sur place pour inaugurer la structure en septembre 1968.

Photo en noir et blanc de Daniel Johnson la veille de son décès à la taverne du chantier de Manic-5.

Daniel Johnson la veille de son décès à la taverne du chantier de Manic-5.

Photo : Radio-Canada / Archives

Toutefois, ce dernier ne coupera pas le ruban cérémonial. Après avoir passé une partie de la soirée à la taverne où il a échangé avec les travailleurs, on le retrouve mort dans son lit le lendemain matin.

Étant donné qu'on avait un bal avec des invités de la ville, toutes les femmes se préparaient et allaient à la coiffeuse, pour finalement se faire dire qu'il n'y aurait pas de party. Ça a été une déception pour nous, raconte M. Laprise.

Le Québec est sous le choc. On ne croyait quasiment pas ça, raconte pour sa part M. Landry. L’inauguration du barrage est annulée et est remise à l’année suivante. C’est plutôt en septembre 1969 que le barrage sera officiellement nommé en l’honneur de Daniel Johnson, par son successeur Jean-Jacques Bertrand.

Le barrage Daniel-Johnson et la centrale Manic-5

Le barrage Daniel-Johnson et la centrale Manic-5

Photo : iStock / melking

Le souvenir de l'émerveillement que Jean-Noël Laprise a ressenti lorsqu'il est arrivé sur place, avant que ne se dresse le barrage, est toujours aussi vibrant. Ce qui m'a frappé le plus, c'est de voir les deux montagnes à l'endroit où le barrage allait être construit. C'était noir, parce qu'ils avaient brûlé le fond de terrain pour commencer à faire les forages.

La construction des installations a duré plusieurs années et a nécessité d'innombrables heures de travail. En 1961 et jusqu’en 1970, sur les chantiers, on travaillait 60 heures par semaine. À l’occasion, on avait à faire des heures supplémentaires et à l’occasion, on travaillait le dimanche, se rappelle Jean-Noël Laprise.

Les voûtes iconiques du barrage Daniel-Johnson.

Les voûtes iconiques du barrage Daniel-Johnson

Photo : Antoine Desilets/BAnQ

Malgré le travail acharné des milliers d'employés qui ont participé à l'édification de ce colosse, les loisirs avaient eux aussi une place importante dans la vie des travailleurs. L'hiver, on jouait au curling, on jouait au hockey et on faisait de la motoneige. L'été, on avait des jeux interchantiers, mais aussi de la natation, on jouait à la balle, mentionne-t-il.

Il y avait aussi de la place pour les activités de plein air. On faisait aussi de la chasse et on allait à la pêche. C'est le paradis de la pêche dans le secteur, souligne M. Laprise.

Le barrage Daniel-Johnson pendant sa construction.

C’est en 1969 que le barrage sera officiellement nommé en l’honneur de Daniel Johnson.

Photo : Antoine Desilets/BAnQ

Construire au temps de la Révolution tranquille

Le chantier a donné lieu à des exploits techniques, selon les ouvriers. C'étaient de gros travaux, puis de beaux travaux, soutient emphatiquement M. Laprise.

Fait important pour les deux anciens travailleurs interrogés : les travaux se sont réalisés en français. Au départ, comme mécaniciens, tous les rapports qu'ils rédigeaient pour leurs supérieurs étaient en anglais. Un moment donné [le premier ministre] Jean Lesage, avec son acolyte [le ministre des Richesses naturelles] René Lévesque ont décidé de faire ça en français, raconte Jean-Noël Laprise.

Le barrage pendant sa construction.

Le barrage pendant sa construction

Photo : Antoine Desilets/BAnQ

Donc, fini les ratchets, bonjour les cliquets, se souviennent les travailleurs. Cette francisation ne s'est toutefois pas faite sans difficulté.

Ça devenait une difficulté, parce qu'on était tellement habitués à faire les breaks puis des transmissions et des driving shafts.

Jean-Noël Laprise

Gilles Landry se souvient que les employés avaient des dictionnaires pour traduire les termes du français à l'anglais, ce qui rendait la tâche moins ardue.

Une cuve de béton.

Le béton était transporté dans des cuves comme celle-ci.

Photo : Antoine Desilets/BAnQ

Un demi-siècle après l'inauguration de l'ouvrage, le sentiment est le même pour les deux retraités : pour moi, ça a été une vraie famille, puis ça a été une école pour moi et de nombreux confrères, résume Gilles Landry. On a appris beaucoup sur place parce que c'est un barrage qui n'avait jamais été fait. C'était une chose grandiose.

Des travailleurs sur des échafauds pendant la construction du barrage.

Les ouvriers étaient sur le chantier 60 heures par semaine.

Photo : Antoine Desilets/BAnQ

Par ailleurs, l'aventure n'était pas pour tout le monde. M. Landry se souvient que, lorsqu'il a survolé les camps à bord du vol de Québec Air qui emmenait les travailleurs au chantier, l'un d'entre eux s'est désisté. Il n'a pas débarqué de l'avion, il est retourné à Rimouski. La peur lui a pris, se souvient le mécanicien.

Le barrage Daniel-Johnson fait maintenant partie du patrimoine nord-côtier et québécois. Les installations sont visitées par près de 8000 personnes chaque année.

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