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Des centaines de milliers de personnes, une même soif d’idéal

Hier, à Montréal, ils voulaient être « ensemble » pour le climat.

Plusieurs milliers de personnes dans une rue de Montréal devant une estrade avec des musiciens.

Ils étaient plusieurs centaines de milliers de manifestants à marcher pour le climat à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« On dirait une rivière, c’est très émouvant », dit Judy Servay, une main sur le cœur, en regardant défiler des centaines de personnes qui arrivent de partout.

Elle se tient sur le pas de la porte du restaurant qu’elle dirige, le Robin des Bois, coin Villeneuve et Saint-Laurent.

Bonne marche tout le monde!, dit Judy en saluant les derniers clients qui quittent son établissement. Le Robin des Bois s’apprête à fermer quelques heures pour permettre aux employés de participer à la marche.

On a fait un brunch pour la marche, il y avait de tout, explique-t-elle en souriant. Des choses pour les végétariens, les végétaliens, mais aussi du bacon… On s’est fait chicaner sur les réseaux sociaux à cause de ça. Mais ce n’est pas grave, l’important, c’est qu’on soit tous ensemble pour la cause, raconte-t-elle, avant de déclarer, avec un grand sourire : L’important, c’est d’être ensemble.

Cette phrase, je l’ai entendue souvent en cette journée de grand soleil et de beaucoup de sourires, presque aussi souvent que : Elle est où Greta?

Un manifestant, noyé dans la foule, fait le V de la victoire.

Malgré la foule imposante, la manifestation pour le climat s'est déroulée de façon pacifique à Montréal.

Photo : Ivanoh Demers

Au coin de Mont-Royal et Saint-Laurent, un homme tient un petit garçon par la main, et ce petit garçon est très impressionné par la marée humaine qui monte l’avenue du Mont-Royal vers la montagne.

Tu vois, ils t’attendent. Tout le monde t’attend!, dit l’adulte à l’enfant dubitatif. L’adulte s’appelle Georges Aubin. Il a 55 ans.

Un groupe de jeunes filles passe dans la rue. Elles veulent voir Greta. Où est Greta?, crient-elles à la volée.

Georges Aubin en profite pour me dire qu’il s’inquiète pour la jeune Suédoise, égérie du mouvement.

Je trouve qu’on lui en met beaucoup sur les épaules. Que va-t-il arriver quand les caméras vont cesser de s’intéresser à elle? Je crains un "backlash". C’est toute la jeunesse qui est derrière ce mouvement. La cause se tient d’elle-même, elle n’a pas besoin d’une star.

N’empêche, la tête d’affiche inspire. Je rejoins le groupe d’adolescentes maquillées de vert. C’est leur première manifestation toutes seules, sans leurs parents.

Pauline Plum-Gallager, 12 ans, me dit : Ce n’est pas parce qu’on est jeunes qu’on n’a pas notre mot à dire sur notre avenir. Le fait que l’on soit tous ensemble, ici, c’est parce que notre futur nous inquiète. Greta, vous avez vu ce qu’elle a réussi à faire en un an? Elle nous motive.

Dans le parc Jeanne-Mance, derrière la statue Georges-Étienne Cartier, une femme munie d’un porte-voix appelle des gens à se placer en cercle autour d’elle. Au son des tambours, une chorale se met en place et on chante, en anglais et en chœur, puis en canon, une ritournelle facile à retenir.

Everybody’s fighting the good fight… clean water, clean forest, more justice, more peace. [Tout le monde se bat pour une bonne cause : de l’eau pure, des forêts en santé, plus de justice, plus de paix.]

Fran Auni, 74 ans, se tient sur une canne, mais ça ne l’empêche pas de se déhancher au son des percussions. L’important, c’est d’être ensemble, et le rythme de la musique nous permet ce sentiment de communion au groupe.

À quelques mètres de là, Marie-Pierre Arsenault, 25 ans, tient un sac de glace sur sa joue enflée. Elle vient de se faire enlever des dents de sagesse.

Ce n’est pas un mal de dents qui va m’empêcher d’être ici. C’est l’affaire de tous, de tous ceux qui respirent, le climat, dit-elle.

Un kiosque à hot-dog et un militant qui essaie de dissuader les passants d’en acheter.

Alain Bourdeau, qui a installé son kiosque à hot-dog, reconnaît n’en avoir pas vendu autant que d’habitude.

Photo : Radio-Canada / Émilie Dubreuil

« Je suis ici pour les animaux »

La foule est patiente. Calme. Entassés les uns sur les autres, sous le soleil, les gens sur place attendront une bonne heure avant de se mettre en branle.

Le groupe finit par se diviser. Des centaines de personnes descendent l’allée du parc Jeanne-Mance, où Alain Bourdeau a installé son kiosque à hot-dog.

On n’en a pas vendu autant que d’habitude. On s’est fait insulter par une dizaine de personnes parce qu’on vendait de la viande. Ils ont le droit, je les comprends. Avoir su, on aurait apporté les saucisses végétariennes.

Justement, à côté du kiosque, un homme essaie de dissuader les passants d’acheter les chiens-chauds. Il crie aux passants que l’élevage de bovins détruit la planète. Il ne veut pas dire son nom, mais nous dit qu’il est enseignant au secondaire.

Je suis ici pour les animaux, dit-il.

Au centre-ville, du monde partout. Dans tous les sens. Sur le boulevard Saint-Laurent, sur la rue Sainte-Catherine, sur la rue Sherbrooke. Je recroise le groupe de jeunes filles de ce matin.

Il faut qu’on parte, genre. Elles regrettent de ne pas avoir vu Greta.

Coin Saint-Antoine et Square-Victoria, des jeunes masqués de foulards verts ont érigé des barrières. Ils chantent et dansent.

Je demande à une jeune femme de m’expliquer ce qui se passe. Elle ne me répond pas. On ne parle pas aux journalistes.

Elle me tend un feuillet explicatif, par contre. C’est La zone d’autonomie temporaire. Le feuillet explique que le groupe veut se réapproprier la rue et se termine par cette menace : Gare à quiconque viendrait nous gâcher la fête.

À quelques pas, des dizaines de policiers les observent. C’est le seul moment un peu tendu depuis que nous sommes partis ce matin.

Sur Bonaventure, en lieu et place des bouchons habituels, des marcheurs déambulent en silence. Au loin, on entend les échos des discours et puis, subitement, des jeunes filles se mettent à courir, excitées, elles crient, elles rient.

C’est Greta, c’est Greta! Leur réaction me fait penser à ces images d’archives des tournées des Beatles.

La militante suédoise Greta Thunberg lors de la manifestation pour le climat à Montréal.

La militante suédoise Greta Thunberg lors de la manifestation pour le climat à Montréal

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La foule s’assoit devant l’écran où le visage rayonnant de la militante tant aimée apparaît en gros plan.

Bonjour Montréal. Le son est mauvais, on ne comprend pas très bien ce qu’elle dit, mais des milliers de personnes écoutent en silence, attentifs aux moindres mots.

Nous changeons le monde, dit Greta. La foule applaudit à tout rompre. Lorsqu’elle dit au revoir, un homme se lève et regarde ses voisins qu’il interpelle : On a vraiment vécu quelque chose, hein? Pis on était tous ensemble!

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