•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Rapport du GIEC : un avenir sombre pour l'Est-du-Québec

Une piste cyclable le long de la route 132 borde le fleuve Saint-Laurent.

La hausse du niveau de la mer pourrait atteindre de 2,3 à 5,4 mètres en 2300, selon le GIEC.

Photo : Radio-Canada / Laurie Dufresne

Laurence Gallant

Les données présentées dans le récent rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) laissent entrevoir un horizon sombre pour les habitants qui résident le long des berges dans l’Est-du-Québec. Le chercheur de l’Institut Maurice-Lamontagne (IML) Denis Gilbert était des sept experts de la délégation canadienne participant à la rencontre du GIEC, qui s’est déroulée ces derniers jours à Monaco. Il nous explique les grandes lignes de ces prévisions.

Pour la première fois, les données présentées par la communauté scientifique abordent l'horizon 2300 au lieu de 2100.

D’entrée de jeu, le chercheur sur le climat des océans Denis Gilbert souligne que dans le rapport de près de mille pages, le GIEC prédit une hausse du niveau de la mer qui pourrait atteindre de 2,3 à 5,4 mètres en 2300, selon le scénario actuel de fortes émissions de CO2 : une information que devraient considérer les décideurs, estime-t-il.

Taux de hausse du niveau de la mer dans le monde

Début du 20e siècle : 1,4 mm par année

Actuellement : 3,6 mm par année

2100 : 15 mm par année

L’horizon de 2300, c’est que la hausse du niveau de la mer, cette fois-ci, ce n’est pas entre 61 centimètres et 1,1 mètre [tel que prévu pour 2100], c’est plutôt entre 2,3 mètres et 5,4 mètres. Ça, ça veut vraiment dire que même quelque chose ici, par exemple à Rimouski qui serait sur la rue Saint-Germain, ce serait déjà pas assez haut. Il faudrait penser à aller mettre ça sur la rue de l’Évêché.

Graphique démontrant les projections entre 1950 et 2300.

Le GIEC prédit une hausse du niveau de la mer qui pourrait atteindre de 2,3 à 5,4 mètres en 2300, selon le scénario actuel de fortes émissions de CO2.

Photo : Denis Gilbert/GIEC

Denis Gilbert précise toutefois qu’à Rimouski, par exemple, la hausse du niveau de la mer serait alors légèrement atténuée, soit de 90 centimètres, prenant en compte l’élévation de la croûte terrestre de 3,2 millimètres par année. Selon les prédictions, Rimouski pourrait connaître une hausse des eaux se situant entre 1,4 et 4,5 mètres en 2300.

Aux Îles-de-la-Madeleine, les scénarios sont d’autant plus sombres, indique le chercheur de l’IML, parce que dans cette région, la croûte terrestre [...], au contraire, cale d’un millimètre par année. Dans leur cas à eux, ils ont une hausse du niveau de la mer qui est pire que la moyenne mondiale.

Sans surprise, cette montée des eaux est principalement causée par la fonte de la calotte glaciaire, qui a connu une accélération alarmante dans les dernières années.

Le taux de fonte de la calotte glaciaire du Groenland, dans les dix ans plus récents, est deux fois plus rapide que dans les dix ans qui précédaient. [...] La calotte glaciaire de l’Antarctique, elle, fond actuellement dans les derniers dix ans trois fois plus rapidement que dans les dix ans précédents.

Denis Gilbert, chercheur à l’Institut Maurice-Lamontagne
Des pingouins se tiennent sur un bloc de glace fondant lentement, en Antarctique.

Fonte des glaces en Antarctique

Photo : Reuters / Pauline Askin

Ces données colligées par les experts du GIEC s’aggravent de rapport en rapport, à cause de cette fonte des glaces en Antarctique que les chercheurs parviennent de mieux en mieux à évaluer. Voilà pourquoi le cinquième rapport du GIEC présentait une fourchette d’incertitude sur la hausse du niveau de la mer en 2100 qui se terminait à un mètre, et qu’elle se termine dans le plus récent rapport à 1,1 mètre, indique M. Gilbert.

Fréquence grandissante des phénomènes extrêmes

Il n’en demeure pas moins que ce qui nous attend dans les 80 prochaines années est considérable, laisse-t-il entrevoir.

En 2100, le taux de hausse de niveau de la mer va être rendu à 15 mm par année, donc il va être rendu beaucoup plus rapide que la hausse de la croûte terrestre qui elle, ne changera pas. Donc les événements de niveaux d’eau extrêmes vont être très très fréquents.

Pour la plupart des endroits sur la planète, ce qui est présentement un événement de niveau d’eau extrêmement élevé qui arrive une fois aux 100 ans, va devenir, avant la fin du siècle, un événement qui arrive au moins chaque année.

Denis Gilbert, chercheur à l’Institut Maurice-Lamontagne
Une partie de la piste cyclable détruite avec une clôture affaissée

La piste cyclable à Cap-aux-Meules a été rongée par la plus récente tempête.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

M. Gilbert nuance toutefois ce qui est observé actuellement, de façon générale, dans l’Est.

À l’heure actuelle, les événements d’érosion côtière qu’on a connus et qui ont été marquants pour l’Est-du-Québec n’étaient pas nécessairement dus au fait que la mer montait plus vite que la croûte terrestre, mais c’était dû au fait qu’avec le réchauffement de l’atmosphère, la glace marine en hiver, qui normalement nous protège des grosses vagues, est moins présente. Par conséquent, les grosses vagues qui se forment en hiver en l’absence de glace viennent frapper la côte de façon beaucoup plus libre qu’avant : c’est ça la principale problématique, présentement.

Les scientifiques ont-ils un impact?

Si les prévisions face aux changements climatiques sont de plus en plus alarmantes, Denis Gilbert se demande quelles répercussions aura ce récent rapport du GIEC sur les mesures prises par les décideurs.

Je vais être bien franc avec vous, je pense vraiment que quelqu’un comme Greta Thunberg a plus d’impact que moi, affirme-t-il en riant.

Greta Thunberg au milieu de manifestants.

La jeune militante suédoise a pris la tête du cortège à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les politiciens n’ont manifestement pas peur de ce que les [scientifiques] leur racontent, parce que ça fait 30 ans qu’on leur raconte la même histoire.

Denis Gilbert, chercheur à l’Institut Maurice-Lamontagne

Ils nous demandent tout le temps un nouveau rapport avec de nouveaux résultats, mais en réalité ce qu’on a trouvé chaque fois qu’on est arrivés avec un nouveau rapport, c’est qu’on avait été trop conservateurs dans le précédent, et nos révisions sont à la hausse.

Pour Denis Gilbert, adopter des mesures concrètes pour préserver l’environnement est laborieux d’abord parce que l’industrie du pétrole, qui se sent menacée, a des moyens d’essayer d’influencer l’opinion publique.

Ils ont au fil des ans trouvé toutes sortes de façon d’employer des firmes de relations publiques pour mettre du doute, insister sur l’incertitude de la science. [...] Un peu comme on a semé le doute pendant longtemps sur l’effet toxique des cigarettes.

Denis Gilbert, chercheur à l’Institut Maurice-Lamontagne
Une vague frappe la Maison du pêcheur.

Une vague frappe la Maison du pêcheur à Percé lors d'un épisode de grande marée.

Photo : Radio-Canada

Une expérience unique à la rencontre du GIEC

La rencontre de Monaco, qui réunissait des scientifiques et des représentants gouvernementaux de partout, avait ainsi pour but d’approuver le contenu du rapport et de le résumer à l’intention des décideurs, raconte M. Gilbert.

Le chercheur devait veiller à ce que le GIEC demeure libre d’influence politique et à ce que l’intégrité scientifique du rapport ne soit pas remise en question.

Quand on dit "intégrité scientifique", on veut dire que la science des scientifiques ne soit pas diluée par, par exemple, des politiciens qui voudraient atténuer des propos ou les accentuer, donc on veut éviter des dérapages dans ce sens-là.

J’étais content de voir que l’indépendance des scientifiques était bien préservée.

Denis Gilbert, chercheur à l’Institut Maurice-Lamontagne
Denis Gilbert dans la station de Radio-Canada.

Denis Gilbert, expert en climat des océans à l'IML, a participé à la dernière rencontre du GIEC à Monaco.

Photo : Radio-Canada

Cette expérience à Monaco, qui peut être considérée comme une consécration pour tout scientifique, s’est avérée hors du commun pour le spécialiste du climat des océans.

C’est particulier d’être dans une réunion comme ça, parce qu’on est en présence de pays comme Haïti, Trinidad-et-Tobago, la Grenade, Saint-Kitts, des pays qui ont des moyens financiers plus limités et qui rencontrent quand même les réalités horribles du changement climatique.

Denis Gilbert, chercheur à l’Institut Maurice-Lamontagne

Le changement climatique, ce qu’il faut comprendre, c’est que c’est une injustice profonde des nations riches qui ont émis énormément de CO2 et qui se sont développées en brûlant du charbon, du pétrole et toutes sortes de carburants fossiles. Du côté des pays en développement, eux ne sont pas vraiment responsables du problème autant, mais quand arrivent par exemple des problèmes de hausse du niveau de la mer, d’ouragans qui prennent davantage de force parce que les eaux de surface sont devenues plus chaudes [...], ces gens-là sont aux premières loges pour se faire frapper, et puis ils sont vulnérables parce qu’ils n’ont pas les ressources financières ensuite pour se relever, rebâtir ou encore à la limite bâtir des infrastructures qui leur permettraient d’être plus à l’abri des dommages matériels.

Une famille haïtienne désemparée prend la pose parmi les décombres de sa maison, après l'ouragan Matthew en 2016.

Une famille haïtienne désemparée parmi les décombres de sa maison, après l'ouragan Matthew en 2016.

Photo : Reuters / Carlos Garcia Rawlins

Certains des impacts dévastateurs du changement climatique sont déjà irréversibles, note le groupe d'experts de l'ONU à l'issue de cette réunion qui s’est déroulée du 20 au 25 septembre à Monaco.

Avec la collaboration de Maude Rivard

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Bas-Saint-Laurent

Changements climatiques