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Le mystère de Montarville, là où voter est une priorité

Vincent Fortier et sa chienne, Cléo.

Aux yeux de Vincent Fortier, la population de la région ne se sent pas aliénée par les politiciens, ce qui pourrait expliquer le fort taux de participation aux élections.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le taux de participation de la circonscription fédérale de Montarville a été l'un des plus élevés au Canada lors du scrutin de 2015. Idem pour les dernières élections québécoises. Comment expliquer l'appétit politique des Montarvillois?

Je suis le seul de mes amis qui va voter. Tous mes amis ont 17 ou 16 ans, signale Matthew avant de s'élancer sur sa planche à roulettes dans un stationnement de Saint-Bruno-de-Montarville.

Le jeune homme, qui aura 18 ans quelques jours avant le 21 octobre, habite une région où voter est une priorité, presque un réflexe tellement le geste fait partie de la vie.

Je pense que c'est important de participer dans une démocratie. Voter, c'est une façon de faire ça. Ce n'est pas tout le monde qui a ce privilège, on est chanceux d'avoir cela.

Matthew, un jeune électeur de Montarville

Montarville, sa circonscription, est issue d'un redécoupage de la carte électorale fédérale. Elle englobe les villes de Saint-Bruno, Sainte-Julie, Saint-Basile-le-Grand et une partie de Longueuil.

Le taux de participation y a atteint 77,7 % en 2015 quand le candidat libéral Michel Picard a été élu. C'est le taux le plus élevé au Québec et parmi les plus élevés au Canada.

Et ce n'est pas un phénomène unique : Nathalie Roy, de la Coalition avenir Québec, a été réélue l'an dernier à l'Assemblée nationale avec un taux de participation de 80 % dans la circonscription du même nom, formée de Saint-Bruno et Boucherville.

Aux élections fédérales de 2015, le taux moyen de participation était de 67 % au Québec. Lors des élections québécoises de 2018, il était de 66 %.

Karolanne Pomerleau dans sa chocolaterie.

Selon Karolanne Pomerleau, l'engagement politique des citoyens découle entre autres du fait que la population est particulièrement bien connectée aux médias, qu'ils soient traditionnels ou en ligne.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Un fort sentiment d'appartenance à Saint-Bruno

Comme Québec se distingue par sa tendance à voter différemment de la majorité des autres régions, Saint-Bruno a sa particularité. Alors, quel est le mystère de Montarville?

Autant les journaux, l'Internet, on est très, très, très connectés, suggère Karolanne Pomerleau, propriétaire de la chocolaterie Heyez de Saint-Bruno.

Je pense que c'est ça qui fait la différence à Saint-Bruno, Saint-Basile. On est curieux. Je pense qu'on est comme ça de nature. Tout mon entourage, on est comme ça. On veut savoir ce qui se passe dans le monde, où on s'en va avec l'environnement, tout, tout, tout.

Karolanne Pomerleau

Je pense que les gens sont fiers de leur communauté, sont fiers de vivre à Saint-Bruno, donc ils veulent prendre soin de leur ville, de leur région, de leur montagne, de notre parc, etc. Et ça favorise l'engagement politique, dit le conseiller municipal de Saint-Bruno, Vincent Fortier.

Les gens votent quand ils ont l'impression que c'est utile, que ça a un impact, poursuit-il. Souvent, les populations qui ne votent pas se sentent rejetées ou aliénées face aux politiciens. Elles sentent que leur vote est perdu de toute manière. Visiblement, ce n'est pas le cas ici.

Ce professeur de philosophie et ex-Montréalais constate depuis son arrivée dans la région en 2011 un très fort sentiment d'appartenance à la communauté.

J'étais avant dans Rosemont–La-Petite-Patrie. Les gens parlaient de leur quartier, mais surtout de Montréal. Ici, les gens ne parlent pas nécessairement de Longueuil ou de l'agglomération, croit M. Fortier.

Ils sont surtout préoccupés par ce qui se passe dans leur ville, puis les impacts des décisions politiques ailleurs sur leur ville. Je suis convaincu que ça a un lien important.

L'intérêt des Montarvillois pour la politique se reflète d'ailleurs dans les assemblées souvent très animées à l'hôtel de ville. Une conseillère municipale a accusé à la mi-septembre le maire Martin Murray d'utiliser la peur comme moyen politique pour parvenir à ses fins. Il a tenté sans succès de mettre un terme au débat, avant de laisser la parole à plusieurs autres élus qui voulaient intervenir.

Notre dossier Élections Canada 2019
Le conseiller municipal de Saint-Basile Richard Pelletier.

Comme le mentionne le conseiller municipal Richard Pelletier, les citoyens sont également très impliqués en politique locale.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Des conditions gagnantes pour la participation

Mais Saint-Bruno ne représente qu'une partie de Montarville. La population de la ville voisine de Saint-Basile-le-Grand suit aussi de près les dossiers.

On le voit à l'année longue, il y a des gens qui assistent à l'ensemble de la réunion du conseil, indique le conseiller municipal Richard Pelletier.

On sait que c'est parfois un peu technique et administratif. Mais non, ils sont là et bien présents. Ils ont une belle participation. Ce n'est pas toujours les mêmes visages, on n'a pas d'abonnements de saison. Les citoyens viennent à tour de rôle, ajoute-t-il.

Frédéric Lapointe, fondateur de la Ligue d'action civique.

Les électeurs de Montarville sont plus nombreux à être propriétaires, et gagnent un salaire plus élevé que la moyenne, précise Frédéric Lapointe, le fondateur de la Ligue d'action civique.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Après avoir analysé le profil démographique, la Ligue d'action civique, un organisme qui encourage la participation électorale, constate que les électeurs de Montarville sont davantage propriétaires et qu'ils ont un niveau de scolarité et de revenus beaucoup plus élevé que la moyenne.

C'est aussi un secteur qui est très francophone, plus traditionnel, plus Canadien français, si on veut, que des quartiers de Montréal, dit le fondateur de la Ligue, Frédéric Lapointe.

Or, on sait que la participation des non-francophones ou des immigrants aux élections au Québec est plus instable. C'est un peu comme si toutes les conditions gagnantes étaient réunies dans Montarville.

Les électeurs de Montarville ont élu le candidat libéral Michel Picard en 2015 avec plus de 2000 voix de majorité sur son adversaire bloquiste, Catherine Fournier.

Il affronte cette fois l'ex-député bloquiste Stéphane Bergeron et l'ex-députée néo-démocrate Djaouida Sellah, qui tentent chacun un retour sur la scène fédérale. Julie Sauvageau, du Parti conservateur, Julie Lavallée, du Parti populaire du Canada, et Jean-Charles Pelland, du Parti vert, sont aussi dans la course.

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