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analyse

Économie ET environnement vont de pair

Une terre ronde où l'on voit un arbre sur un fond de pièces de monnaie.

Comment concilier environnement et économie?

Photo : Pixabay/M-J Gendron

Gérald Fillion

On rappelle souvent que le coût futur des changements climatiques est plus élevé que le coût actuel des mesures à prendre pour limiter le réchauffement de la planète. L’heure n’est plus au débat sur la pertinence de lutter contre les changements climatiques. Le temps de l’action est venu. Et nous sommes condamnés à réussir. 

Environnement et Changement climatique Canada évalue le coût social du carbone à 45 dollars la tonne actuellement. Cet indicateur nous aide à quantifier la valeur économique des effets négatifs liés aux émissions de gaz à effet de serre. Ce n’est pas une mesure parfaite, mais c’est une estimation des répercussions économiques liées aux émissions de gaz à effet de serre. 

Plus les émissions vont grandir, plus les écosystèmes vont se fragiliser et plus le coût social du carbone sera élevé. Au rythme actuel, le coût social du carbone devrait atteindre 80 dollars en 2050. Plus le temps passe, plus les dommages seront élevés et coûteux. 

Aux États-Unis, l’Agence pour la protection de l’environnement a calculé qu’une tonne de CO2 émise en 2020 entraînerait des dommages évalués à 42 dollars américains la tonne. En 2050, nous serons à 69 dollars américains. D’autres experts évaluent les dommages à des niveaux beaucoup plus élevés, en fonction d’autres critères de calculs. 

Ce qu’il faut comprendre, au-delà des chiffres et des estimations théoriques, c’est que les enjeux environnementaux sont économiques. C'est important de le souligner encore aujourd’hui et de dire clairement que les questions environnementales sont aussi et grandement des questions économiques... 

La réduction des émissions de gaz à effet de serre, c’est une une question de coûts, de niveau de vie, de santé, de finances publiques, de productivité, de production, d'extraction, de transformation, de transport, de consommation, de croissance et de décroissance également diront certains. C'est certainement LE plus grand défi économique de notre époque. 

À une question portant sur les enjeux qui allaient influencer, au final, le vote des gens à l’élection fédérale, les personnes interrogées par la firme Léger ont placé, loin en première position, l’économie et les taxes. C’est au troisième rang qu’on évoquait l’environnement et la lutte contre les changements climatiques. 

Il est étrange de dissocier l’économie et l’environnement, comme si ces deux éléments étaient éloignés l’un de l’autre. En réalité, ce qui est étranger à la protection de l’environnement, c’est le développement émetteur de gaz à effet de serre, qui pollue et qui détruit la planète. Les choix pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, ce sont des choix économiques : quels projets sont acceptables, quels comportements sont à favoriser, quelle économie voulons-nous développer? 

Menace économique

Dans une note de recherche publiée en août dernier, Desjardins rappelait que « le World Economic Forum, qui publie chaque année depuis 2006 une liste des plus grandes menaces pour l’économie mondiale, mentionne majoritairement, depuis 2011, des risques environnementaux comme étant les plus probables de se produire. » 

Les effets économiques à prévoir sont multiples, est-il écrit dans ce document. Les dommages récurrents aux infrastructures dus aux désastres naturels plus fréquents pourraient décourager les investissements dans les régions touchées. [...] Les températures croissantes diminueraient la productivité économique des pays au climat déjà plus chaud, tant sur le plan de l’agriculture que sur celui de la main-d’œuvre.

Il est vrai qu’au Canada et dans les pays les plus froids, les experts s’attendent à ce que le réchauffement planétaire entraîne une hausse du PIB un peu plus forte d’ici 2050 que s’il n’y avait pas de changements climatiques. Mais, à long terme, ils concluent que l’effet économique sera négatif. Il faut préciser aussi que le produit intérieur brut ne mesure que la production et non pas les effets destructeurs de la croissance économique. C’est une mesure imparfaite. 

Dans les faits, les économistes s’attendent à une chute des rendements agricoles, des problèmes de santé plus fréquents associés à la chaleur et une réduction de la productivité des travailleurs. Les études qui ont été consultées par Desjardins arrivent à la conclusion que les pertes économiques mondiales en 2100 causées par un réchauffement de 4 °C, soit la médiane des scénarios associés avec des émissions de GES élevées, variaient entre 2,6 % et 50 % du PIB par rapport à un scénario sans changement climatique. Ces estimations provenaient d’experts réputés dans le domaine.

L’effet du réchauffement aux États-Unis pourrait entraîner une perte économique de 0,62 % du PIB à long terme. Les pays pauvres pourraient perdre 17 %. Une étude du Fonds monétaire international (FMI) estime que dans un scénario où les émissions de GES persistent au même rythme, le PIB par habitant des pays à faible revenu en 2100 pourrait être 9 % plus petit en moyenne qu’un scénario sans hausse de température.

La revue Nature évoque un PIB 75 % plus faible en 2100 pour 40 % des pays les plus démunis… mais un PIB plus élevé pour 40 % des pays les plus riches. 

Selon le GIEC, le réchauffement des océans, s’il se poursuit, entraînera des coûts économiques mondiaux de 428 milliards de dollars par année en 2050, de 1979 milliards en 2100. Une hausse du niveau des eaux de 25 à 123 centimètres en 2100, sans aucune mesure d’adaptation, entraînerait des inondations majeures pouvant toucher de 0,2 % à 4,6 % de la population mondiale. Les pertes économiques annuelles se situeraient entre 0,3 % et 9,3 %. Des investissements en adaptation pourraient réduire de 2 à 3 fois la magnitude des effets attendus. 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, a été créé par l’ONU et compte 195 États membres. Le GIEC informe les gouvernements des informations et des faits disponibles sur l’environnement en procédant à l’analyse minutieuse de milliers d’études scientifiques sur cet enjeu.

Le GIEC est catégorique : le réchauffement planétaire a déjà atteint 1 °C au-dessus des niveaux préindustriels et il semble acquis que ce réchauffement a de graves conséquences sur les écosystèmes et les populations. L’océan se réchauffe, devient plus acide et moins fécond. La fonte des glaciers et des calottes glaciaires entraîne une élévation du niveau de la mer et les phénomènes côtiers extrêmes sont de plus en plus intenses.

Solution : l'économie circulaire

Dans une étude publiée le 18 septembre, la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal propose la solution de l’économie circulaire comme étant un moyen efficace de réduction des émissions de gaz à effet de serre. 

Citant un rapport de Circle Economy, la Chaire écrit qu’il y a moins de 10 % de la circulation des matières dans le monde qui est bouclée. Autrement dit, environ 90 % des matières ne sont pas dans l’économie circulaire. Il y a donc un grand marché à développer pour intégrer l’économie circulaire dans les processus de production et d’utilisation. 

Ce système en est un de production, d’échange et de consommation visant à optimiser l’utilisation des ressources à toutes les étapes du cycle de vie d’un bien ou d’un service, dans une logique circulaire, tout en réduisant l’empreinte environnementale et en contribuant au bien-être des individus et des collectivités selon le Pôle de concertation québécois sur l’économie circulaire.

Or on estime que 62 % des GES totaux seraient émis durant les phases d’extraction et de transformation des ressources, ainsi que lors de la fabrication des produits (Circle Economy, 2019). La quantité de ressources sur terre étant limitée et leur accès étant conditionné par leur disponibilité (physique et sociale), il sera difficile – sans hypothéquer considérablement les générations à venir – de répondre aux besoins d’une classe moyenne qui devrait pratiquement doubler à l’échelle mondiale d’ici 2030.

Il est clair que la tarification du carbone est probablement le moyen le plus simple à appliquer pour modifier des comportements et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais les tarifs et les taxes ne sont pas populaires. Les politiciens ont du mal à faire avancer de telles politiques, rejetées par une partie de la population. 

En retour, les projets de développement qui entraînent une réduction réelle et absolue des émissions de gaz à effet de serre sont plus complexes à développer, mais plus faciles à faire accepter. L’économie circulaire, qui mise sur le recyclage et la récupération des matériaux, et sur une forte réduction des déchets, représente également une opportunité à saisir.

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