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chronique

Les fragilités des travailleurs étrangers temporaires

Une conférence de presse du Centre des travailleurs et travailleuses immigrants et de l'Association des travailleuses et travailleurs étrangers temporaires, au Québec en 2016.

Une conférence de presse du Centre des travailleurs et travailleuses immigrants et de l'Association des travailleuses et travailleurs étrangers temporaires, au Québec en 2016.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

J'ai été secoué d'apprendre cette semaine que les étudiants étrangers sont nombreux à recourir à la banque alimentaire de l'Université de Calgary, notamment parce qu'ils ont une marge très limitée pour occuper un emploi. De façon générale, les travailleurs temporaires étrangers restent confrontés à des limites importantes. J'ai l'impression d'être ramené une vingtaine d'années en arrière, alors que j'étais moi-même étudiant et travailleur étranger temporaire au Québec.

Déjà comme ça

À l'époque, avant que je n'obtienne ma résidence permanente, mes droits de scolarité étaient plusieurs fois supérieurs à ceux de mes homologues québécois. Pour alléger cette importante dépense, un emploi était une bonne piste, mais mon permis d'étudiant me limitait à un maximum d'une vingtaine d'heures de travail par semaine sur mon campus universitaire.

J'avais hâte de sortir de cette situation précaire. Le contraste était évident avec mes collègues canadiens ou résidents permanents dont certains cumulaient leurs études avec des emplois à temps plein.

Les contraintes fédérales à l'emploi des étudiants étrangers correspondent aux principes du programme des travailleurs étrangers temporaires :

  • en dernier essor, c'est le fédéral qui valide le permis (permis de travail ou permis d'étudiant)
  • pendant la durée du permis, le travail est limité au site du recruteur (site de l'établissement ou site de l'employeur).

Précarité persistante

La situation ne semble pas avoir changé depuis quelques décennies, ce qui prête le flanc à la précarité, que ce soit pour les travailleurs étrangers ou pour les étudiants étrangers.

L'Université de Calgary en a offert un bon exemple, cette semaine. Dans un communiqué publié le 25 septembre, la banque alimentaire de l'institution révèle que 83 étudiants, dont 78 % cent des étrangers, ont demandé de l'aide de la banque alimentaire entre le 1er août et le 15 septembre.

Cela représente une hausse de 46 % par rapport à la même période en 2018. Les responsables de la banque alimentaire ont notamment mis en cause, le nombre limité d'heures de travail pour les étudiants étrangers capables d'occuper un emploi.

Cette précarité est, à mes yeux, un aspect des difficultés plus complexes auxquelles des travailleurs étrangers temporaires peuvent se heurter. Ce n'est pas sans raison que des voix s'élèvent pour améliorer le programme fédéral qui encadre cette catégorie de travailleurs.

Un groupe d'étudiants étrangers africains et d'Asie du sud-est.

Dans l'est du pays (Atlantique), Dele Ojewole expliquait que peu d'étudiants peuvent se permettre de payer à l'avance pour l'assurance santé privée.

Photo : Radio-Canada / Lyzaville Sale

Un programme à modifier

En vertu de ce programme, le Canada accepte des étrangers qui veulent travailler ici. Pour obtenir un permis de travail, ils doivent présenter une confirmation que leur employeur a reçu le feu vert du fédéral pour les embaucher. Ils doivent aussi s'engager à rester liés à leur employeur pendant la durée de leur contrat.

Ottawa veut modifier cette contrainte en liant l'obligation, non pas à l'égard de l'employeur, mais à l'égard de la profession. Un des objectifs est de combattre de possibles abus de la part de certains employeurs qui pourraient soumettre les travailleurs étrangers à des conditions de travail difficilement acceptables. Je pense aussi que c'est une ouverture qui pourrait contribuer au sentiment d'épanouissement et de satisfaction professionnels chez ces travailleurs.

Commentaires demandés

Après la mi-juin, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) et Emploi et Développement social Canada (EDSC) ont sollicité des commentaires écrits de toutes les parties intéressées sur ce projet de modification.

Un travailleur étranger pourrait quitter l'employeur qui l'a recruté pour occuper le même emploi chez un autre employeur qui est approuvé pour embaucher des travailleurs étrangers sans avoir à demander un nouveau permis de travailpeut-on lire dans la Gazette du Canada en date du 22 juin 2019.

Le fruit de la consultation initiée par IRCC et EDSC n'est pas encore connu. Le contexte de campagne électorale permet de prolonger la réflexion et de suggérer des directions souhaitables.

Des employeurs ont déjà exprimé des inquiétudes sur un changement qui aurait pour effet de ruiner leurs efforts de recrutement. À quoi bon se donner la peine pour obtenir un avis relatif au marché du travail (AMT) du gouvernement fédéral, pour ensuite perdre l'employé recruté? se demandent certains.

L'embauche des travailleurs étrangers ne fait pas que des heureux. En 2013, une trentaine de manifestants avaient protesté devant le chantier de construction de l’hôpital pour femmes à Winnipeg contre l’embauche de travailleurs étrangers temporaires.

L'embauche des travailleurs étrangers ne fait pas que des heureux. En 2013, une trentaine de manifestants avaient protesté devant le chantier de construction de l’hôpital pour femmes à Winnipeg contre l’embauche de travailleurs étrangers temporaires.

Photo : Bouchra Ouatik/Radio-Canada

Une occasion à ne pas manquer

Il appartient aux autorités fédérales qui seront portées au pouvoir le 21 octobre de faire le suivi du projet de modification mis en chantier.

L'objectif resterait de garantir des conditions acceptables pour les employeurs et pour les travailleurs étrangers, incluant du travail à temps plein pour les étudiants étrangers capables d'occuper un emploi.

L'objectif serait aussi de répondre à la frustration des employeurs recruteurs qui perdraient leurs recrues. Pourquoi, par exemple, ne pas leur donner une seconde chance pour embaucher d'autres employés sans exiger une nouvelle AMT?

Si j'ai dû attendre la lente évolution de mon statut au Canada pour passer des conditions précaires de travail à une situation plus acceptable, il me semble anormal qu'il en soit toujours ainsi pour les travailleurs étrangers une vingtaine d'années plus tard. La campagne électorale en cours est une bonne occasion pour ceux qui aspirent aux responsabilités politiques de corriger cette anomalie dans un pays qui n'en finit pas de rappeler le besoin d'une main-d'oeuvre issue de l'immigration pour soutenir son économie.

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Alberta

Immigration