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Des glissières sécuritaires? Le choix de Québec pour l’A-50 critiqué

Plusieurs études et rapports démontrent que les glissières à câbles ne sont pas conçues pour l’A-50.

Des câbles à l'extérieur de l'autoroute

Plusieurs études et rapports démontrent que les glissières à câbles ne sont pas conçues pour l’autoroute 50.

Photo : Radio-Canada / Rob Maldaner

Jérôme Bergeron

Elles doivent servir à protéger les automobilistes, et surtout, à apaiser leurs inquiétudes lorsqu’ils empruntent l’autoroute 50 entre Gatineau et L’Ange-Gardien. Mais ces glissières de sécurité à haute tension annoncées en grande pompe par Québec ne seraient pas conçues ni testées pour des autoroutes contiguës comme l’A-50, selon une enquête de Radio-Canada.

Lundi dernier, le ministre des Transports du Québec, François Bonnardel, confirmait l’installation de ces glissières à câbles au centre de l’autoroute. Une première au Québec.

Ça presse, il faut faire quelque chose, disait le ministre, rappelant que ses collègues de l’Outaouais, Mathieu Lacombe et Mathieu Lévesque l’ont interpellé à de nombreuses reprises pour sécuriser ce tronçon meurtrier d’environ 5 kilomètres.

Un projet-pilote qui, selon Québec, pourrait s’avérer une solution novatrice et économique pour les autres routes qualifiées de dangereuses dans la province. Mais déjà, des doutes sur l’efficacité de cette technologie sur une autoroute qui n’est pas divisée par un terre-plein sont soulevés. Nulle part ailleurs en Amérique du Nord ces barrières à haute tension ne servent à sécuriser un tronçon à deux voies circulant à contresens.

Cette barrière-là n'a pas été conçue pour [l'endroit] où elle sera installée. Les gens veulent seulement mettre un diachylon sur un bobo, croit l’ingénieur Érick Abraham de l’École polytechnique de Montréal.

C'est le ministère qui a décidé de mettre ça pour, peut-être, atténuer la gravité des accidents et faire plaisir aux gens et dire qu'ils ont fait quelque chose. Est-ce que c'est la solution miracle? Je ne penserais pas.

Érick Abraham, ingénieur à Polytechnique Montréal
Erick Abraham en entrevue à l'extérieurAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Érick Abraham est ingénieur à Polytechnique Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

Six mètres nécessaires ailleurs en Amérique du Nord

Érick Abraham, spécialisé en sécurité routière, fonde notamment ses propos sur un rapport préparé par le ministère des Transports de l’Alberta, leader de cette technologie au Canada. Dans ce document d’une vingtaine de pages, les experts précisent que ces glissières ne conviennent pas aux médianes très étroites (moins de 6 mètres environ), car les câbles ont besoin d’un espace suffisant pour la déviation et doivent être suffisamment éloignés de la voie de circulation la plus proche dans les deux sens.

C’est donc dire qu’avec une courte distance entre les deux voies, comme sur l’A-50, le risque de collision frontale entre voitures demeure, déplore Érick Abraham. Ça ne va pas empêcher les face-à-face. Ça va les réduire, mais de combien? Ça n’a pas été documenté.

Une image animée où on voit une voiture dévier de sa voie, mais les glissières de sécurité empêche la voiture de continuer son chemin sur l'autre voie. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lorsqu’une voiture happe ces câbles, ils agissent comme un élastique. Ils s’étirent sur quelques mètres, ce qu’on appelle la déflexion, pour ramener le véhicule dans sa voie.

Photo : Radio-Canada

Une image animée, montrant une voiture qui sors de sa voie, malgré la glissière de sécurité. Un accident survient avec la voiture en sens inverse. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

En l’absence de terre-plein, une collision peut tout de même survenir, même avec les glissières de sécurité.

Photo : Radio-Canada

Aux États-Unis et au Canada, cinq fabricants fournissent des glissières de sécurité à haute tension. Tous les modèles ont une déflexion allant de 2 à 3,7 mètres. Toutefois, le département des Transports des États-Unis lance une mise en garde dans son Guide pour le choix, l’utilisation et l’entretien des systèmes de barrières à câbles.

Les fabricants fournissent une donnée de déflexion bien précise, déterminée à partir de tests faits dans un environnement contrôlé. Sur le terrain, les déflexions peuvent être plus importantes, peut-on lire dans ce guide dictant les lignes directrices de l’utilisation de ces câbles.

En Alberta, jamais ces glissières à haute tension ne seraient installées sur un tronçon où les voies ne sont pas séparées par un terre-plein, déclare l’ingénieur au ministère albertain des Transports, Peter Mah. Ce n’est pas dans notre pratique, ici, affirme-t-il.

C’est important d’avoir [cette distance de 6 mètres], pour une raison de sécurité simplement, et s’assurer que les automobilistes qui circulent dans l’autre voie ne se fassent pas happer.

Peter Mah, ingénieur au ministère des Transports de l’Alberta
Peter Mah en entrevue à Radio-Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Peter Mah est ingénieur au ministère des Transports de l'Alberta.

Photo : Radio-Canada

Risques de décapitation chez les motocyclistes

Qu’arrive-t-il si un motocycliste, filant à toute vitesse, percute ces câbles à haute tension? Peu d’études démontrent l’impact de ces collisions. Chose certaine, l’absence d’un terre-plein de plusieurs mètres entraîne une augmentation du nombre d’accidents, stipule le département des Transports américain.

Les motocyclistes sont beaucoup plus vulnérables et ont plus d’accidents signalés, lorsque la distance entre les deux voies n’est pas suffisante, mentionne le ministère. Il ajoute que c’est pour cette raison que ce type d’installation de barrières de câbles n’est pas prévu aux États-Unis.

L’Association motocycliste de l’Outaouais estime que Québec devrait revenir sur sa décision de privilégier des glissières à haute tension. Il y a des ouvertures dans la glissière à câbles, ce qui permet de passer des extrémités du corps, alors on pense à un couperet, se désole Michel Audy, responsable de la sécurité au sein de cette association.

C’est comme un hachoir pour un motocycliste qui se fait prendre dans une espèce de glissière comme ça.

Michel Audy, responsable de la sécurité, Association motocycliste de l’Outaouais

La glissière à câbles, ce n’est pas une solution, que ce soit pour six mois, deux ans ou trois ans, tranche le motocycliste.

En images - La distance entre les deux voies de l'autoroute 50

Au Canada, aucune norme fédérale n’encadre l’installation de ce type de glissière. Transport Canada n’a pas la responsabilité de superviser les dispositifs de sécurité utilisés sur les réseaux routiers du pays.

La gestion et l’entretien des routes et des autoroutes sont de compétence provinciale, territoriale et municipale, a indiqué par courriel son conseiller principal des relations avec les médias, Simon Rivet.

Des inquiétudes dans les courbes

Sur le tronçon de 5,4 kilomètres de l’A-50 où seront installées les glissières, les ingénieurs devront composer avec une courbe prononcée. Dans son guide, le département des Transports des États-Unis dit avoir certaines préoccupations sur l’installation de ces câbles dans des courbes, notamment en ce qui concerne l’efficacité de ceux-ci lors d’un impact.

Lorsqu'une installation courbée est touchée, la tension dans la barrière diminue immédiatement, ce qui entraîne des déformations supérieures à la déflexion de conception de la barrière.

Extrait, Guide pour le choix, l’utilisation et l’entretien des systèmes de barrières à câble, département américain des Transports (traduction libre)
Le devant d'un véhicule abîmé par le câble des glissières. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un véhicule qui percute un câble des glissières.

Photo : Radio-Canada

Dans une lettre envoyée au fabricant Gibraltar, le département des Transports des États-Unis conclut qu’une barrière de béton rigide serait un choix plus logique, lorsqu’il n’y a pas assez d’espace entre deux voies pour la déflexion des câbles.

Une solution plus efficace selon Érick Abraham. Il va peut-être y avoir des flammèches de l'autre côté, mais le véhicule ne viendra pas dans l’autre voie.

L’Association motocycliste de l’Outaouais est également convaincue qu’une glissière pleine est la solution pour l’A-50. Il y a plusieurs modèles de glissières pleines qu’on utilise sur les pistes de course par exemple qui pourraient très bien faire l’affaire ici, conclut M. Audy.

Le MTQ persiste et signe

Appelé à défendre son choix, le ministre des Transports, François Bonnardel, a refusé nos demandes d’entrevues. Son attaché de presse nous a dirigé vers le ministère des Transports du Québec (MTQ).

Impossible d’y installer des blocs de béton, soutient la porte-parole du MTQ, Rosalie Faubert. En raison d'une problématique de drainage et d’un manque de visibilité, ce n'était pas possible de mettre des barrières de bétons à cet endroit-là, indique-t-elle.

Mme Faubert en bordure d'une route à Gatineau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'agente de communication du ministère des Transports du Québec pour la région de l'Outaouais, Rosalie Faubert.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Bergeron

Le MTQ a précisé à Radio-Canada avoir l’intention de procéder à l’installation de ces câbles à haute tension malgré l’absence de six mètres au milieu de la chaussée, et a confirmé qu’il n’élargirait pas l’autoroute pour le faire. Seuls quelques centimètres dans l’accotement seront récupérés pour tenter de séparer davantage les deux voies.

En effet, les glissières seront installées selon le gabarit actuel [...] le ministère veut réaliser le projet de sécurisation le plus rapidement possible, a précisé Rosalie Faubert.

Questionnée sur les enjeux de sécurité soulevés par ces rapports et certains experts, la porte-parole répond que l'objectif est de réduire l'occurrence d'accidents graves et mortels.

Le ministère prévoit installer ces clôtures le printemps prochain. Elles seront en place jusqu’à l’élargissement de ce tronçon, dont les travaux sont prévus pour le printemps 2021.

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