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Tuktoyaktuk : entre changements climatiques et pétrole dans l'Arctique

La communauté de Tuktoyaktuk.

La communauté de Tuktoyaktuk compte 980 habitants.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Mario De Ciccio

Les habitants de Tuktoyaktuk, sur le bord de l’océan Arctique, dans les Territoires du Nord-Ouest, sont aux premières loges du changement climatique, mais certains sont aussi les premiers à vouloir une reprise de l'exploration pétrolière et gazière dans cet océan qui grignote leurs côtes.

En effet, les effets du réchauffement climatique sont de plus en plus importants dans ce village inuvialuit du nord du territoire. 

Un homme pêche avec un filet.

Les villageois disent avoir remarqué des espèces de poissons inhabituels dans la baie de Tuktoyaktuk.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Les glaces moins épaisses l’hiver arrivent plus tard et repartent plus tôt qu’autrefois. Cela bouleverse les habitudes de chasse et de pêche des habitants qui remarquent aussi de nouvelles espèces de poissons et d'animaux qui, avant, ne s'aventuraient pas dans la région. 

Le niveau de l’océan en hausse et les tempêtes de plus en plus violentes sont aussi venus accélérer l’érosion des côtes qui grugent la communauté depuis de nombreuses années. 

Les côtes grugées par l'érosion à Tuktoyaktuk.

Le niveau de la mer de plus en plus élevé et la fonte du pergélisol causent bien des ennuis à la petite communauté de Tuktoyaktuk.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Certaines maisons de l’extrémité nord de la communauté ont dû être déplacées au cours des dernières années, alors que d’autres devront l’être bientôt. 

De modestes terrains de camping pour accueillir l'affluence des touristes attirés par la nouvelle route vers l’Arctique ont été installés là où se trouvaient autrefois les maisons. 

Une touriste sur un banc à Tuktoyaktuk.

Des tables, des bancs et des touristes sont venus remplacer les maisons sur la pointe de Tuktoyaktuk.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Pas besoin de parler aux aînés de la communauté pour rendre compte des changements que vit le hameau. Il suffit d’en discuter avec des jeunes comme Darryl Tedjuk, Eriel Lugt, Carmen Kuptana et Nathan Kuptana, âgés de 15 à 19 ans, qui remarquent déjà que les choses ne sont plus comme avant.

Tous les quatre travaillent sur un documentaire relatant l’impact des changements climatiques chez eux, qu’ils présenteront à la Conférence de l'ONU sur les changements climatiques, à Santiago, au Chili, en décembre. 

Quatres jeunes dans les rues de Tuktoyaktuk.

Darryl Tedjuk, Eriel Lugt, Carmen Kuptana et Nathan Kuptana, présenteront leur documentaire « Happening to Us » à la COP 25.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Ces changements sont injustes, croient les jeunes, puisqu’ils n’en sont pas la cause. 

Nous devons nous adapter, même si nous ne sommes pas ceux qui émettent le plus de dioxyde de carbone, explique Carmen Kuptana. 

Imaginez, si les gens du Sud avaient à s’adapter autant… Peut-être que le pays serait plus juste.

Eriel Lugt

La petite équipe et les participants à une marche pour le climat inspiré par le mouvement international des jeunes pour le climat ont l’impression de ne pas compter pour les politiciens du Sud.

Des jeunes marchent pour le climat avec des affiches demandant de protéger leurs terres.

Une quinzaine d’élèves de Tuktoyaktuk ont participé à une marche pour le climat le 20 septembre.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Problème sociaux

Le sentiment de ne pas être entendu à Yellowknife ou à Ottawa, les plus vieux habitants de Tuktoyaktuk le partagent avec les jeunes, mais pas pour les mêmes raisons. Pour les aînés et les leaders de la communauté, les priorités demeurent le manque de logements et le manque de travail. 

Une personne sur quatre dans le village n’a pas d’emploi, selon les statistiques territoriales, et le revenu moyen de la communauté n’est pas suffisant pour répondre au coût de la vie dans l’Arctique.

Une femme marche avec une canne.

Le taux de chômage à Tuktoyaktuk était à 26,4 % en 2016, selon le Bureau des statistiques des T.N.-O.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Dans certaines familles, 10 à 12 personnes vivent dans une maison de trois chambres, raconte un aîné, Frank Pokiak. 

Pour le maire du village, la solution à tous les problèmes sociaux de sa communauté est simple : « Nous devons faire revivre l’exploration du gaz et du pétrole dans la région. »

Frank Pokiak porte une casquette des Raptors de Toronto.

Frank Pokiak espère un avenir meilleur pour ses petits-enfants.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

L'espoir du pétrole

L’exploration pétrolière a fait vivre Tuktoyaktuk dans les années 70, avant une perte d’intérêt de l’industrie à cause, surtout, des coûts d’exploitation importants dans le Nord et d’une baisse du prix du pétrole. 

La communauté a cru à une reprise économique quand le gouvernement Harper a annoncé la construction de la route pour relier Tuktoyaktuk et ses ressources naturelles au reste du pays.

Une route s'étend à l'horizon.

La route entre Inuvik et Tuktoyaktuk est construite sur le pergélisol de l'Arctique.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Mais, avant même l’ouverture de la route, leurs espoirs ont été refroidis par la baisse du prix du pétrole et l'annonce d'un moratoire sur l'exploration pétrolière et gazière du gouvernement Trudeau en 2016.

Un panneau annonçant l'océan Arctique.

Des milliards de barils de pétrole se trouvent sous la mer de Beaufort.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

Aujourd’hui, les habitants de la communauté comme Frank Pokiak, qui avaient goûté aux emplois payants de l’industrie dans les années 70, pensent encore qu’une reprise de l’exploration est possible et même nécessaire pour le bien-être de la communauté.

Je crois que nous en avons besoin. Tant que c’est fait de façon sécuritaire. 

Frank Pokiak, aîné de Tuktoyaktuk

Les jeunes écologistes de Tuktoyaktuk sont beaucoup moins certains que le reste de la population et se demandent s’il n’y aurait pas d’autres types d’énergie à exploiter dans la région. 

Une roche verte à Tuktoyaktuk.

L'océan Arctique en été.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

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