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Des Baieriverains liés au Japon pour toujours

Miki Yamamoto a passé près d'un an avec les Boivin-Rivard.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Mireille Chayer

Une lectrice de nouvelles japonaise de NHK World-Japan qui célèbre ses 50 ans à Saguenay, c’est assez inusité. Pour comprendre ce qui a poussé Miki Yamamoto et son mari à quitter Tokyo pour venir passer quelques jours dans la région, il faut remonter 32 ans en arrière.

Nous sommes au mois d’août 1987. Miki Yamamoto s’apprête à célébrer son 18e anniversaire… en terre inconnue. La jeune Japonaise participe à un programme interculturel qui la fait atterrir à La Baie, au Saguenay. Elle habitera chez Jocelyne Boivin, Roger Rivard et leurs deux filles, Alexandra et Sophie, pendant près d’un an. Personne ne se doute à ce moment-là que c’est le début d’une longue histoire d’amour.

Je m’appelle Miki. Je viens du Japon, voilà les seuls mots de français que la jeune femme connaît alors. Elle a vécu dans des grandes villes où l’anglais occupe beaucoup de place. Elle se débrouille bien dans cette langue, mais pas dans celle de Molière, qu’elle rêve de maîtriser. Pour y arriver, elle veut s’intégrer dans un petit milieu, vivre une expérience culturelle en immersion complète. Elle sera servie. Ses premiers constats : la baie des Ha! Ha! est immense, il y a beaucoup de champs et beaucoup de vaches ici.

De son côté, le couple Boivin-Rivard a répondu positivement à la demande de sa fille Sophie. Celle-ci a entendu à la télévision qu’Interculture Canada cherchait des familles pour accueillir des jeunes provenant d’un peu partout dans le monde. L’idée est de les héberger pendant plusieurs mois et de les traiter comme un membre de la famille. Ils reçoivent une photo de Miki et acceptent de lui ouvrir les portes de leur foyer.

Comme c’est la fin de l’été, les Boivin-Rivard reçoivent la jeune Japonaise avec des produits locaux issus de la récolte : maïs et bleuets sont à l’honneur. La nourriture devient rapidement un moyen d’échange, les possibilités de communications étant limitées. C’est ainsi que les Boivin-Rivard ont découvert bien avant le reste du Saguenay-Lac-Saint-Jean l’existence des sushis et que Miki Yamamoto est sans doute l’une des rares Japonaises à connaître la tourtière du Lac.

Sophie Rivard et Miki Yamamoto à la fin des années 1980.

Miki a fait découvrir les sushis aux Boivin-Rivard.

Photo : Radio-Canada

La motivation, le désir d’apprendre et l’ouverture vers l’autre sont immenses des deux côtés. On planche rapidement sur des moyens pour améliorer les compétences langagières de Miki.

On a écrit plein d’étiquettes sur les portes d’armoires pour lui montrer ce que c’était les mots : porte, toutes sortes d’affaires comme ça, se rappelle Jocelyne Boivin.

Miki fait ses devoirs et progresse vite. En trois mois à peine, elle arrive à exprimer des idées, des émotions, à poser des questions et à répondre lorsqu’on l’interpelle. Évidemment, le tout est encore embryonnaire, mais elle s’améliore.

La langue était le plus difficile parce que je ne pouvais pas m’expliquer, dire ce que je pense ou mon idée comme il faut. Ça a pris du temps, mais je n’étais pas si pire, relate Miki.

Des photos sur lesquelles ont voit Miki Yamamoto.

Jocelyne Boivin a fait un montage avec différentes photos marquantes prises lors des séjours de Miki au Québec.

Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer

Elle s’adapte à son nouveau milieu, à sa deuxième famille et va même jusqu’à appeler Jocelyne et Roger, maman et papa. Alexandra et Sophie deviennent quant à elle ses deux petites soeurs et contribuent à ses apprentissages, notamment à la polyvalente de La Baie qu’elles fréquentent toutes les trois.

Là-bas comme sur la rue, Miki se fait remarquer. Il faut dire qu’à la fin des années 80, au Saguenay, les personnes issues des minorités visibles sont rares. Elle me disait : "Les gens me regardent". Je répondais : "C’est parce que tu es différente de nous, c’est pour ça. Ce n’est pas parce qu’ils te détestent. Tu es différente et quand on voit une différence, on la regarde. Je pense que tout le monde t’aime", raconte Jocelyne Boivin.

Tous les membres de la famille veulent que Miki arrive à s’intégrer, qu’elle devienne active dans le milieu, qu’elle s’amuse en découvrant une nouvelle réalité. Ils multiplient les sorties et varient les expériences. La jeune Japonaise fait même partie de la première mouture de la Fabuleuse histoire d’un royaume.

C’était une chance de connaître l’histoire de la région et une chance d’entrer en relation avec les gens de Saguenay et de me faire des amis, mentionne Miki.

Mais c’est à la maison qu’elle a lié les amitiés les plus durables. Notamment avec Alexandra et Sophie.

Les trois « soeurs » se prennent en photo.

Alexandra, Sophie et Miki ont conservé leur complicité d'antan et ont toujours beaucoup de plaisir à se revoir.

Photo : Radio-Canada

Moi, j’étais en secondaire 5 alors on était beaucoup ensemble Miki et moi, se remémore Sophie. C’est comme ma soeur du Japon. Je me rappelle les partys, l’école, le ski, plein de beaux souvenirs.

Miki se rappelle les mêmes choses et affirme que, sans ses soeurs d’adoption, son expérience n’aurait pas été aussi extraordinaire. Quand j’étais ici, ils m’ont traitée comme un membre de la famille, sans traitement spécial, comme une enfant de la famille. Je pense que c’était vraiment la meilleure manière de devenir proche les uns des autres.

Toute bonne chose a une fin

C’est en juillet 1988, 11 mois après son arrivée au Saguenay, que Miki retourne au pays du soleil levant. Les adieux sont déchirants. La jeune femme ignore si elle reverra un jour ceux qu’elle considère maintenant comme sa deuxième famille. Le retour coïncide pour elle avec le moment de faire un choix de carrière. Son expérience l’a transformée et teinte sa décision.

Je me suis dit que je voulais devenir un pont entre les cultures à cause de cette expérience extraordinaire. J’ai pensé que le journalisme était la meilleure manière d’y arriver.

Miki Yamamoto

Miki rêve de nouvelles internationales et elle trouve rapidement sa place chez NHK world après ses études. Elle y est aujourd’hui chef d’antenne. Les moyens technologiques étant ce qu’ils sont, Jocelyne Boivin peut même suivre sa protégée depuis Saguenay. Je suis fière et je regarde comment elle est habillée et je lui dis tout! Ça me permet aussi de pratiquer mon anglais en l’écoutant. Alors je la regarde souvent. Quand ce n’est pas elle, je ne regarde pas, dit-elle en riant.

Miki Yamamoto, son mari et Jocelyne Boivin.

Miki Yamamoto, son mari et les Boivin-Rivard ont visité Val-Jalbert à la fin du mois d'août.

Photo : Radio-Canada

Miki est revenue près d’une dizaine de fois au Canada en 32 ans. Sophie, Roger et Jocelyne ont quant à eux visité le Japon. Même si des milliers de kilomètres les séparent, ils n’ont jamais rompu les ponts et ont toujours réussi à garder le contact, d’abord par lettre et au téléphone et maintenant en se textant et en faisant des appels vidéo.

Elle nous a appris à nous ouvrir aux autres peuples. C’est comme une chance qu’on a eue, croit Jocelyne.

De son côté, Miki affirme qu’elle a une pensée pour les Boivin-Rivard tous les jours, même dans la tourmente de sa vie très occupée. Elle soutient que c’est un peu grâce à eux qu’elle arrive à voir le monde et à l’analyser avec une perspective différente, en essayant de comprendre le point de vue des autres.

À 50 ans, elle porte donc toujours en elle ce qu’elle a appris ici.

Que ce soit mon trentième, mon quarantième ou mon cinquantième anniversaire, ça ne fait pas de différence. Ce qui compte, c’est que c’est toujours merveilleux de revenir et de sentir que nous sommes une famille, conclut-elle.

Saguenay–Lac-St-Jean

Société