•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

[Train de campagne] Heather Austin-Coulombe a sorti le Cap-Breton de l'ombre

Cette jeune entrepreneure qui a offert une terre à ceux prêts à s’installer dans son coin de pays souhaite faire des régions un enjeu de la présente campagne.

Heather Austin-Coulombe derrière le comptoir du magasin général.

Heather Austin-Coulombe a tenté d'attirer des travailleurs dans sa région par un moyen original.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Janic Tremblay

À l'occasion de la campagne électorale, les journalistes Janic Tremblay et Marie-France Abastado de Désautels le dimanche entreprennent la traversée du Canada en train à la rencontre des électeurs. Premier envoi d’une série de cartes postales.

Je suis passé en coup de vent à Whycocomagh, en Nouvelle-Écosse. Je voulais absolument y rencontrer Heather Austin-Coulombe, la copropriétaire du Farmer’s Daughter Market. Il y a quelques années, son magasin général était à la recherche de main-d’œuvre. En désespoir de cause, Heather et sa sœur ont publié une annonce qui offrait une terre aux gens qui seraient prêts à s’installer sur place. La réponse a été phénoménale.

On a reçu plus de 30 000 courriels dans les premiers mois. Et ça continue même aujourd’hui. Cette semaine, on m’achemine des tas de demandes depuis la Slovénie. Probablement parce qu’un texte sur notre offre a été rédigé là-bas récemment.

Heather Austin-Coulombe

Heather Austin-Coulombe veut mettre ce succès à profit et souhaite maintenant que les politiciens parlent des régions.

Whycocomagh est située sur une des baies de l’immense lac Bras d’Or, qui divise le Cap-Breton en deux. On dit un lac, mais c’est plutôt l’océan Atlantique qui s’avance dans les terres. C’est magnifique. Sauf que la ville la plus proche, Sydney, est à 90 minutes de route.

C’est donc un peu au milieu de nulle part. Les jeunes étudiants qui travaillent au magasin général d’Heather ne songent qu’à partir. Et effectivement, il y a de moins en moins de monde ici. Récemment, deux commerces ont fermé boutique et cela a fait très mal à la petite communauté.

Avec l’omniprésence des réseaux et d’Internet, il devrait être plus facile qu’avant de venir vivre en région. Pas tout à fait, selon ce que m’a dit Heather.

Je n’arrive pas à regarder Netflix tellement la qualité est mauvaise. Internet haute vitesse n’existe pas vraiment ici. Il faut prévoir 48 heures pour télécharger un film. Le réseau cellulaire ne fonctionne pas chez mes parents.

Heather Austin-Coulombe

Oui, il y a encore des endroits comme ça au pays en 2019.

Heather Austin-Coulombe assise à une table.

Les défis de vivre en région sont nombreux, souligne Heather Austin-Coulombe.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Heather pense que c’est un enjeu important de développement régional qui passe sous le radar dans la présente campagne. Fait cocasse, le câble de fibres optiques qui alimente la ville de Sydney en Internet haute vitesse passe sur son terrain, au bord du lac Bras d’Or, sans qu’elle puisse s’y connecter. Le progrès a continué son chemin sans s’arrêter.

Il n’y a pas que le Farmer’s Daughter Market qui manque de monde. C’est le cas de bon nombre d’entreprises du coin. Surtout depuis 3 ou 4 ans. Les commerces s’échangent donc des listes de candidats.

Les milliers de curriculum vitae que Heather a reçus sont mis à profit et peuvent servir à tout le monde. Elle a même trouvé des candidats pour une papetière de Port Hawkesbury. Sauf que ce n’est pas facile de faire venir des travailleurs de l’étranger.

Elle rappelle qu’il faut beaucoup trop de temps, et ce, malgré l’existence d’un programme pilote censé faciliter l’immigration au Canada atlantique. C’est un autre problème sérieux auquel le prochain gouvernement fédéral devrait s’attaquer, selon elle.

Il y a un autre défi de taille : le logement. En ce moment, si quelques dizaines de travailleurs débarquaient ici, on ne pourrait pas leur fournir un toit. Heather m’expliquait qu’il n’y a presque rien à louer entre juin et octobre... parce que les propriétaires se tournent maintenant vers le court terme et optent pour Airbnb. C’est plus simple et plus payant, semble-t-il.

Le magasin général de nuit.

Le Farmer’s Daughter Market à Whycocomagh.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Pendant mon arrêt au magasin général, je regardais les clients aller et venir. Que des têtes grises. Ce n’est pas un hasard.

La population du coin vieillit. Les gens disparaissent et ne sont pas remplacés. On a eu plusieurs décès au cours de la dernière année et ça a été très difficile ici, raconte tristement Heather qui a peur que Whycocomagh ne devienne un jour un village fantôme.

Je reprends la route et vous redonnerai des nouvelles plus tard justement de ces personnes âgées qui doivent s’organiser quand tout le monde s’en va.



Janic Tremblay souriant.

Le journaliste Janic Tremblay de l'émission « Désautels le dimanche ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

J’ai entrepris mon périple dans l’est du pays à bord d’un train qui s’arrêtera en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et dans l’Est-du-Québec. Je vous rapporte quelques cartes postales témoignant de mes rencontres. Vous pourrez aussi me suivre à l’émission Désautels le dimanche à 10 h.

Politique fédérale

Politique