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Accros : les destins croisés de deux toxicomanes

Jocelyn Elliott pose pour une photo.

Jocelyn Elliott a été aux prises avec une dépendance aux opioïdes pendant plus de deux ans. La mort de Devon Lachance, un autre toxicomane qu'elle venait de rencontrer, l'a inspiré à arrêter une fois pour toutes.

Photo : CBC/Erik White

Radio-Canada

Jocelyn Elliott connaissait Devon Lachance que depuis un mois lorsque ce dernier est mort d’une surdose d’héroïne en février. Cette courte relation a été suffisante pour que la jeune femme se décide à arrêter de consommer.

Quelques jours avant sa mort, Holly Lachance, la mère de Devon, a écrit à son fils un message texte pour lui dire de se méfier de l’héroïne mauve, communément appelée purp.

La résidente d’Iroquois Falls, dans le Nord-Est de l’Ontario, s'inquiétait après avoir vu un reportage sur ce dangereux opioïde qui circulait dans les rues de Sudbury, où il habitait.

Elle savait qu’il avait de la difficulté à se concentrer sur ses études et buvait beaucoup. Devon avait aussi eu de la difficulté à se remettre d’un accident de voiture.

Portrait de Devon Lachance.

Devon Lachance étudiait en musique au Collège Cambrian de Sudbury.

Photo : Courtoisie

Deux jours plus tard, Devon lui a répondu qu’il était bien conscient que prendre de l’héroïne mauve est une mauvaise idée.

Mais le 8 février dernier, alors que ses parents s’étaient déplacés à Sudbury pour l’aider à déménager de nouveau à Iroquois Falls, le jeune homme de 23 ans est mort d’une surdose d'héroïne mauve.

Ron et Holly Lachance pose à côté d'une photo de leur fils Devon.

Après la mort de leur fils, Ron et Holly Lachance ont trouvé des chansons qu’il avait écrites et dont ils ignoraient l'existence.

Photo : CBC/Erik White

Il était peut-être tellement déprimé que c’était peut-être "soit je rentre chez moi, soit je ne rentre pas chez moi", confie maintenant Holly Lachance.

Ce n’est pas une fin que tu veux.

Holly Lachance

Dans l’avis de décès pour son fils, Holly Lachance a écrit que Devon aimait tout le monde, mais qu’il avait de la difficulté à s’aimer lui-même.

Cette soirée-là, juste avant que Devon n’inhale les vapeurs toxiques provenant d’une petite boule violette fumante sur une feuille de papier d’aluminium, il a souri à Jocelyn Elliott, une femme qu’il connaissait à peine.

Elle avait inhalé la même drogue quelques secondes auparavant.

C’est comme un gros câlin, explique Jocelyn, 24 ans. Tout ton corps se réchauffe.

Jocelyn Elliott avait réussi à surmonter le meurtre de son frère et une agression sexuelle. C'est lorsque ses deux jeunes fils lui ont été retirés par les services de la protection de l'enfance, environ deux ans avant qu'elle rencontre Devon, que Jocelyn Elliott a commencé à consommer des opioïdes.

Un tatouage en mémoire d'un frère disparu.

Devon Lachance a fait ce tatouage sur le bras de Jocelyn Elliott quelques heures seulement avant de mourir.

Photo : CBC/Erik White

Elle l’a cru quand il lui a dit qu’il avait déjà pris de l’héroïne mauve. Il lui avait dit que pour sa dernière soirée à Sudbury, il voulait se défoncer.

Mais quand elle s’est réveillée, elle a crié de frayeur en le retrouvant inconscient.

C’est la première fois que je me suis mise à genoux et que j’ai prié. Je ne suis pas chrétienne ou quoi que ce soit, mais pendant qu’on lui collait les autocollants du défibrillateur, j’ai prié... pour qu’il revienne, se souvient-elle.

Jocelyn a fait une promesse silencieuse à Devon ce jour-là : qu’elle abandonnerait la drogue pour de bon.

Et elle a tenu sa promesse pendant environ un mois, avant de recommencer à consommer.

Avec tout ce qui s’est passé, ma dépendance et la promesse que j’ai faite à Devon que je n’utiliserais plus. Et puis briser cette promesse. Comme si c’était beaucoup trop de gens que j’avais déçus, raconte Jocelyn.

Alors je ne voulais pas revenir de cette rechute. J’étais prête à lâcher prise, le moment venu.

Jocelyn Elliott

Elle est alors passée d’une piquerie à une autre pendant des semaines et a même essayé de s'ôter la vie.

Sa mère a parcouru de long en large le quartier Donovan et a suivi des ambulances autour de Sudbury pendant des jours, espérant trouver sa fille.

Elle a finalement pu la retrouver et la sauver d’un sort semblable à celui de Devon.

Jocelyn est désormais sur la voie de la guérison et espère retourner dans la vie de ses fils, avant qu’ils ne l’oublient, confie-t-elle.

Je sais que je me suis si longtemps reproché d’avoir laissé tomber ma famille et mes enfants que j’ai eu beaucoup de mal à me pardonner enfin.

Jocelyn Elliott

D’après un documentaire d’Erik White de CBC Sudbury

Nord de l'Ontario

Drogues et stupéfiants