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La génération Instagram, Abbey Road et les Beatles

La pochette de l'album Abbey Road.

La version « super deluxe » d'Abbey Road comprend 23 pièces inédites ou rares et un livret d'une centaine de pages rempli de photographies et d’annotations pour chaque prise endisquée.

Photo : Apple Corps Ltd.

Louis-Philippe Ouimet

À l'instant d'écrire ces lignes, Instagram compte 513 161 publications qui utilisent le mot-clic Abbeyroad, une rue de Londres rendue célèbre grâce à l’album des Beatles Abbey Road, qui a vu le jour en 1969.

Ces photographes #millénariaux #millénariales #Instagram nouveau genre ont peut-être un tourne-disque, mais ont assurément aussi un téléphone intelligent. Pour ces jeunes, et pour tous ceux et celles qui ont aimé les Beatles avant la naissance des réseaux sociaux, l’album Abbey Road s'offre pour ses 50 ans une réédition sous forme de remixage, une version 2.0, en quelque sorte.

Les Beatles juste avant le divorce

Les Beatles ont formé un des plus grands groupes de tous les temps, et leur divorce musical a pris tout le monde par surprise en 1970. Le plus douloureux dans cette sale affaire est que John, Paul, George et Ringo étaient à leur zénith. On ne se le cachera pas, les Beatles devenaient meilleurs au fil du temps, créant coup sur coup les chefs-d'œuvre Revolver (1966), Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967), The Beatles (1968) et Abbey Road (1969).

Les quatre membres des Beatles sourient.

Le groupe à Twickenham, près de Londres, le 9 avril 1969.

Photo : Bruce McBroom / Apple Corps Ltd

Ce onzième album du groupe, le dernier à avoir été enregistré, est, de l'avis de plusieurs, le plus abouti : Quand tu vois les sondages au fil des ans, pour plusieurs, Abbey Road est leur album préféré, nous dit le musicien et fan des Beatles Gilles Valiquette. Il ajoute : Abbey Road est probablement un des albums les mieux balancés par rapport aux forces individuelles des quatre membres du groupe. Something et Here Comes the Sun sont les locomotives de ce disque-là, et elles sont signées par George Harrison.

Sur Abbey Road, tout y est : le rock sale Come Together, la ballade rock Oh! Darling, la ballade Something et la suite mélodique avec un fil conducteur en guise de finale, Golden Sumbers/Carry That Weight/The End. Ce disque et sa pochette où les quatre garçons dans le vent se promènent sur la traverse piétonne d'Abbey Road ont profondément marqué l'imaginaire collectif.

Bien avant les réseaux sociaux, la rue Abbey Road à Londres est devenue virale à cause de cet album. Encore aujourd'hui, ils sont nombreux à se faire photographier sur cette rue. Pour moi, c'est l'album qui a fait entrer les Beatles dans la légende, nous dit le grand fan des Beatles Stéphane Laporte, qui a hâte d'entendre le remixage de cet album.

Abbey Road : 30 millions d'albums vendus

Dès sa sortie au Royaume-Uni le 26 septembre 1969, Abbey Road a occupé la première position des palmarès de vente pendant 17 semaines. Paru le 1er octobre aux États-Unis, le disque s'est hissé à la première position pendant 11 semaines en Amérique du Nord. Il est resté dans le palmarès des 100 albums les plus populaires pendant plusieurs années, constamment remis au goût du jour lors des changements de formats, notamment avec l'apparition du disque compact.

Lors de la renaissance des disques vinyle au début des années 2010, Abbey Road est devenu un incontournable chez les gens nouvellement collectionneurs. Selon la firme Nielsen SoundScan, aux États-Unis seulement, Abbey Road s'est vendu à environ 40 000 exemplaires vinyles en 2011, un nombre qui n'a pas cessé d'augmenter. Pour les six premiers mois de 2019, toujours aux États-Unis, les magasins en ont vendu 33 000 exemplaires.

Ça n’a jamais arrêté de vendre, les Beatles. Nous écoulons chaque année environ 150 exemplaires vinyles neufs ou d'occasion d'Abbey Road, affirme Patrick Chartier, directeur du magasin de disques Aux 33 Tours, qui vend un pressage canadien original de 1969 pour une cinquantaine de dollars et un bon pressage japonais pour environ 80 $. Avant même qu'il voie le jour, le coffret de la version 2019 s'est retrouvé parmi les meilleurs vendeurs du site Internet Amazon.ca. Le magasin Aux 33 Tours a commandé 200 exemplaires de l'édition vinyle 2019.

Un remixage pour les 50 ans

Parions donc qu'ils seront nombreux et nombreuses à vouloir mettre la main sur la « nouvelle » version du mythique album Abbey Road. Car il s'agit en effet d'une nouvelle version, remixée à partir des huit pistes originales par Giles Martin (le fils du producteur original George Martin) et par l'ingénieur de son Sam Okell. Et parce que nous ne sommes plus en 1969, ce mix 2019 a été réalisé non seulement en stéréo, mais aussi en haute résolution, en 5.1 surround et en Dolby Atmos.

Une telle expérience de remixage d'un sacro-saint album des Beatles avait été réalisée en 2017 pour Sgt. Pepper's Lonely Heart Club Band et, en 2018, pour l'album blanc (le White Album). Même les critiques les plus sévères avaient trouvé le résultat heureux, mais surtout très respectueux de l'œuvre originale.

Qu'en est-il de ce troisième effort pour dépoussiérer un album du quatuor de Liverpool? Car on ne touche pas aux classiques, dit l'adage. Il y a eu le rematriçage de 2009, alors était-il vraiment nécessaire pour son cinquantième anniversaire de nous resservir l'album Abbey Road dans une version revue et augmentée? Après plusieurs écoutes en résolution numérique (MP3) et deux autres de la version vinyle 2019, je peux répondre ceci : oh que si! Soulignons au passage l’impressionnante qualité du pressage en vinyle.

Les Beatles posent devant la porte d'une maison.

Le groupe lors d'une séance de photos le 22 août 1969.

Photo : Apple Corps Ltd.

Par les temps qui courent, la mode est au rematriçage de vieux albums pour leur donner une nouvelle vie, passer à GO et ramasser 200 $. La technique employée est parfois simple : il suffit de monter la basse et de donner plus de gain pour donner l'impression à nos vieilles oreilles à moitié sourdes (à force d'avoir écouté de la musique) que la sonorité est meilleure. Le travail est parfois bâclé, se résumant à quelques jours en studio. Giles Martin et Sam Okell ne sont pas de cette école, et au lieu d'y aller pour un rematriçage, ils ont remixé les pistes.

Il est complexe de jouer à nouveau avec les pistes originales et de les remixer pour en améliorer la sonorité d'ensemble. Il y a la crainte de trahir l'œuvre originale. Ici, Abbey Road a nettement bénéficié de ce remixage. L'ouverture avec Come Together est nettement plus percutante : la voix de John Lennon, la guitare de George, les lignes de basse de Paul McCartney et la batterie de Ringo Starr sont à la bonne place et revigorées. Dans la version de Something, les cordes se mêlent encore davantage (peut-être trop?) avec la voix d'Harrison. La basse de McCartney n'est plus la même. Ici, ça ne fera pas l'unanimité. On parle d'un travail d'orfèvre et d'équilibriste.

Mais le plus brillant exemple est la pièce Oh! Darling, où les chœurs sont nettement mis de l'avant et la guitare beaucoup plus stridente. Ce qui n'était pas nécessairement une de mes chansons préférées des Beatles est une belle surprise. Dans ce remixage, il y a cet amour constant pour les guitares et les amplificateurs de l'époque. Giles Martin a aussi rendu hommage à la batterie de Ringo. Sur son solo dans The End, on entend la peau des tambours craquer, comme si on était en studio.

Stéphane Laporte n'a pas entendu ce remixage, mais il a hâte de mettre la main sur la nouvelle version de Here Comes the Sun. C'est sûr que je vais acheter la réédition. Giles Martin a déjà remixé deux disques des Beatles avec un souci de l'œuvre originale. Ce qui est magique, c'est ce mélange du génie de la création originale avec l'univers sonore d'aujourd'hui.

Les pistes inédites

Il y a 23 pièces inédites ou rares sur la version « super deluxe », c'est beaucoup moins que sur les rééditions de Sgt. Pepper's (2017) et de l'album blanc (2018). Parmi les petits bijoux de ces enregistrements, il y a cette version de I Want You (She's So Heavy) enregistrée au studio Trident. Un technicien demande alors à John Lennon de baisser le son des amplificateurs parce qu'un voisin a déposé une plainte pour le niveau de bruit. Le musicien se lance alors dans une ultime prise de la version « bruyante » de I Want You (She's So Heavy). La voix cassée de Lennon et le clavier font monter d'un cran les décibels. Un mot : magique.

Un livre ouvert ainsi que des pochettes de l'album Abbey Road.

Le coffre de la version « super deluxe » de l'album Abbey Road.

Photo : Apple Corps Ltd.

Le montage musical simplement baptisé The Long One (16:10) est le moment le plus fort. Sur cette version, la pièce cachée de l'album original Her Majesty se retrouve coincée entre Mean Mr. Mustard et Polythene Pam. Pour la finale, Paul McCartney omet une des lignes les plus importantes de l'histoire des Beatles : And in the end, the love you take is equal to the love you make.

Ça ne me surprend pas que les Beatles aient jonglé avec ces pièces jusqu’à la dernière minute. Car lorsqu’un projet de disque arrive à sa fin, la “troisième oreille” prend de la place. Et là, il y a une inexplicable magie qui peut survenir, explique Gilles Valiquette.

Autre belle trouvaille, la prise 9 de Here Comes the Sun de George Harrison, beaucoup plus dépouillée et directe, et la prise 2 de Old Brown Shoe (la face B de The Ballad of John and Yoko). Abbey Road est vraiment l'album des Beatles où George Harrison prend son envol.

Il y a aussi, dans la version « super deluxe », un livret d’une centaine de pages, rempli de photographies de cette époque d’avant Instagram et d’annotations pour chaque prise endisquée dans cette édition du cinquantième anniversaire. Une lecture très informative sur tout le processus de création de l’album. À une époque d’écoute en continu, la notion de livret a presque disparu. Abbey Road mérite un brin de lecture. Après avoir entendu le vinyle, j’ai très (très) hâte de mettre la main sur la version « super deluxe ».

Les Beatles, ces immortels

Une caméra filme en permanence la rue Abbey Road, et l'on peut voir en direct sur Internet tous ces gens qui se photographient la traversant, reproduisant la photographie utilisée pour la pochette de cet album entré dans la légende. Abbey Road est maintenant décliné en différents formats, en numérique, en disque compact et en vinyle. Ce travail de réédition est essentiel pour que de nouvelles générations abonnées aux listes d'écoute (les fameuses playlists) redécouvrent un classique qui ne vieillit pas. Car derrière toute photo il y a une histoire... et parfois, cette histoire est musicale.

La qualité première d’Abbey Road est qu’il est moins ancré dans une époque. Il est universel, et c’est pour ça qu’il traverse mieux le temps que bien d’autres albums, même certains autres des Beatles, conclut Gilles Valiquette.

Sur ce, il ne vous reste qu'à faire grimper le volume, une fois de plus, en attendant une nouvelle réédition pour le 60e anniversaire.

Et qui sait si, après avoir écouté pour une première fois cet album, une nouvelle génération ira à son tour se faire photographier sur #Abbeyroad.

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