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Ukraine : la Maison-Blanche a tenté de cacher les faits, soutient le lanceur d'alerte

Selon la plainte, la Maison-Blanche a tout fait pour dissimuler les comptes-rendus de l'appel entre les présidents américain et ukrainien.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Hugo Prévost

Le président américain et ses proches conseillers auraient tenté de dissimuler les enregistrements et les notes portant sur l'appel de juillet entre M. Trump et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, au cours duquel le locataire de la Maison-Blanche a réclamé une enquête sur le fils de son adversaire démocrate Joe Biden, révèle la plainte du lanceur d'alerte, divulguée jeudi matin.

Selon le contenu de cette plainte, dont la majeure partie a été déclassifiée peu de temps avant le témoignage de la commission du directeur par intérim du renseignement national des États-Unis, Joseph Maguire, de nombreux responsables de la Maison-Blanche ont ainsi cherché à « cacher » ces traces des échanges entre MM. Trump et Zelensky.

Pour ce faire, ils auraient enregistré ces traces non pas dans le système informatique servant généralement à stocker ce type d'informations, mais plutôt dans un système crypté servant à emmagasiner les informations portant sur des sujets liés à la sécurité nationale américaine.

Or, soutient le lanceur d'alerte, qui s'appuie sur la déclaration d'un responsable de la Maison-Blanche, il s'agissait d'un « abus » de ce système, puisque l'appel ne contenait rien qui était de nature délicate en matière de sécurité nationale.

Il semblerait également qu'il ne s'agit pas de la première occasion où cette stratégie est employée, mentionne le document.

Selon moi, cette série de gestes révèle que les responsables de la Maison-Blanche comprenaient la gravité de ce qui s'était passé durant l'appel, peut-on encore lire dans cette plainte du lanceur d'alerte, qui a été transmise aux présidents des comités de la Chambre des représentants sur le renseignement, les démocrates Richard Burr et Adam Schiff.

J'ai reçu des informations, de la part de plusieurs sources gouvernementales, voulant que le président des États-Unis utilise ses pouvoirs pour solliciter l'interférence d'une puissance étrangère dans le cadre de l'élection de 2020.

Extrait de la plainte du lanceur d'alerte

Toujours selon le texte de la plainte, l'avocat personnel du président, Rudy Giuliani, est « au centre » de ces démarches. Le secrétaire à la Justice et procureur général, William Barr, semble lui aussi impliqué, précise-t-on.

Joseph Maguire affirme ignorer l'identité du lanceur d'alerte

Or, vendredi après-midi, devant le Comité du renseignement de la Chambre des représentants, le directeur par intérim du renseignement national des États-Unis, Joseph Maguire, a expliqué qu'il ne connaît pas l'identité du mystérieux lanceur d'alerte à l'origine de cette affaire.

M. Maguire a également soutenu que personne dans l'entourage du président Trump ne lui avait demandé d'enquêter pour la découvrir.

Il a par la suite évoqué l'aspect unique et sans précédent de ce dossier pour justifier sa décision de ne pas l'avoir transmis aux élus de la Chambre.

Joseph Maguire, de dos, témoigne devant les membres d'un comité de la Chambre des représentants.

Le directeur par intérim du renseignement national des États-Unis, Joseph Maguire, a témoigné devant un comité de la Chambre des représentants à Washington.

Photo : Getty Images / Andrew Caballero-Reynolds

L'intention de dissimuler était claire, selon les démocrates

Chez les démocrates on estime que l'intention de la Maison-Blanche de dissimuler ces enregistrements est tout à fait claire.

C'est une manœuvre pour étouffer l'affaire, a déclaré sans détour la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. Un comportement qui, selon elle, constitue une violation du serment présidentiel mais aussi une atteinte à la sécurité du pays.

Le président des États-Unis a, dans ces actes, au cours d'un appel téléphonique avec un chef d'État, trahi le serment prêté pour ses fonctions, notre sécurité nationale, et l'intégrité de nos élections.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants
Nancy Pelosi est au micro avec le drapeau américain en toile de fond.

La démocrate Nancy Pelosi est présidente de la Chambre des représentants aux États-Unis.

Photo : The Associated Press / J. Scott Applewhite

Donald Trump a sollicité une ingérence étrangère dans nos élections depuis le bureau ovale. Il a tenté d'étouffer ses actes. Et les responsables qu'il a nommés sont intervenus, illégalement, pour tenter de retenir le signalement du lanceur d'alerte, a pour sa part déclaré la sénatrice démocrate, Elizabeth Warren.

Une affaire explosive

La publication de la plainte survient au lendemain de la diffusion, par la Maison-Blanche, d'une transcription partielle de la conversation entre les deux présidents.

Cet échange, qui remonte au 25 juillet, a ultimement poussé les démocrates de la Chambre des représentants à lancer une enquête visant la destitution de M. Trump.

On parle beaucoup du fils de Biden, du fait que Biden a arrêté la procédure et beaucoup de gens veulent en savoir plus. Donc, quoi que vous puissiez faire avec le procureur général [des États-Unis], ce serait parfait, a ainsi déclaré M. Trump lors de l'appel en question, selon la transcription de cinq pages publiée par la Maison-Blanche.

Ce que révèle également la plainte, c'est qu'il existait déjà, avant l'élection de M. Zelensky à la présidence ukrainienne, une volonté, de la part de plusieurs conseillers proches du président américain, dont son avocat personnel Rudy Giuliani, de s'appuyer sur des allégations présentées par l'ancien procureur général de l'Ukraine, Youri Lutsenko, pour tenter de torpiller les démocrates.

Au dire de M. Lutsenko, qui s'est depuis rétracté, plusieurs responsables ukrainiens, dont le chef du Bureau anticorruption et un parlementaire, avaient « interféré » dans l'élection présidentielle américaine de 2016, supposément en collaboration avec le Comité national démocrate américain et l'ambassade américaine à Kiev.

M. Lutsenko a également affirmé que l'ambassade américaine à Kiev, et plus précisément l'ambassadrice à l'époque, Marie Yovanovitch, qui avait critiqué l'organisation de M. Lutsenko pour ses piètres résultats en matière de lutte anticorruption, avait volontairement nui au traitement des affaires de corruption par les autorités ukrainiennes, en plus d'empêcher des procureurs ukrainiens de se rendre aux États-Unis pour présenter leurs « preuves » à propos de l'élection de 2016.

Le 29 avril, peu de temps après la victoire du président Zelensky, l'ambassadrice Yovanovitch a été rappelée à Washington pour « consultations ». Le département d'État a annoncé, le 6 mai, que le mandat de cette dernière prendrait fin « comme prévu ».

Des responsables ont toutefois indiqué au lanceur d'alerte que l'ambassadrice avait été remerciée... parce qu'elle faisait partie des efforts contre le président [Trump].

La Maison-Blanche dément

Réagissant jeudi à la publication de la plainte, Stephanie Grisham, la porte-parole de la Maison-Blanche, a soutenu que rien n'a changé avec la publication de la plainte, qui n'est rien de moins qu'un regroupement de témoignages par des tiers et qu'une collection de coupures de presse.

Selon elle, le document montre qu'aucun geste incorrect n'a été fait; le président a pris la décision extraordinaire de publier la transcription complète de son appel avec le président Zelensky. C'est parce qu'il n'a rien à cacher, a-t-elle ajouté.

La Maison-Blanche continuera de s'opposer à l'hystérie et aux informations erronées mises de l'avant par les démocrates et plusieurs membres des médias généralistes, a encore déclaré Mme Grisham.

Donald Trump, président des États-Unis

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