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« Mieux sans soutien-gorge » : 6 autres témoignages corroborent les allégations contre Rick Chiarelli

Le conseiller Chiarelli répond aux questions d'un journaliste.

Six autres femmes ont raconté à CBC le comportement inapproprié, selon elles, du conseiller d'Ottawa Rick Chiarelli depuis la publication par CBC/Radio-Canada de l'histoire d'une femme ayant déposé une plainte contre l'élu municipal (archives).

Photo : Radio-Canada / Marc-André Cossette

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Victoria Laaber ne pensait pas obtenir le poste. Alors âgée de 20 ans, elle n’avait aucune expérience administrative lorsqu’elle a répondu à une annonce en ligne pour un emploi d’assistante d’un conseiller municipal. C’était en septembre 2012 et elle venait de déménager à Ottawa.

En un rien de temps, elle travaillait pour le conseiller Rick Chiarelli.

Au début, c’était génial, a mentionné Mme Laaber à CBC. Elle aimait traiter avec les groupes communautaires et les électeurs, mais elle a vite découvert qu’il y avait d’autres aspects à son travail.

À partir de ce moment-là, ç’a pris une tournure un peu bizarre dans le sens que nous sommes allés dans des bars, dans des clubs de danseuses nues, s’est souvenue Mme Laaber. L’objectif principal était d’obtenir de l’information sur certains individus.

Selon Victoria Laaber, après seulement quelques mois dans son nouvel emploi, Rick Chiarelli a commencé à l’amener dans des bars de danseuses nues — habituellement Le Pigale, à Gatineau, bien qu’elle soit allée une fois au Bare Fax, dans le marché By — pour espionner un autre conseiller municipal qui aurait été là.

Mme Laaber a dit que M. Chiarelli a mis de la pression sur elle pour qu’elle porte des vêtements révélateurs qu’il lui a souvent fournis. Pendant tout ce temps, Victoria Laaber a dit qu’elle sentait que son emploi était menacé.

C’était une menace constante, a-t-elle dit. La menace constante était : "Je peux vous congédier en un claquement de doigts et personne ne réagirait".

Mme Laaber compte parmi les six femmes qui ont accepté de faire part de leur expérience de travail avec Rick Chiarelli, ou de son comportement lors d’entrevues avec lui, depuis que CBC/Radio-Canada a publié une première histoire d’une autre femme qui affirme que le conseiller lui a demandé pendant une entrevue d'embauche si elle accepterait d’aller à certains événements pour le travail sans soutien-gorge.

Deux des femmes, dont Victoria Laaber, ont travaillé pour M. Chiarelli, tandis que les quatre autres ont passé des entrevues d'embauche avec lui. Leurs récits contiennent plusieurs similitudes frappantes.

Lorsqu'on leur a demandé pourquoi elles avaient décidé de parler maintenant, toutes les six ont évoqué les mêmes deux raisons : elles veulent que la femme qui a porté plainte officiellement contre Rick Chiarelli soit crue et elles ne veulent pas que quiconque fasse l’expérience de ce qu’elles disent avoir vécu.

Je me suis sentie incroyablement coupable de n’avoir rien dit quand j’ai quitté mon poste, parce que j’ai quitté il y a trois ans, a dit Mme Laaber à CBC. Mais maintenant… Je suis juste fâchée.

Photo du visage d'une femme qui regarde la caméra.

Victoria Laaber a travaillé pour Rick Chiarelli pendant quatre ans et affirme que le conseiller l'obligeait à porter des vêtements révélateurs.

Photo : Radio-Canada

Le conseiller « nie catégoriquement les allégations »

Dans une lettre envoyée à CBC, l'avocat de M. Chiarelli, Bruce Sevigny, a déclaré que le conseiller municipal nie catégoriquement les allégations faites dans cette histoire. Me Sevigny a déclaré que M. Chiarelli répondra de façon plus substantielle quand son état de santé le permettra.

Mardi, Rick Chiarelli a présenté une note de service indiquant qu'il allait demander un congé pour un problème médical non précisé. Cette note est parvenue une heure avant la date limite initiale que CBC lui avait donnée pour répondre à cet article.

Mercredi, le conseil municipal a suspendu la décision au sujet de la demande de congé de M. Chiarelli après que le greffier municipal Rick O'Connor eut avisé les membres que cette demande était « prématurée ».

Me Sevigny a également déclaré à CBC qu'il avait pris certaines mesures officielles cette semaine qui, selon lui, devraient entraîner l'abandon de toute plainte officielle en cours contre M. Chiarelli – mais sans fournir d'autre information.

CBC a prolongé de 24 heures le délai afin d'obtenir une réponse et a demandé plus de détails sur cette mesure officielle, mais aucune précision n'a été fournie.

Talons hauts, jupes courtes et décolletés

Angelica Dixon a travaillé pour M. Chiarelli pendant quelques mois au début de 2018. Elle se souvient que le conseiller lui a demandé lors de son entrevue d'embauche ce qu'elle accepterait de porter au travail.

Il m'a demandé si je serais prête à porter des talons hauts et des jupes courtes et à montrer mon décolleté, a-t-elle affirmé à CBC. J'ai donné une sorte de non-réponse, du style : "Je n'ai pas vraiment beaucoup de décolleté à montrer".

Elle n'a pas gardé son emploi longtemps et a avoué qu'elle trouvait cela frustrant de travailler pour M. Chiarelli, qui était rarement au bureau. Lorsqu'il était là, a souligné Mme Dixon, il faisait des commentaires très inappropriés.

Mme Dixon a affirmé avoir vu des photos de nus [d'une ancienne employée]. La CBC a vérifié auprès de deux autres anciennes employées de M. Chiarelli, qui ont elles aussi mentionné l'existence de ces photos.

Photo d'une femme qui regarde la caméra avec en arrière-plan la colline du Parlement.

Angelica Dixon, qui a travaillé pour Rick Chiarelli pendant quelques mois au début de 2018, affirme que le conseiller lui a demandé de porter des talons hauts, des jupes courtes et de montrer son décolleté.

Photo : Radio-Canada

En mission dans un bar de danseuses

Victoria Laaber a également décrit le penchant de M. Chiarelli pour les vêtements aguichants. Elle a ajouté que le conseiller lui mettait de la pression pour qu'elle porte des vêtements révélateurs lorsqu'il l'envoyait « en mission » dans des bars de danseuses.

Il ne choisissait pas exactement la tenue, dit-elle, mais il lui offrait trois options. Les choix étaient toujours les mêmes : jupes courtes, shorts courts, chemises décolletées, hauts transparents.

Mme Laaber a décrit M. Chiarelli comme un maître manipulateur parce qu'il donnait l'impression qu'elle n'était pas forcée de porter ces tenues révélatrices. C'est perçu comme un choix, explique-t-elle.

Une «mission » typique dans un bar de danseuses commençait par l'arrivée de M. Chiarelli à son domicile, ajoute-t-elle. Un soir, alors qu'elle portait un haut qu'il lui avait offert, il lui a dit que ce serait mieux s'il n'y avait pas de soutien-gorge, rapporte-t-elle.

Ça insinue que vous n'avez pas véritablement le choix, souligne Mme Laaber. Elle ajoute avoir enlevé son soutien-gorge dans la voiture.

Le bar Le Pigale, à Gatineau.

Selon l'une de ses anciennes employées, Rick Chiarelli lui aurait demandé de se rendre dans ce bar de danseuses de Gatineau pour recueillir des informations sur un autre conseiller municipal.

Photo : Radio-Canada / Toni Choueiri

Quand ils arrivaient au bar de danseuses, M. Chiarelli lui remettait de l'argent pour les consommations, selon ce qu'a déclaré Mme Laaber. Elle restait seule au bar pendant des heures. Elle a déclaré qu'elle n'avait jamais obtenu une once d'information sur qui que ce soit et qu'elle avait refusé de piéger le conseiller qu'elle était censée espionner.

Finalement, M. Chiarelli la reconduisait chez elle au milieu de la nuit. Et elle devait rentrer au bureau à 9 h.

CBC a vérifié le récit de Mme Laaber sur ce qui s'était passé pendant les quatre années où elle a travaillé pour M. Chiarelli auprès de deux de ses anciennes collègues.

La goutte d'eau qui fait déborder le vase

Victoria Laaber a dit qu'elle s'était rendue quatre ou cinq fois dans des bars de danseuses et une douzaine d'autres fois dans des bars ou à des soirées post-événement, apparemment pour essayer d'engager des bénévoles pour Rick Chiarelli.

Lors de ces événements, M. Chiarelli faisait de la pression pour qu'elle porte des vêtements révélateurs, a-t-elle dit, et lui achetait même quelques robes très courtes et décolletées.

L'une était noire avec un décolleté plongeant et de la dentelle de la poitrine jusqu'au nombril, a-t-elle précisé.

C'était une robe faite pour porter sans soutien-gorge, a expliqué Mme Laaber. J'en avais déjà porté un couleur chair, et le conseiller m'a regardée en disant : "C'est mieux sans soutien-gorge."

L'incident qui l'a finalement conduite à cesser de travailler pour le conseiller Chiarelli s'est produit lors de la réception qui se déroulait après le Festival international d'animation d'Ottawa en 2016.

Il a décidé que je porterais une jupe courte, un haut transparent et pas de soutien-gorge, a déclaré Mme Laaber.

Des photos la montrent habillée de la sorte, soutient-elle. Le fait qu'il y ait des photos de moi dans cette tenue est très inconfortable.

Mme Laaber a indiqué qu'elle comprenait que certaines personnes se demandent pourquoi elle ne s'était pas plainte ou n'avait pas démissionné plus tôt, mais qu'elle ne savait pas vers qui se tourner.

J'ai réalisé à quel point j'avais été manipulée seulement récemment, a-t-elle confié à CBC.

Elle a ajouté qu'elle avait eu des problèmes de santé mentale au fil des ans et que, parce qu'elle venait d'une famille dysfonctionnelle, le comportement présumé de M. Chiarelli semblait presque normal.

Photo floue ombragée d'une femme non identifiée.

Selon une femme, le conseiller Rick Chiarelli lui a demandé, lors d'un entretien d'embauche, si elle était disposée à se rendre dans les bars et les clubs de danseuses pour recruter des hommes comme volontaires pour son bureau.

Photo : Radio-Canada

Photo nue d'une candidate

Caitlin Moore s'est vu offrir une entrevue après avoir rencontré M. Chiarelli lors d'une de ses tournées de porte-à-porte dans son quartier de Hadley Court, au début de 2014.

Elle l'a rencontré au Starbucks de Bells Corners, où il lui a montré des photos inappropriées de femmes sur son téléphone cellulaire.

Une photo montrait une femme avec le côté de sa chemise découpé, de sorte que l'on pouvait voir la moitié de ses seins exposés, a raconté Mme Moore à CBC. C'est le genre de choses que j'encourage les femmes qui travaillent dans mon bureau à porter.

Mme Moore a ajouté que M. Chiarelli lui a également montré la photo d'une femme nue qui, selon lui, avait envoyé cette photo comme demande d'emploi.

Il y avait le visage de cette personne et, sur le plan éthique, je pense vraiment que c'est quelque chose d'inapproprié, a déclaré Mme Moore, qui vit maintenant dans l'Ouest canadien.

Entrevue d'embauche

Trois autres femmes dans la vingtaine ont approché CBC individuellement après avoir lu le premier article sur les allégations contre M. Chiarelli pour faire part de leurs expériences d'entrevue avec le conseiller municipal.

CBC a accepté de ne pas utiliser les noms de deux de ces femmes et de n'utiliser que le prénom de la troisième, car elles craignent d'avoir de la difficulté à trouver un emploi à Ottawa si elles sont nommées.

Les trois femmes ont fourni de la documentation, sous forme de messages sur Facebook ou d'échanges par courriel, montrant que les entrevues ont eu lieu. CBC a corroboré leurs récits auprès de membres de leur famille et d'amis, à qui elles avaient déjà parlé de leurs expériences d'entrevue.

Une femme dont le visage a été caché.

Cette femme a déclaré que le conseiller Rick Chiarelli l'a contactée sur Facebook même si elle ne l'avait jamais rencontré.

Photo : Radio-Canada

Interrogé sur le strip-tease et la « Journée mondiale de l'orgasme »

Une femme a raconté que M. Chiarelli lui a envoyé un message sur Facebook en avril 2018 alors qu'elle était étudiante au programme de relations publiques du Collège Algonquin, auquel M. Chiarelli participait comme conseiller.

« En fait, je me sentais dégoûtée de lui parler et j'ai interrompu tout ça. »

— Une citation de  Une femme interviewée pour un emploi par le conseiller Rick Chiarelli

Elle a dit qu'elle ne l'avait jamais rencontré; l'offre d'une entrevue a donc été une surprise. Ils se sont arrangés pour se rencontrer au Starbucks du Chapters situé au centre commercial Pinecrest.

J'étais super excitée, a dit la femme, qui avait 22 ans à l'époque. J'aurais adoré travailler dans les relations avec les médias pour une personne aussi puissante dans la communauté.

Elle a ajouté que M. Chiarelli n'a jamais posé de questions sur ses qualifications pour le poste, mais seulement sur ses intérêts et passe-temps extérieurs. Quand elle a dit qu'elle avait fait de la danse pendant 18  ans, elle a raconté que M. Chiarelli a répondu : Oh, ça doit vouloir dire que tu es flexible.

Selon la femme, le conseiller lui a alors demandé : Voudrais-tu devenir strip-teaseuse? Tu es flexible et tu as le corps pour ça.

Lors de l'entretien, le conseiller municipal a parlé d'une manière ou d'une autre de la Journée mondiale de l'orgasme, s'est souvenue la femme. Elle a dit qu'elle avait quitté l'entrevue après environ 45 minutes.

En fait, je me sentais dégoûtée de lui parler et j'ai interrompu tout ça, a-t-elle déclaré.

Un truc vraiment terrifiant

Nicola a indiqué qu'elle a rencontré M. Chiarelli alors qu'elle faisait du bénévolat lors d'un événement de l'Institut canadien du film à l'hôtel de ville en septembre 2015. Il a mentionné qu'il envisageait peut-être de l'embaucher à son bureau, alors elle lui a envoyé un courriel, et les deux se sont rencontrés au Starbucks de l'hôtel Lord Elgin à 19 h, le 4 septembre.

Elle a dit que cette entrevue avait duré deux heures.

Ce qui ressort vraiment pour moi, c'est qu'il disait : "Les filles qui travaillent pour moi, elles doivent faire des choses à toute heure de la nuit... J'ai dû envoyer quelqu'un dans un bar de danseuses au milieu de la nuit, à 3 h du matin, pour me donner des informations. Seriez-vous capable de faire ça?" a-t-elle rapporté.

Nicola, qui avait 26 ans à l'époque, était sidérée.

Pourquoi a-t-il besoin de femmes pour faire ce genre d'enquêtes privées pour lui? C'est de la politique locale, a-t-elle dit à CBC. Quand je suis partie, je me suis dit : "Oh oui, c'était vraiment terrifiant."

Femme non identifiée floutée et ombragée.

Selon cette femme, Rick Chiarelli l'a appelée pour lui proposer un entretien d'embauche après qu'elle l'eut servi dans un bureau de Service Ontario au centre commercial Westgate.

Photo : Radio-Canada

Un stratagème pour « recruter » des hommes

Une autre femme a raconté à CBC qu'il y a 4 ans, alors qu'elle avait 20 ans, elle a servi M. Chiarelli au bureau de Service Ontario du centre commercial Westgate, où elle travaillait. Environ une semaine plus tard, elle a déclaré que M. Chiarelli avait appelé à son bureau pour lui demander si elle voulait passer une entrevue pour un emploi.

« C'est un conseiller municipal, alors je me dis que si je me plains, est-ce que je vais finir par me faire avoir? »

— Une citation de  Une femme interviewée par le conseiller Rick Chiarelli

L'entrevue a eu lieu au Starbucks de Bells Corners, sur le chemin Robertson, en mars 2015.

Lors de la rencontre, qui a duré quatre heures, M. Chiarelli lui a raconté qu'il aimait que ses employées féminines portent des vêtements révélateurs, comme une jupe courte et un haut décolleté, qui laissent apparaître la peau. Elle a ajouté que le conseiller lui a dit qu'il pouvait l'aider à choisir les vêtements et qu'elle pouvait lui envoyer des photos des tenues par texto.

Il a également suggéré qu'une partie du travail consisterait à aller dans les bars, danser avec des garçons, boire et faire la fête et essayer de faire croire aux garçons qu'elles veulent coucher avec eux, afin de « recruter » des hommes.

Après l'entrevue, le petit ami de cette femme, qui l'attendait dehors dans la voiture, lui a conseillé de se plaindre à quelqu'un. Cette femme aurait aimé se manifester plus tôt.

Quelques jours plus tard, le 17 mars 2015, la femme a écrit un courriel à M. Chiarelli, que CBC a consulté. Elle y dit au conseiller Chiarelli qu'elle n'était « pas à l'aise » avec certains aspects du travail.

M. Chiarelli a répondu qu'il avait peut-être été un peu trop exagéré sur certains points, mais qu'il ne voulait pas qu'elle s'engage naïvement.

Il a proposé de discuter davantage du travail, mais la femme a dit qu'elle ne lui avait jamais répondu.

Un courriel.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une partie du courriel échangé entre M. Chiarelli et une femme qu'il a interviewée pour un emploi.

Photo : Radio-Canada

D'après les informations de Joanne Chianello, de CBC

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