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analyse

Ce Sénat qui pourrait déterminer le sort de Donald Trump

Le Sénat, où le président dispose toujours de bons appuis, devrait avoir le dernier mot sur sa destitution.

On ne distingue que la chevelure et la main de M. Trump sur cette photo prise dans la pénombre.

Le président des États-Unis, Donald Trump

Photo : Reuters / Leah Millis

Raphaël Bouvier-Auclair

Quelle sera la durée de la saga politique qui s’amorce à Washington? Impossible à dire. Mais si la procédure suit son cours jusqu’au bout, le décor de la scène finale est déjà connu. Au Sénat, les élus prendront le rôle de jury, sous la supervision du juge en chef de la Cour suprême.

Ce sont eux qui devront déterminer, dans l'éventualité où la Chambre des représentants l'accuse en vue de le destituer, si le président doit quitter ses fonctions.

Chaque fois qu'ils ont été soumis à une situation semblable, les sénateurs ne sont jamais parvenus à cette conclusion. Tant le président Andrew Johnson en 1868 que le président Bill Clinton en 1998 ont été acquittés par le Sénat.

Le scénario se répétera-t-il avec Donald Trump?

Un appui des deux tiers du Sénat est nécessaire pour une destitution. Or, en ce moment, les républicains contrôlent la Chambre haute, avec 53 élus sur 100, contre 45 pour les démocrates, qui comptent aussi sur l’appui de deux indépendants.

À moins d’un revirement majeur, le seuil des 67 voix semble hors de portée. Il faudrait que tous les démocrates votent pour la destitution et que 20 républicains tournent le dos au président.

Dans le passé, une partie du caucus républicain s’est opposée aux décisions du président. Par exemple, pour réclamer la fin de l’appui militaire américain à l’Arabie saoudite pour son intervention au Yémen ou, pas plus tard que mardi, pour mettre fin à l’État d’urgence, qui permet de détourner des fonds militaires dans le but de construire un mur à la frontière.

Dans le dossier qui nous occupe, certains sénateurs, Mitt Romney, de l’Utah, et Ben Sasse, du Nebraska, se sont dits troublés. Mais on parle encore d’une très faible minorité.

Depuis l’élection de Donald Trump, peu d’élus osent le contrarier, de peur que le président les désavoue et appuie un rival qui voudrait ravir leur siège.

Donald Trump dispose toujours d’un appui important chez les républicains (91 %, selon un sondage Gallup mené au début de septembre) et son opinion a donc un poids majeur auprès des militants du parti.

Au cours des prochains mois, les coups de sonde menés auprès des militants républicains et du public en général à propos de la procédure de destitution pourraient alimenter la réflexion des sénateurs républicains, particulièrement la vingtaine d'élus qui devront défendre leur siège aux élections de novembre. 

Le poids de l’opinion publique

En 1972, le républicain Richard Nixon a été élu avec une majorité écrasante. Seuls le Massachusetts et le District de Columbia avaient appuyé le candidat démocrate George McGovern. Le reste de la carte électorale était passé au rouge.

Au début de son deuxième mandat, son taux de popularité dans l’opinion publique frôlait les 70 %. Au fil des révélations liées au scandale du Watergate, ce taux a fondu pour atteindre 24 % à la fin de sa carrière politique.

Le président réfléchit.

Richard Nixon dans le bureau ovale de la Maison-Blanche

Photo : Getty Images / National Archives

L’impopularité du président s’est traduite au Congrès, où son parti était déjà minoritaire dans les deux chambres. Voyant ses appuis s’effriter, Richard Nixon a annoncé sa démission de la présidence avant même que la Chambre des représentants se prononce. 

Une vingtaine d’années plus tard, c’est un tout autre scénario qui attendait Bill Clinton.

Le président démocrate a commencé son second mandat avec des taux d’approbation variant de 50 à 60 %. Pendant sa procédure de destitution, il obtenait la faveur de 73 % des Américains, dont plusieurs ont critiqué le traitement qui lui était réservé.

Bill Clinton s'adresse aux journalistes au cours d'une conférence de presse.

Le président américain Bill Clinton lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche en mars 1995.

Photo : AFP / PAUL J. RICHARDS/Getty Images

Au bout du processus, des sénateurs républicains ont même décidé de se ranger auprès de leurs collègues démocrates, évitant à Bill Clinton d’être démis de ses fonctions.

Donald Trump espère un verdict populaire et politique semblable à celui de Bill Clinton, tandis que les démocrates voudront reproduire l’expérience de Nixon.

Chose certaine, le scénario du président Trump sera unique. Tant Nixon que Clinton en étaient à leur deuxième mandat et ne pouvaient pas se représenter.

Donald Trump, lui, entre dans sa campagne de réélection avec comme trame de fond une procédure de destitution, qui pourrait devenir une arme ou un boulet.

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