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Dans la tourmente, Trump pourfend les démocrates

Le reportage de Jean-François Bélanger

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Sophie-Hélène Lebeuf

Menacé de destitution, le président Trump a répété mercredi qu'il n'avait rien à se reprocher relativement à une conversation téléphonique avec son homologue ukrainien et a attaqué ses adversaires.

Donald Trump a profité de la conférence de presse destinée à dresser le bilan de ses derniers jours à l'Assemblée générale de l'ONU pour attaquer les démocrates, qui ont lancé hier une procédure de destitution à son encontre en raison des révélations sur les demandes qu’il a faites à l’Ukraine.

Dénonçant à nouveau une chasse aux sorcières, il a répété, avec un ton toutefois moins combatif que d'habitude, qu’il n’avait rien à se reprocher. Pas de poussée, pas de pression, rien. Tout ça est un canular, tout ça est un grand canular, a-t-il lancé. Je n'ai jamais menacé personne, a-t-il plaidé.

Peu auparavant, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, au centre de la tourmente malgré lui, avait affirmé dans un anglais approximatif qu'au cours d'un entretien avec Donald Trump survenu en juillet dernier il n'y avait eu aucune poussée de la part de son homologue américain.

C'est une farce. Une destitution pour quelle raison?

Donald Trump, président des États-Unis

Donald Trump a en outre soutenu qu'il rendrait public le contenu de leur première conversation, qui a eu lieu en avril.

Il a aussi assuré soutenir pleinement la transparence autour des informations concernant le prétendu lanceur d'alerte qui, selon les comptes rendus des médias américains, aurait sonné l'alarme au sujet d'une conversation téléphonique qu'il avait eue avec le président Zelensky, en juillet dernier.

Il a ajouté qu'il réclamait la même transparence de la part de l'ex-vice-président Joe Biden et de son fils Hunter, qu'il a accusés sans preuve de corruption. Il a ensuite accusé, toujours sans preuve, des élus démocrates d'avoir eux-mêmes exercé des menaces politiques sur le président ukrainien.

En matinée, la Maison-Blanche a rendu publique la transcription reconstituée d'un entretien téléphonique entre les deux chefs d'État. Elle confirme que Donald Trump a bien demandé au président ukrainien d’enquêter sur l'ancien vice-président Joe Biden et sur le fils de ce dernier, qui avait des intérêts d'affaires en Ukraine.

La controverse a amené, mardi, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, à lancer la procédure de destitution à l'encontre du président.

Rencontre sur fond de tension

Procédure de destitution : qu’en pensent les électeurs américains?

Peu après la publication de la retranscription de cette conversation téléphonique, Donald Trump et Volodymyr Zelensky se sont rencontrés pour la première fois en marge de l'Assemblée générale de l'ONU. Ils ont tous deux nié les allégations de pression, au cœur de la procédure de destitution contre Trump.

Déjà prévu, l'entretien du président Trump avec son homologue ukrainien était loin de faire partie des rencontres diplomatiques les plus attendues, mais les développements des derniers jours lui ont conféré une importance accrue.

Catapulté malgré lui au centre d'une bataille politique aux États-Unis, M. Zelensky, un néophyte en politique, a assuré qu'il n'avait pas fait l'objet de pression de la part de son homologue américain lors de leur conversation téléphonique du 25 juillet dernier.

Je suis désolé, mais je ne veux pas être impliqué dans des élections démocratiques [...] des États-Unis, a-t-il répondu aux journalistes dans un anglais hésitant.

Nous avons eu, je pense, un bon appel. C'était normal. Nous avons parlé de beaucoup de choses, et je pense – vous l'avez lu – que personne ne m'a poussé.

Volodymyr Zelensky, président de l'Ukraine

Vous savez qu’il n’y a pas eu de pression, a rapidement ajouté le président Trump, qui a félicité son vis-à-vis ukrainien de s'attaquer très fermement à toutes sortes de corruption.

Le président Zelensky l'a remercié pour son soutien aux deux guerres que mène son pays : l'une contre la corruption et l'autre contre Moscou, qu'il n'a cependant pas nommé expressément, ajoutant qu'il espérait que son pays récupérerait la Crimée, annexée par la Russie en 2014.

Donald Trump l'a pour sa part pressé de faire la paix avec la Russie.

Il a en outre attaqué la présidente de la Chambre des représentants : Elle a perdu le nord. Elle est tombée sous le contrôle de la gauche radicale. [...] Nancy Pelosi, en ce qui me concerne, n'est malheureusement plus la présidente de la Chambre des représentants.

Procédure de destitution : Trump nie toute pression

Des allégations « troublantes »

Les comités du renseignement de la Chambre des représentants et du Sénat ont par ailleurs eu accès à la plainte du lanceur d'alerte à l'origine de cette tempête politique et que l'administration refusait de transmettre depuis plusieurs semaines.

Le président du Comité du renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff, a évoqué des actes répréhensibles graves.

J'ai trouvé ces allégations profondément troublantes. Je les ai également trouvées très crédibles.

Adam Schiff

Plus tôt ce mois-ci, l'inspecteur général de la communauté du renseignement, Michael Atkinson, nommé par le président Trump, avait lui aussi jugé la plainte crédible, insistant sur sa nature urgente.

La plainte ne légitime pas la destitution du président Trump, a pour sa part soutenu la représentante républicaine Elise Stefanik.

Comme le document demeure classifié, les élus n'ont pu offrir de détails. Le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a réclamé sa déclassification immédiatement.

Le camp républicain demeure largement soudé derrière le président. Tout au plus, le sénateur Mitt Romney, ancien candidat républicain à la présidence, a qualifié la transcription de l'appel d'extrêmement troublante. Il a expliqué les réponses polarisées des deux camps par la quête de pouvoir.

L'un des plus fidèles alliés du président, le sénateur Lindsay Graham, a d'ailleurs minimisé les révélations, réclamant même une enquête sur Joe Biden.

Le sénateur républicain Ben Sasse a pour sa part accusé les démocrates d’avoir précipité la procédure de destitution, mais lancé un avertissement à ses collègues. Les républicains ne devraient pas se hâter à affirmer en bloc qu’il n’y a rien, alors qu’il y a de toute évidence beaucoup de choses qui sont troublantes, a-t-il dit, cité par CNN.

À la Chambre des représentants, dont relèverait la mise en accusation reliée à la procédure de destitution, 215 élus, dont un ex-républicain devenu indépendant, soutiennent désormais l'ouverture de l'enquête. Aucun d'entre eux n'est républicain.

Résolution quasi unanime pour protéger le lanceur d'alerte

La Chambre a par ailleurs adopté en soirée une résolution non contraignante liée à la plainte du lanceur d'alerte.

Approuvée par tous les élus présents à l'exception de deux républicains s'étant abstenus de voter, la résolution demande notamment que le président et son administration cessent de discréditer le lanceur d'alerte et que ce dernier soit protégé de toutes représailles.

La Maison-Blanche, le département de la Justice ainsi que le directeur du renseignement national (DNI) par intérim, Joseph Maguire, sont également appelés à conserver tous les documents liés au signalement du lanceur d'alerte, y compris ceux liés à la décision de garder sa plainte secrète.

Un autre épisode de la saga s'écrira jeudi, alors que le comité du renseignement de la Chambre doit entendre M. Maguire.

Selon CNN, les avocats du lanceur d’alerte ont par ailleurs indiqué que leur client était prêt à témoigner devant les deux comités du renseignement du Congrès sous conditions.

Adam Schiff aurait écrit à M. Maguire pour lui dire que le membre du renseignement à l’origine de la plainte demandait au directeur intérimaire du Renseignement national de fournir les habilitations de sécurité appropriées à ses avocats afin qu'ils puissent accompagner leur client.

Destitution : impact sur le nouvel ALENA ?

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