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Grève pour le climat : quelles sont les responsabilités des écoles?

Des centaines de manifestants, en Australie, tiennent toutes sortes d'affiches et un grand ballon représentant la Terre.

Des marches pour le climat sont prévues un peu partout dans le monde le 27 septembre. (Archives)

Photo : Getty Images / Jenny Evans

Catherine Poisson

Le 27 septembre, des jeunes de partout dans le monde sont en grève pour le climat. Certains établissements scolaires ont décidé de suspendre les cours pour permettre aux élèves de participer aux nombreuses marches organisées. La décision a été saluée par certains, critiquée par d'autres, mais quelle est la responsabilité des écoles?

Au Québec, la majorité des universités et des cégeps ont suspendu les cours ce vendredi pour permettre aux étudiants de participer aux activités liées à la journée mondiale pour le climat.

Aux niveaux primaire et secondaire, les approches varient.

La Commission scolaire de Montréal (CSDM) a déplacé une journée pédagogique pour permettre à ses 114 000 élèves de prendre part au mouvement.

Certains établissements ont plutôt indiqué que les absences qui seraient motivées par un mot des parents seraient permises, tandis que d'autres ont précisé que les présences seraient compilées comme à l'habitude.

Si elle mobilise des millions de jeunes et moins jeunes de la planète, la grève pour le climat ne fait toutefois pas l'unanimité.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a critiqué la décision de la CSDM et a rappelé qu'une journée pédagogique n'était pas un congé pour les enseignants. Moi, je m'attends à ce que la Commission scolaire de Montréal s'assure que les enseignants travaillent, a répété M. Legault trois fois lors d'un point de presse.

François Legault en conférence de presse.

François Legault ne participera pas à la marche pour le climat du 27 septembre.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, a également déploré cette décision, soulignant de son côté que la solution aux problèmes environnementaux, elle est à l'école, elle n'est pas dans la rue.

Des profs impliqués... ou militants?

La présidente du Syndicat du personnel enseignant du Cégep de la Gaspésie et des Îles, Isabelle Bisson Carpentier, explique que la demande du syndicat s'inscrit dans une démarche amorcée depuis l'année dernière au sein de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep (FEC).

C'est définitivement des orientations en fédération syndicale, on appuie les revendications de La Planète s'invite au Parlement, on invite nos syndicats à participer à des journées. On a demandé à notre direction de déclarer une journée institutionnelle, demande qui a été acceptée, donc on est bien heureux. On a eu une belle écoute de la direction, affirme-t-elle.

La responsable des communications pour le Cégep de la Gaspésie et des Îles, Julie Lépine, confirme que la direction a rapidement acquiescé à la demande, sans hésitation.

Le Cégep de la Gaspésie et des Îles est un établissement vert Brundtland, donc ça allait de soi que le Cégep déclare une journée institutionnelle pour le climat.

Julie Lépine, responsable des communications pour le Cégep de la Gaspésie et des Îles

Une de nos préoccupations, c'est bien sûr de former nos étudiants à suivre leurs cours, mais c'est aussi de développer leur sens d'implication et qu'ils deviennent des citoyens à part entière dans la société. Et c'est dans ce cadre-là que la journée institutionnelle s'inscrit, précise Mme Lépine.

Deux adolescentes ont le visage maquillé aux couleurs de la planète Terre. Elles montrent leur pancarte sur laquelle on peut lire : Gens du pays, c'est votre tour de sauver le monde.

Participer à une manifestation est une forme d'apprentissage de la citoyenneté, selon des experts.

Photo : Radio-Canada / Stéphane Lamontagne

Plusieurs experts estiment également que la participation à un mouvement citoyen s'inscrit dans le rôle d'éducation des écoles.

Professeur pendant plus de 30 ans à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal, Guy Bourgeault s'est spécialisé dans les questions éthiques. Il rappelle que les enseignants doivent toujours s'abstenir d'imposer leur opinion à leurs étudiants, mais que, dans ce cas précis, l'urgence climatique ne relève pas de l'opinion mais bien de la connaissance scientifique étoffée et établie depuis plus de 30 ans.

Est-ce que l'école doit donner congé? Je pense qu'elle le peut. Est-ce que les enseignants doivent encourager les étudiants à participer au mouvement? Je pense qu'ils le peuvent, dans la mesure où la science montre bien qu'il y a un danger réel, affirme le professeur nouvellement retraité.

Quand on attend de l'école qu'elle fasse l'apprentissage de la démocratie et de la citoyenneté, je pense que ça peut prendre des formes comme celle d'une manifestation pacifique bien encadrée.

Guy Bourgeault, professeur retraité de l'Université de Montréal

La réaction du premier ministre ne l'étonne pas, puisque le mouvement lui-même se positionne contre le pouvoir politique. C'est un rappel qui est fait au gouvernement que certaines responsabilités en matière environnementale ne sont pas prises. Il y a un reproche aux gouvernements qui est sous-jacent à toute la démarche, souligne le professeur.

La philosophe et professeure au collégial Joëlle Tremblay, auteure de l'essai L'inéducation : l'industrialisation du système d'éducation au Québec, abonde dans le même sens.

C'est sûr qu'un enseignant qui commence à montrer ses allégeances politiques et qui commence à faire de l'endoctrinement dans ses classes, c'est une chose, mais cet enjeu-ci n'est pas un enjeu d'allégeance politique ou d'opinion personnelle, c'est vraiment un enjeu qui dépasse tout ça. Et donc la responsabilité des enseignants, c'est de démontrer les faits, d'instruire la jeunesse là-dessus, accompagnés de la science afin de permettre à la jeunesse de prendre action, indique Mme Tremblay.

Joëlle Tremblay lors d'une entrevue à la radio de Radio-Canada.

La philosophe et professeure au collégial Joëlle Tremblay estime que la lutte contre les changements climatiques est un enjeu qui dépasse les allégeances politiques.

Photo : Radio-Canada / Alice Chiche

Elle-même enseignante au Cégep de Granby, Mme Tremblay se montre très critique quant à l'avertissement lancé aux enseignants par François Legault. C'est de la propagande négative, c'est faire peur aux enseignants de dire si vous osez nous critiquer, si vous n'entrez pas au travail, c'est que vous êtes contre nous; et c'est illégitime de sa part, souligne-t-elle.

Quand les parents font la grève

Le premier ministre regrettait notamment le fait que des parents puissent se retrouver devant un casse-tête logistique en raison de la suspension des cours à la CSDM. Il y a des parents qui se font dire : "Organisez-vous avec vos enfants, il n'y a pas d'école", a souligné M. Legault.

Or, de nombreux parents ont exprimé leur volonté de prendre part au mouvement avec leurs enfants.

C'est le cas de Sylvain Lessard, citoyen de Saint-Ulric, qui a fait parvenir une lettre à l'école que fréquentent ses trois filles, prévenant les destinataires qu'elles seraient absentes vendredi après-midi afin de participer à la marche pour le climat à Matane.

Ce n'est pas la première fois qu'on en discute en famille, on regarde des reportages sur le sujet. Voyant que le 27 septembre arrivait, partout ils disent que ça risque d'être une journée historique, on a décidé qu'on voulait participer, explique-t-il.

Malgré cette sensibilisation, sa fille de 12 ans, Béatrice, n'était pas chaude à l'idée de sécher les cours. Ma plus vieille est plus de l'avis du ministre Roberge si on veut, elle ne voit pas pourquoi elle raterait l'école, admet M. Lessard.

On a dit : ''Si on veut que les gouvernements changent, faut qu'on mette de la pression partout''. Elle est triste de manquer l'école, mais elle est contente de participer à l'activité, poursuit-il.

Greta Thunberg lors d'une allocution à Rome.

La militante écologiste suédoise Greta Thunberg sera à Montréal vendredi pour prendre part à la marche pour le climat.

Photo : Reuters / Yara Nardi

Mélanie Tremblay a elle aussi adressé une lettre à l'école d'Amqui que fréquente Mahée, sa fille de 10 ans.

Sa sensibilisation au niveau de l'environnement, c'est impressionnant. Tout de suite, elle m'a dit qu'elle voulait une pancarte pour parler de l'eau potable. Elle est très excitée, elle sent qu'on essaie collectivement de passer un message, elle a hâte de voir ça, souligne Mme Tremblay.

Elle admet que Mahée était triste à l'idée de manquer son cours d'art plastique, mais estime que l'enjeu social en vaut la chandelle. J'espère qu'elle va garder un souvenir de ça plus fort que ce qu'elle aurait pu avoir d'un cours, je pense que ça va la marquer davantage.

C'est sûr que l'école a un mandat d'enseignement. Je considère que, comme parent, j'ai un mandat de partager à mon enfant mes convictions sociales, et je trouve que là, il y a une opportunité vraiment intéressante.

Mélanie Tremblay, mère de trois filles

Mon idéal aurait été que toutes les écoles, tout le monde arrêtent, qu'on pose un geste tout le Québec au complet, toute la planète, mais je comprends que certains ne soient pas rendus là, ajoute Mme Tremblay.

On comprend ceux qui disent que les enfants vont trouver des solutions non pas dans les rues mais en apprenant des choses à l'école, mais d'un autre côté, l'implication citoyenne, ça se fait dans les rues, ça ne se fait pas nécessairement à l'école. Donc on s'est dit que ça pourrait être un moment d'apprentissage, précise de son côté M. Lessard.

La grève mondiale pour le climat, qui a débuté le vendredi 20 septembre, a rassemblé plus de quatre millions de personnes à travers le monde, selon les organisateurs.

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