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Certains impacts du changement climatique sont « irréversibles », dit le GIEC

Le reportage de Valerie-Michaela Bain

Photo : Reuters / David Loh

Agence France-Presse

Victimes du réchauffement, les océans et les zones gelées dépérissent à grande vitesse et menacent des pans entiers de l'humanité qui doit réduire au plus vite ses émissions de CO2 pour limiter les dégâts, mentionne mercredi un rapport alarmant du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Montée du niveau des océans, petites îles menacées de submersion, glaciers qui disparaissent : certains des impacts dévastateurs du changement climatique sont déjà « irréversibles », note le groupe d'experts de l'ONU à l'issue d'une réunion marathon de cinq jours à Monaco.

Deux jours après le sommet Action Climat de New York, auxquels ont participé les dirigeants mondiaux, mais qui n'a pas suscité l'impulsion espérée, ce rapport souligne toutefois que mettre en place des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre pourrait faire une vraie différence.

Les modifications de l'océan ne s'arrêteront pas soudainement en baissant les émissions, mais leur rythme devrait être ralenti. « Ça donne plus de chances de conserver les écosystèmes, et ça permettrait de gagner du temps », dit la climatologue Valérie Masson-Delmotte, qui a participé à la rédaction du document de 900 pages basé sur des milliers d'études scientifiques.

Gagner du temps pour, par exemple, se préparer à la montée des eaux qui favorisent les vagues de submersion et les tempêtes en construisant des digues autour des grandes mégapoles côtières comme New York ou en anticipant le déplacement peut-être inéluctable de certaines populations, notamment celles de petits États insulaires qui pourraient devenir inhabitables d'ici la fin du siècle.

Le niveau des océans a augmenté 2,5 fois plus vite au début du XXIe siècle qu'au XXe, et va continuer à s'accroître.

L'enfant joue dans le sable près de sa maison, qui est construite à côté de l'eau et entourée d'un muret de pierre.

Un enfant joue sur la plage près de sa maison dans le village de Taborio, à Kiribati, dans l'océan Pacifique. Kiribati est composée d'une chaîne de 33 atolls et îles qui s'élèvent à quelques mètres seulement au-dessus du niveau de la mer. Avec la hausse du niveau des océans, on craint que le pays soit inhabitable d'ici 60 ans.

Photo : Reuters / David Gray

Ce n'est « pas un problème technique ou environnemental. On ne peut pas mettre un pansement dessus pour le faire disparaître », insiste un autre auteur, Bruce Glavovic, de l'Université Massey en Nouvelle-Zélande. Cela va « redéfinir les littoraux du monde entier, là même où la population est concentrée ».

Sur ces côtes, construire des protections contre la montée des eaux pourrait réduire de 100 à 1000 fois les risques d'inondations, selon le rapport.

À condition d'investir « des dizaines ou des centaines de milliards de dollars par an ». Ces protections seraient toutefois plus efficaces pour les mégalopoles côtières que pour les grands deltas agricoles ou les petits États insulaires, qui n'auraient de toute façon pas les moyens de financer ces grands travaux.

Au total, selon le rapport, plus d'un milliard de personnes vivront d'ici le milieu du siècle dans des zones côtières peu élevées particulièrement vulnérables aux inondations ou à d'autres événements météo extrêmes amplifiés par la montée du niveau de la mer et le dérèglement climatique.

Et même dans un monde où la température augmenterait de 2 degrés, de nombreuses mégapoles et petites îles devraient être frappées au moins une fois par an d'ici 2050 par un événement extrême qui ne se produisait jusqu'alors que tous les 100 ans.

Le monde s'est engagé en 2015, dans l'Accord de Paris, à limiter le réchauffement à 2 °C, voire à 1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines.

Les océans absorbent la chaleur

Les océans, qui couvrent plus de 70 % de la surface du globe, ont absorbé environ un quart de ces émissions et 90 % de la chaleur supplémentaire générée par le CO2 produit, mais avec des conséquences palpables : hausse de la température de la mer, acidification, perte d'oxygène.

Ces bouleversements entraînent des impacts en cascade sur les écosystèmes dont nous dépendons, comme les récifs coralliens qui servent de pouponnière à de nombreuses espèces de poissons ou les régions de montagnes alimentées en eau par les glaciers.

Glace et eau se mélangent.

Des bassins d'eau se sont formés sur le dessus du glacier Helheim, près de Tasiilaq, au Groenland.

Photo : Reuters / Lucas Jackson

Ce rapport adopté par les 195 États membres du GIEC est le quatrième opus scientifique de l'ONU en un an à tirer la sonnette d'alarme sur les impacts du dérèglement climatique et à suggérer des pistes vers les façons d'y remédier ou au moins de les limiter.

Malgré le constat sans appel de la science et la mobilisation de millions de jeunes dans les rues du monde entier la semaine dernière, les dirigeants réunis à New York lundi n'ont pas été à la hauteur des engagements nécessaires, accusent les défenseurs de la planète.

Avec ces faibles promesses des États, nous avons probablement plus de chance de faire sauter la banque au casino de Monte-Carlo que de limiter le réchauffement à 1,5 °C.

Stephen Cornelius, du Fonds mondial pour la nature

Les engagements internationaux actuels, s'ils étaient respectés, conduiraient à une augmentation de 3 °C.

Le GIEC note dans son rapport que les océans peuvent aussi offrir des solutions pour aider à réduire ces émissions, notamment par le développement des énergies renouvelables.

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