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Toujours plus de signalements à la DPJ

Un enfant derrière une fenêtre givrée pose sa main contre la vitre et regarde au sol.

La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) appelle à la révision du rôle de toutes les organisations qui participent à assurer la sécurité des enfants.

Photo : iStock

La pression s’accentue depuis deux ans sur la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), qui a vu le nombre de signalements augmenter de 16 % depuis la période 2016-2017.

À l'occasion du dépôt de leur bilan de 2019, les directeurs de la protection de la jeunesse ont fait le point sur le réseau de protection des enfants, mercredi. Ils soulignent que la commission d’enquête qui s’amorce offre l'occasion d’entamer une réflexion en ce sens.

Le décès tragique d’une fillette de Granby, le printemps dernier, donne une teinte particulière à ce rapport annuel des directeurs de la protection de la jeunesse.

Le nombre d’enfants qui ont fait l’objet d’un signalement et qui ont besoin de notre protection ne cesse d’augmenter.

Extrait du rapport 2018-2019 de la DPJ

Cette hausse dans les signalements témoigne d'une détresse dans la société, affirme Assunta Gallo, directrice de la DPJ du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal.

Une femme photographiée en gros plan, le regard dirigé vers le haut.

Assunta Gallo, directrice à la protection de la jeunesse (DPJ) du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal, en conférence de presse le 25 septembre 2019

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. De 2016-2017 à 2018-2019, le nombre de signalements a bondi de 16 %, passant de 91 191 à 105 644. Le nombre de ces signalements retenus pour analyse plus poussée a également augmenté de 15 %. Des chiffres qui illustrent bien la pression croissante exercée sur le réseau de protection de la jeunesse, explique la DPJ.

Cette situation nous préoccupe grandement, peut-on lire dès les premières pages du rapport de la Direction de la protection de la jeunesse.

Réagissant à la publication de ces chiffres, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a déclaré que les sommes investies par le gouvernement de François Legault allaient faire diminuer le nombre de cas d'enfants sur les listes d'attente de la DPJ.

Dans le dernier budget provincial, 18 millions de dollars supplémentaires avaient été alloués à la protection de la jeunesse. Puis, en juillet, M. Carmant a annoncé l'injection de 47 millions de dollars de plus.

Le ministre Carmant dit suivre chaque semaine l'évolution du nombre d'enfants sur la liste d'attente de la DPJ : À la fin juin, on était à 3800 et plus, et là on est à 2500, donc c'est quand même encourageant. (En conférence de presse, mercredi, il a été erronément avancé que dans l'ensemble de la province 204 enfants étaient sur la liste d'attente de la DPJ actuellement.)

 Les enfants sur cette liste ont fait l'objet d'un signalement qui doit être évalué, étape cruciale qui détermine de la suite des choses dans un dossier à la DPJ.

Pour la directrice de la protection de la jeunesse dans Lanaudière, Maryse Olivier, un enfant en attente, c'est toujours un enfant de trop. En effet, un enfant faisant l'objet d'un signalement et dont la situation n'a pas encore été évaluée se trouve possiblement dans une situation de maltraitance.

Un filet défaillant

Les gens qui sont à l'oeuvre dans le milieu scolaire et dans les garderies sont des partenaires extrêmement importants, dit Mme Olivier. Et il importe que tous les acteurs du réseau collaborent afin que le filet de sécurité soit le plus aidant possible pour les familles et les enfants, dit-elle.

Une femme photographiée en gros plan arbore un air inquiet.

Maryse Olivier, diirectrice de la protection de la jeunesse dans Lanaudière, en conférence de presse le 25 septembre 2019

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La DPJ réclame une révision du rôle de toutes les organisations qui participent à assurer la sécurité des enfants. On cite entre autres la difficulté à obtenir des services dans le réseau de la santé et le manque criant de services de soutien aux enfants en milieu scolaire, tout comme les défis inhérents au recrutement de professionnels qualifiés.

Le portrait semble plus positif en ce qui concerne les adolescents délinquants. Le nombre de ceux qui ont dû recevoir des services a baissé de 6,5 % pour l’année 2018-2019, c’est-à-dire la période qui se terminait le 30 mars. L’une des explications serait la baisse du nombre d’adolescents au Québec depuis deux ans.

La protection des enfants comme priorité

Reste que, dans l’ensemble, ce rapport offre une série d’indices permettant de mieux évaluer la crise qui secoue ce réseau. Un constat qui arrive à point alors que l'on souligne cette année le 40e anniversaire de la Loi sur la protection de la jeunesse.

Les directions régionales de la DPJ réclament qu'on hisse au premier rang des priorités la mission de protéger les enfants.

La maltraitance envers les enfants, il faut qu'on fasse un consensus social par rapport au fait que c'est inacceptable. [...] Ce n'est pas un fait divers. C'est une priorité.

Sonia Mailloux, directrice de la DPJ de Laval

Dans la foulée des événements tragiques de Granby, le ministre responsable Lionel Carmant a annoncé la tenue d’une commission d’enquête. Elle s’amorcera en octobre et devrait durer plusieurs mois. Elle sera présidée par l’ancienne syndicaliste Régine Laurent.

Une réforme qui a eu des impacts

En conférence de presse, mercredi, la directrice de la DPJ de Laval, Sonia Mailloux, a admis que la réforme du réseau de la santé et des services sociaux avait eu des impacts sur les DPJ.

Cette réforme, engagée en avril 2015 à l'instigation du ministre libéral Gaétan Barrette, a rassemblé les DPJ au sein des nouvelles structures que sont les Centres intégrés – universitaires, dans certains cas – de santé et de services sociaux, les CISSS et les CIUSSS.

Selon Mme Mailloux, cette réforme a entraîné un défi pour les DPJ : celui de faire valoir leur mission sociale dans des établissements dotés, eux, d'un volet principalement santé .

Faire valoir cette mission sociale est quelque chose qui a pris énormément d'énergie à l'ensemble des DPJ au Québec, a dit Mme Mailloux.

En revanche, la directrice de la DPJ dans l'ouest de l'île de Montréal constate que les services sont plus accessibles pour les enfants et les familles depuis que tout est regroupé sous le parapluie du CIUSSS. C'est une amélioration apportée par la réforme, dit Linda See.

En ce qui a trait aux actions du présent gouvernement, les directions régionales de la DPJ saluent les fonds supplémentaires injectés par le ministre Carmant, dans le but de réduire les listes d'attente et d'embaucher du personnel.

Pénurie de personnel et épuisement

Parmi les travailleurs sociaux et autres professionnels de la DPJ, la pénurie de personnel et l'épuisement des effectifs se font sentir.

Les directions régionales de la DPJ disent recruter activement du personnel. Et elles constatent, depuis peu, une baisse de l'épuisement professionnel dans leurs rangs.

Le ministre Lionel Carmant affirme que la stratégie du gouvernement a permis à la DPJ de consolider ses équipes en embauchant du personnel sénior pour l'encadrement clinique.Il y a même des retraités qui sont revenus sur le terrain, affirme-t-il.

Les investissements, c'est déjà un premier départ, reconnaît Sonia Mailloux de la DPJ de Laval. Mais le réseau doit néanmoins composer avec la rareté de la main d'oeuvre. Même si on a plus de sous pour mettre des services en place, ça reste un défi.

Mais on s'en va dans la bonne direction, affirme pour sa part Linda See, qui dirige la DPJ du CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal.

En guise d'exemple, Mme See dit avoir pu doubler les effectifs pour la vérification sur le terrain.

Dans certains cas, cette vérification permet aux intervenants de diriger des familles et leurs enfants vers des organismes communautaires ou vers des services du réseau de la santé et des services sociaux.

Quand cette opération de prévention fonctionne, les familles obtiennent de l'aide appropriée et évitent ainsi de s'engager dans une spirale menant à un signalement retenu par la DPJ, a expliqué en substance la directrice de la DPJ de l'ouest de l'île de Montréal.

Granby : un cri d'alarme

Selon Linda See, la tragédie survenue à Granby a sensibilisé la population, qui comprend mieux désormais la Loi sur la protection de la jeunesse et ce que représente une situation risquée pour un enfant.

Cette sensibilisation accrue expliquerait, en partie, la hausse des signalements, dit-elle : Les gens ont été alarmés; c'est une responsabilité collective de s'assurer de la sécurité des enfants.

Avec les informations de Davide Gentile

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