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analyse

Pourquoi lancer une procédure de destitution contre Trump maintenant?

Le président américain s'exprime lors d'une réunion avec le président irakien Barham Salih en marge de l'Assemblée générale annuelle des Nations unies, à New York, le 24 septembre 2019.

Donald Trump

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Raphaël Bouvier-Auclair

Les dirigeants démocrates, en particulier Nancy Pelosi, ont tergiversé pendant des mois. Pourquoi décident-ils que le temps est maintenant venu de tenter de destituer Donald Trump?

Déjà au moment de la publication du rapport Mueller, les appels à la destitution avaient commencé à se faire entendre dans les rangs démocrates.

Bien que le procureur spécial n'ait pas prouvé de collusion avec la Russie, il n'avait pas pour autant blanchi le président sur la question de l’entrave à la justice. Pour de nombreux élus démocrates, c'était suffisant. Mais pas pour Nancy Pelosi.

La présidente de la Chambre craignait que les démocrates, accusés d’acharnement à l’égard du président, ressentent l’impact politique d'une telle procédure.

Les élus qui, comme elle, siègent au Congrès depuis quelques décennies, se souviennent que les républicains avaient perdu des plumes après avoir déclenché une procédure de destitution contre Bill Clinton en 1998.

Lundi, après avoir longuement consulté les membres de son caucus, elle a finalement décidé de plonger.

Tout d'abord parce que la pression était de plus en plus forte sur elle. Plus de 150 membres de son caucus (qui en compte 235) lui demandaient d'agir.

Et maintenant, il ne s'agit plus uniquement des élus les plus à gauche de son parti, qui sont installés dans des circonscriptions très démocrates où Donald Trump est impopulaire. Des élus de districts mauves (parfois bleu démocrate, parfois rouge républicain), dont certains sont d’anciens militaires ou agents du renseignement, lui ont également demandé d’agir.

Puis, il y a le fond de l’affaire. Dans le cas du rapport Mueller, le président n’avait pas directement été impliqué dans une conspiration.

Dans le cas présent, il a lui-même admis avoir soulevé auprès du président ukrainien des allégations de corruptions liées à la famille de Joe Biden, un adversaire potentiel en 2020, dont le fils avait des liens avec une entreprise gazière d’Ukraine.

Donald Trump parle d’une conversation irréprochable dont il promet de dévoiler l’ensemble de la transcription mercredi.

Pour Nancy Pelosi, le simple fait que le sujet ait été abordé – comme l’a admis M. Trump – constitue un abus des pouvoirs présidentiels visant à discréditer un adversaire politique potentiel.

Comme superviser la Maison-Blanche est l’un des rôles du Congrès, il était difficile pour la présidente de la Chambre de condamner le geste, tout en faisant la sourde oreille aux appels à la destitution lancés par ses collègues.

Donald Trump, président des États-Unis

Et si Trump en sortait gagnant?

Quand on observe le paysage politique actuel, il est difficile d’imaginer que Donald Trump sera réellement démis de ses fonctions à la fin de tout ce processus.

Pour qu’une destitution se concrétise, il faut que les deux tiers des sénateurs la confirment. Présentement, le Sénat est contrôlé par les républicains. Et bien qu’en politique le vent puisse tourner, depuis le début de sa présidence, Donald Trump a réussi à coaliser son parti derrière lui.

Dans le cas du dossier ukrainien, mis à part le sénateur de l'Utah et ancien candidat présidentiel Mitt Romney, très peu d'élus républicains se sont indignés.

Plus que de rester en poste, Donald Trump espère même que l’affaire lui assurera un deuxième mandat. Le président, qui affirme que la procédure sera positive pour lui à l’élection de novembre 2020, parle déjà de harcèlement et de chasse aux sorcières.

Son équipe de campagne a même commencé à en faire un enjeu électoral visant à mobiliser sa base, en envoyant des courriels pour recueillir des fonds, ou en publiant une vidéo publicitaire à la fin de laquelle on peut lire : Pendant que les démocrates ont pour seul but de combattre Trump, le président Trump se bat pour vous.

Si la controverse qui a poussé les dirigeants démocrates à agir n’est pas la même, les facteurs qui les poussaient à la prudence n’ont pas nécessairement changé. Le pays est toujours politiquement très divisé. Et, au sein de la population, l’idée de la destitution est loin de faire l’unanimité.

Nancy Pelosi, qui a prouvé avec les années qu’elle savait persuader ses collègues derrière les portes closes du Congrès, a maintenant la tâche de convaincre le public américain que le chemin de la destitution était le bon.

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