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Les verts prônent l'abandon de GNL Québec, les autres partis ne se mouillent pas

Le reportage de Sylvain Desjardins

Photo : Radio-Canada

Daniel Blanchette Pelletier

Contrairement au Parti vert, les formations politiques qui cherchent à former le prochain gouvernement fédéral n’ont pas voulu se commettre au sujet de GNL Québec, un projet qui prévoit acheminer du gaz naturel par gazoduc jusqu’à une usine de liquéfaction construite au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

L’abandon complet du projet – qui n’a pas encore reçu le feu vert du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) – est réclamé par le parti d'Elizabeth May, qui le qualifie de menace pour la biodiversité, le climat et les bélugas du Saint-Laurent.

GNL Québec comprend la construction d’un pipeline gazier de 750 kilomètres, qui traverserait le Nord de l’Ontario ainsi que l’Abitibi-Témiscamingue et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, au Québec. Il alimenterait en gaz naturel une usine de liquéfaction à construire à Saguenay.

Un terminal maritime installé à La Baie, juste à côté du Port de Saguenay, permettrait ensuite d’acheminer le gaz naturel de l’Ouest canadien – provenant de la Colombie-Britannique et de l’Alberta – vers les marchés internationaux à bord de méthaniers.

Ce n'est pas un projet pour le Québec. C'est un projet d'exportation vers l'Europe, a dans un premier temps dénoncé Daniel Green, le chef adjoint du Parti vert. Il avait convié les médias, mardi matin, pour expliquer en long et en large pourquoi ce projet est le symbole de ce qui va mal dans le développement énergétique au Canada.

Impact environnemental majeur

Le Parti vert dénonce qu’à l’heure de l’urgence climatique et environnementale, le projet de port méthanier GNL Québec, qui a déjà obtenu le soutien du gouvernement Legault, générera d’importantes émissions de gaz à effet de serre (GES), qu’il estime à 7,8 millions de tonnes.

Il risque donc de compromettre les efforts environnementaux de la province, selon les verts. Sans compter que le projet pose aussi une menace sérieuse pour l’environnement, estime Daniel Green.

Le risque est faible, mais un accident serait désastreux. [...] C'est encore pire qu'un déversement pétrolier, car l'onde de choc d'une explosion créerait de la dévastation sur le territoire, a soutenu le candidat vert dans la circonscription montréalaise d'Outremont.

Carte illustrant un tracé partant de Rouyn-Noranda à Saguenay, où GNL Québec veut construire une usine de liquéfaction de gaz naturel et un terminal maritime.

Le corridor à l'étude pour le projet d'implantation d'un gazoduc par GNL Québec s'étend sur 750 kilomètres, du Nord de l'Ontario au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Photo : Radio-Canada

Daniel Green a insisté sur le fait que le tracé du pipeline traverse un territoire occupé par les Premières Nations ainsi que l'habitat de 17 espèces fauniques vulnérables et de 18 espèces de fleurs à statut précaire.

Le transport du gaz naturel liquéfié vers les marchés européens accroîtrait également le trafic maritime dans le fjord du Saguenay et l’estuaire du Saint-Laurent, un habitat essentiel aux bélugas. On prévoit le passage d’environ 120 superméthaniers par année.

C'est pourquoi le Parti vert s'oppose à ce projet. Il y a assez de données objectives pour dire non au projet.

Daniel Green, chef adjoint du Parti vert

Nous avons toujours peur que le gouvernement fédéral finance ce projet. Ils ont financé le pipeline Trans Mountain, qu'est-ce qui les empêche de financer ce projet?, a ajouté le candidat vert.

Interrogé à ce sujet, alors qu’il présentait les ambitions du Parti libéral en matière de réduction des GES, le chef libéral Justin Trudeau est demeuré vague. On est en train de faire les évaluations environnementales nécessaires, s’est-il contenté de dire.

On reconnaît qu'une transition vers une économie plus propre passe par plusieurs étapes, et nous sommes là pour appuyer et participer à des projets qui vont nous amener vers nos cibles de réduction de gaz à effet de serre, a ajouté Justin Trudeau.

Le Parti libéral du Canada s’est engagé à ce que le Canada atteigne la cible de zéro émission nette de GES d’ici 2050.

« Attentisme » dénoncé

Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet.

Le Parti vert dénonce « l'attentisme » des partis néo-démocrate et bloquiste, qui attendent les évaluations environnementales avant de se prononcer.

Photo : Radio-Canada

En point de presse mardi, le candidat Daniel Green a aussi dénoncé l’attentisme des autres partis, en particulier celui du Nouveau Parti démocratique et du Bloc québécois, ce dernier se targuant de proposer des mesures plus vertes que les verts.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet tient à voir les conclusions du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) sur le projet GNL Québec avant de se prononcer. Notre position est très claire et respectueuse des institutions, a-t-il déclaré lors d’un point de presse à Gatineau. Je n’ai aucune sympathie pour l’énergie du passé.

Mais on est tous en train de dire qu’il faut respecter la juridiction du Québec en matière d’évaluations environnementales, a-t-il précisé, en rappelant qu’il avait jadis été ministre de l’Environnement dans le gouvernement de Pauline Marois. On ne peut pas en même temps désavouer le BAPE en disant qu’on n’attendra pas le rapport du BAPE avant de se prononcer.

Pressé lui aussi de questions sur l’environnement, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh s’est refusé à dire s’il appuyait ou non le projet GNL Québec.

Le futur de notre pays, ce n’est pas un futur où nous utilisons l’énergie fossile, a-t-il cependant souligné. C’est un futur où on a zéro émission.

Ce qu'on peut faire, ce que je veux faire, c'est annuler tout de suite les subventions pétrolières gouvernementales, a-t-il pris soin de mentionner, en dénonçant les milliards d’argent fédéral qui vont dans des projets qui continuent la pollution.

Le Parti vert n’a pas manqué non plus de dénoncer la façon dont le projet GNL Québec était considéré par le BAPE, soit que le pipeline, le terminal et les méthaniers fassent l’objet d'évaluations séparées.

Voilà un autre exemple d’un projet, qui est le même projet, mais qu’on brise en morceaux pour rendre plus difficile l’étude d’impact cumulative de tout le projet.

Daniel Green, chef adjoint du Parti vert

Le Parti vert estime qu’une commission conjointe fédérale-provinciale devrait être chargée d’évaluer l’impact environnemental du projet, considéré pour l’heure comme le plus gros projet industriel du Canada.

Les conservateurs en faveur

Richard Martel lors de son discours.

Comme son chef Andrew Scheer, le candidat conservateur dans Chicoutimi-Le Fjord Richard Martel appuie le projet GNL Québec.

Photo : Radio-Canada / Priscilla Plamondon Lalancette

Le projet GNL Québec est évalué à 9,5 milliards de dollars (7,2 milliards de dollars américains). Il prévoit la création de 6000 emplois directs et indirects pendant les quatre années de sa phase de construction, dont le début est prévu en 2021, et des retombées économiques de 605 millions annuellement.

La phase d’exploitation, à compter de 2025, devrait générer quant à elle 1100 emplois directs et indirects, des retombées économiques annuelles de 810 millions de dollars et des recettes fiscales de 110 millions pour l'État québécois.

Le projet d'Énergie Saguenay est accueilli avec enthousiasme au Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui profiterait de 250 à 300 des emplois directs promis. Le député conservateur sortant de Chicoutimi–Le Fjord, Richard Martel, en fait d’ailleurs son principal thème de campagne.

La construction d’un gazoduc cadre d’ailleurs avec les intentions du Parti conservateur de construire un corridor énergétique à travers le Canada.

J'appuie les projets d'énergie qui créent des emplois et qui nous permettront d'exporter notre énergie propre, a affirmé mardi le chef Andrew Scheer, de passage à Thorold, en Ontario. C'est mieux pour les changements climatiques d'avoir l'énergie canadienne.

GNL Québec se targue d'ailleurs de construire la toute première usine de GNL de cette taille au monde à être alimentée en hydroélectricité et d'ainsi contribuer à réduire de façon significative les émissions de GES. Celle-ci pourrait même être carboneutre.

Ce projet et les projets comme celui-là vont créer les emplois partout au Québec, partout au pays. Et c'est une raison pour laquelle j'ai proposé mon corridor énergétique, a insisté le chef conservateur.

Notre dossier Élections Canada 2019

Un mouvement d’opposition

Sans surprise, les craintes du Parti vert viennent rejoindre un vaste mouvement de contestation du projet, qui dénonce la menace pour les bélugas et le fait qu’il s’agisse d’un autre projet centré autour des hydrocarbures.

Greenpeace, le World Wildlife Fund Canada, la Fondation David Suzuki, Nature Québec et Équiterre comptent parmi les opposants à GNL Québec.

En juin, 150 scientifiques ont aussi demandé l'abandon du projet dans une lettre ouverte, affirmant qu'il ne s'inscrivait pas du tout dans la lutte contre les changements climatiques. Une pétition contre le projet a aussi recueilli jusqu’à maintenant environ 50 000 signatures, selon les verts.

La semaine dernière, d’autres opposants au projet, dont des citoyens de partout au Québec et de nombreux artistes,ont également pris part à une vidéo de 4 minutes, diffusée sur YouTube, pour dénoncer les ambitions des promoteurs du gazoduc.

Avec des informations de Sylvain Desjardins

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