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Les Chinois seront-ils derrière le régime pour son 100e anniversaire?

Des membres de la fanfare jouent devant des affiches du 70e anniversaire.

La fanfare militaire chinoise se prépare pour les célébrations du 70e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, le 25 septembre 2019, à Pékin.

Photo : Getty Images / Pool

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 1er octobre, la République populaire de Chine aura 70 ans. Les Chinois ont parcouru un long chemin depuis la proclamation faite par Mao Tsé-Toung à Pékin en 1949. Quels sont les défis auxquels ils font face aujourd’hui?

En 1949, la Chine comptait quelque 500 millions d’habitants, soit trois fois moins qu’aujourd’hui. C’était essentiellement un pays rural, encore très peu industrialisé.

Soixante-dix ans plus tard, l’Empire du milieu est devenu l’usine de la planète, le revenu par habitant a été multiplié par dix et la Chine aspire à prendre la place de première puissance mondiale.

Si les premières années de la République populaire, sous Mao, ont été catastrophiques pour ses habitants, la Chine est parvenue à sortir 600 millions de personnes de la pauvreté au cours des 30 dernières années, selon les données de la Banque mondiale.

Mais ce n’est pas seulement grâce au Parti communiste, comme celui-ci veut le laisser croire, souligne Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’Université baptiste de Hong Kong et auteur de Demain la Chine : démocratie ou dictature? Ce qu'a fait le Parti communiste avec Deng Xiaoping, c'est de lâcher la bride, note-t-il. Il a laissé les gens s’enrichir. Mais si la société chinoise est sortie de la pauvreté, c'est grâce aux Chinois eux-mêmes. Le Parti communiste n'a pas travaillé, ce sont les Chinois qui ont travaillé.

Des ouvrières assemblent des pièces.

Des travailleurs dans une usine de Foxconn.

Photo : Getty Images/STR

À partir des années 80, dit-il, le parti a suivi l’exemple des dragons asiatiques (Hong Kong, Singapour, Corée du Sud et Taïwan), notamment en important de nouvelles technologies et en créant des zones économiques spéciales pour attirer les investissements.

De manière générale, on peut dire que le parti a assez bien réussi à produire le développement en agissant comme un État dirigiste; on peut lui donner beaucoup de crédit là-dessus, soutient pour sa part Alex Payette, cofondateur et PDG du Groupe Cercius, société de conseil en intelligence stratégique et géopolitique.

Et le parti ne se gêne pas pour mettre l’accent sur ce succès, remarque le chercheur. Il y a vraiment un discours basé sur le fait qu'on est capables de produire du développement et on reste en place parce qu’on est les seuls à pouvoir le faire.

Ainsi, la majorité des Chinois semblent avoir accepté une restriction de leur liberté politique en échange de la croissance économique. Mais c’est un marché qui n’a pas lieu d’être, pense M. Cabestan.

On a fait croire à beaucoup de Chinois que l'introduction de la démocratie aurait un effet négatif sur la croissance et qu’il leur fallait choisir entre un supplément de bien-être et un supplément de liberté politique, soutient-il. C'est une logique très fausse, mais c'est le discours que propose le parti et qui a été intériorisé par beaucoup de Chinois.

Les dangers du ralentissement économique

C’est d’ailleurs l'un des défis qui se présentent au Parti communiste chinois (PCC) à l’aube de ses 70 ans au pouvoir : si la croissance économique ralentit, les Chinois vont-ils vouloir secouer son joug?

Pas si sûr, pense M. Cabestan.

Est-ce que le ralentissement économique peut remettre en cause le contrat social? Ça peut le mettre à mal, ça peut le fragiliser, mais je ne pense pas que ça puisse le remettre en cause.

Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’Université baptiste de Hong Kong et auteur de « Demain la Chine : démocratie ou dictature? »

Pour un grand nombre de Chinois, le régime est avant tout synonyme de stabilité, alors que la démocratie, croient-ils, pourrait apporter le chaos, voire la guerre civile.

Des gens brandissent des drapeaux de la Chine en chantant une chanson patriotique.

L’argument nationaliste est très fort en Chine. Les Chinois s’identifient à l’État qui a été créé en 1949 et au drapeau à cinq étoiles, soutient Jean-Pierre Cabestan.

Photo : Getty Images / STR

D’autant plus que les Chinois savent très bien que ce n’est pas la démocratie qui va faire redémarrer la croissance, souligne le chercheur.

Mais le parti aura quand même d’importants défis à relever pour conserver l’adhésion des Chinois au cours des prochaines années, pense Alex Payette. Il devra notamment revoir la gouvernance et séparer clairement l’État de l’administration afin de créer un meilleur climat d’affaires.

Il faudra également qu'il s’attaque à un enjeu majeur : offrir une meilleure protection sociale à sa population vulnérable. Si, effectivement, on commence à avoir de la difficulté à offrir du développement, il faut absolument trouver quelque chose dont les gens ont besoin, comme des services sociaux pour la population vieillissante et pour la nouvelle génération qui s'engage dans le marché du travail et qui n'a pas beaucoup de protection, explique M. Payette.

Revoir ce genre de choses aidera énormément le parti à répondre à plusieurs doléances à l'intérieur de la société chinoise.

Alex Payette, cofondateur et PDG du Groupe Cercius, société de conseil en intelligence stratégique et géopolitique

Enfin, le PCC devra assainir le système légal pour mettre tout le monde sur un pied d’égalité.

Savoir que si je vais en cour, il n'y a pas quelqu'un qui pourra me passer en avant en payant le juge pour régler son problème et qu'effectivement les règles vont être appliquées pour tout le monde de façon relativement égale, ce serait une avancée extraordinaire, conclut le chercheur.

Si ces réformes sont adoptées, cela devrait permettre au parti de rester en selle encore un bon moment, croit-il.

Un développement économique de qualité

Des hommes torse nu sont assis sur un sofa le long d'une allée.

Des centaines de millions de Chinois ont quitté la campagne pour gagner leur vie dans les villes, mais ils ne bénéficient pas des mêmes droits que les citadins.

Photo : Getty Images / Nicolas ASFOURI

Pour Jean-Pierre Cabestan, la Chine a un autre défi : celui d’échapper au « piège du revenu intermédiaire », cette tranche où se retrouvent souvent coincés les pays en développement qui stagnent après avoir connu une forte croissance.

La Chine s'est développée et s'enrichit, explique-t-il. Mais le problème, c'est que maintenant la main-d'œuvre devient plus chère [et devient moins compétitive]. Pour que la Chine devienne un pays développé, il faudrait qu'elle innove et qu'elle maîtrise des technologies qui, jusqu'à maintenant, étaient largement importées.

Il y a aussi la question des inégalités entre les villes et les campagnes, ainsi qu’entre les différentes régions du pays.

Selon une étude de l’Université de Pékin, les 25 % de ménages chinois les plus pauvres possèdent 1 % de la richesse du pays, tandis que le 1 % des plus riches en possède le tiers.

Le fait que la Chine ait connu un développement rapide depuis 40 ans est la principale cause des inégalités, soutient Jean-Pierre Cabestan. C'est inévitable. Tous les pays sont passés par là. Après, il faut les gérer socialement, politiquement et faire en sorte qu'il n'y ait pas des gens qui restent au bord de la route.

Deux agents montent la garde devant un portrait géant du dictateur communiste Mao.

La place Tiananmen est étroitement surveillée par des policiers.

Photo : Reuters / Thomas Peter

Le PCC saura-t-il gérer cette transition? Rien n’est moins sûr.

Certains analystes, comme Minxin Pei, professeur au collège Claremont McKenna et spécialiste de la Chine, estiment que le régime du parti unique est en fin de vie et approche « la frontière de la longévité pour une dictature ». Peu de régimes, écrit-il dans le South China Morning Post (Nouvelle fenêtre), ont réussi à tenir aussi longtemps. Le parti communiste d’URSS s’est effondré après 74 ans, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) mexicain après 71 ans.

Qui plus est, ajoute-t-il, les conditions qui ont permis le succès économique de la Chine (une main-d’œuvre jeune et abondante, une urbanisation rapide, des investissements dans les infrastructures à large échelle, la libéralisation du marché et la mondialisation) sont en train de diminuer ou de disparaître, remplacées par une situation économique plus difficile, notamment à cause des tensions commerciales avec les États-Unis.

Jean-Pierre Cabestan pense, lui aussi, que les jours du régime sont comptés, même si cela peut encore prendre du temps. Vu la montée du niveau d’éducation, l’urbanisation, les gens, à un moment donné, en auront assez d’être dirigés par une société secrète, croit-il.

Le PCC est une institution en contradiction avec le monde moderne, ouvert et globalisé. À terme, ses dirigeants savent bien que les gens en auront assez.

Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’Université baptiste de Hong Kong et auteur de « Demain la Chine : démocratie ou dictature? »

Alors, les Chinois fêteront-ils les 100 ans de la République populaire, en 2049? Les paris sont ouverts.

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