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Grands émetteurs de CO2 : la réforme de la CAQ suscite de vives réactions

Le reportage de Catherine Gauthier

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Thomas Gerbet

Les partis d'opposition à Québec sont incrédules face au projet du gouvernement Legault d'augmenter l'aide publique aux grandes industries émettrices de gaz à effet de serre en échange d'efforts supplémentaires pour diminuer leur pollution, mais avec des exemptions pour certaines.

En l'absence du premier ministre et de la plupart des ministres concernés à l'Assemblée nationale, c'est le ministre des Finances qui s'est levé en après-midi pour défendre le projet de réforme dévoilé par Radio-Canada.

Nous leur demandons [aux entreprises] de continuer à réduire leurs émissions, a expliqué Eric Girard, mais puisqu'elles sont dans un monde de concurrence et que nos partenaires commerciaux, l'Ontario, l'Est des États-Unis et d'autres juridictions dans le monde ne tarifient pas le carbone, il faut bien sûr les aider.

Les subventions publiques aux grands émetteurs seront bonifiées de plusieurs centaines de millions de dollars afin d'aider ceux-ci à répondre aux efforts supplémentaires de réductions de gaz à effet serre exigés par Québec à partir de 2024.

Par ailleurs, les cimenteries font partie d'un groupe d'industries qui n'auront pas à fournir autant d'efforts de réduction que les autres.

C'est beaucoup trop généreux pour l'industrie. Ça fausse l'idée du marché du carbone qui doit se suffire à lui-même. On fait fi du principe de pollueur-payeur. Ça devient le pollueur-payé.

Christian Simard, directeur général de Nature Québec.

Le chef du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, n'est pas convaincu non plus : Je trouve que, pour un premier ministre qui dit s'intéresser à l'environnement, je trouve qu'il n'agit pas dans le bon sens.

Lors d'une entrevue accordée à l'émission Midi info en direct du sommet de l'ONU sur le climat, le ministre de l'Environnement Benoit Charette a défendu cette réforme en affirmant qu'elle permettra d'atteindre des objectifs qui, malheureusement, nous ont fait défaut ces dernières années.

Jamais les entreprises n'auront été aussi encouragées à diminuer leurs émissions que ce que nous leur proposons actuellement.

Benoit Charette, ministre de l'Environnement du Québec.

Être Benoit Charrette, j’aurais honte de me promener dans les corridors du sommet sur le climat, a déclaré la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé. [Que la CAQ] cesse de faciliter la vie des grands émetteurs de GES et de céder au chantage de leurs lobbys.

Le Parti québécois a lui aussi critiqué le projet. « Soit Benoit Charette n’a pas de rapport de force au sein d’un gouvernement dominé par les tenants d’une économie du XXe siècle, soit il ne croit pas lui-même à l’urgence d’agir contre la crise climatique », dit le porte-parole du PQ en matière d'Environnement, Sylvain Gaudreault.

La réforme est essentielle.

Normand Mousseau, directeur de l'Institut de l'énergie Trottier et professeur de physique à l'Université de Montréal

Le système actuel n'avait pas le choix d'être réformé, selon Normand Mousseau, directeur de l'Institut de l'énergie Trottier et professeur de physique à l'Université de Montréal : Il faut à la fois maintenir la compétitivité de l'industrie, mais aussi l'amener à se transformer.

Il trouve toutefois que le statut spécial accordé aux cimenteries est plus difficile à comprendre : Ce sont de très, très gros émetteurs, et il y a de la place pour transformer les procédés et transformer les façons de faire.

Ciment McInnis est résolument engagée dans la réduction de ses émissions et dans la recherche de solutions, écrit dans un courriel Alexandre Boucher, porte-parole de la cimenterie de Port-Daniel.

L'entreprise assure qu'elle se conformera au règlement qui devrait entrer en vigueur au début de 2020.

Le gouvernement rappelle que son projet de réforme est encore au stade des préconsultations et qu'il est encore possible de le modifier.

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