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Des coopératives en Minganie pour manger frais et à sa faim

L’abondance des richesses naturelles ne garantit pas la sécurité alimentaire.

Une personne prépare son potager.

Coopérative Les choix de Marguerite, située à la Baie-Johan-Beetz.

Photo : Radio-Canada

Des coopératives contribuent à augmenter l’offre alimentaire proposée aux résidents de la Côte-Nord. Une équipe de L’épicerie s’est rendue en Minganie où, encore aujourd’hui, un panier d’épicerie coûte 20 % plus cher que dans les grands centres.

Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, la sécurité alimentaire, c’est pouvoir se procurer en tout temps une quantité suffisante d’aliments sains et nutritifs pour mener une vie saine et active et assurer à ses enfants une croissance et un développement adéquat. Et selon Luc Noël, préfet de la MRC de Minganie sur la Côte-Nord, de 20 à 25 % de la population de la région ne bénéficie pas de cette sécurité.

La Minganie est une région atypique, explique-t-il. Un seul lien routier relie la population aux grands centres, la route 138. On est à une dizaine d’heures de Québec, treize à quatorze heures de Montréal. La population est résiliente, mais concrètement, ça veut dire que le coût du transport a un impact majeur sur la disponibilité et le coût des aliments.

La Minganie est une des six régions de la Côte-Nord, qui compte environ 6500 habitants. Près de 1000 d’entre eux vivent à quelques kilomètres du bout de la 138, dans la communauté innue de Nutashkuan, et à Natashquan. C’est là que se trouve la seule épicerie dans un rayon de 150 kilomètres.

Louise Cayouette, propriétaire avec son conjoint du Marché Natashquan, précise que leur affiliation à la chaîne Sobeys permet à la population de bénéficier des mêmes prix que n’importe où dans la province pour les fruits et légumes et la plupart des produits d’épicerie, sauf la viande, le lait et le pain.

Pour ces denrées, il faut payer les coûts du transport, ce qui représente une surcharge de 40 à 50 000 $ par année. Alors on est obligés de majorer nos prix pour absorber ces frais-là.

Louise Cayouette

Sur le prix du pain, cette surcharge représente par exemple de 40 à 50 ¢ de plus qu’ailleurs dans la province. Mme Cayouette ajoute que pour la viande, on doit faire affaire avec des distributeurs indépendants qui nous la vendent seulement surgelée. À cause des frais de transport qui sont exorbitants, on a pas le choix de la revendre plus cher aux consommateurs.

Lors du passage de L’épicerie, alors qu’un paquet de 800 grammes de bœuf haché se vendait dans les grands centres à 10,50 $, la même quantité coûtait 15 $ à Natashquan, soit près de 50 % plus cher.

Le bateau Bella Desgagnés navigue à travers les glaces.

Le Bella Desgagnés transporte voyageurs et denrées dans les municipalités de la Côte-Nord.

Photo : Radio-Canada

En hiver, la situation se corse. Si un blizzard force la fermeture de la 138, le seul lien terrestre, l’approvisionnement devient problématique.

La nourriture nous parvient aussi par bateau, mais plus de la moitié du temps, celui-ci est hors horaire, explique le préfet Luc Noël. Les communautés établies là où il n’y a plus de route en dépendent encore plus que nous. Dans les villages à l’est de Natashquan jusqu’à Blanc-Sablon, en Basse-Côte-Nord, la nourriture est encore plus chère, ajoute-t-il, surtout que plusieurs d’entre eux ne sont souvent desservis que par avion. Et c’est sans parler de la fraîcheur...

Des solutions

Comme partout ailleurs, les Minganois s’organisent, entre autres, en profitant des soldes offertes dans leurs épiceries pour faire des provisions. C’est le cas de Christine Gauthier, propriétaire d’une garderie à Havre-Saint-Pierre, la plus importante agglomération de la région, avec plus de 3000 habitants. Ici, au moins, on a un Marché Tradition, reconnaît-elle. On profite des rabais pour planifier, faire des réserves et cuisiner à l’avance. Puis des fois on va au Maxi à Sept-Îles, où on peut faire encore plus d’économies. Mais c’est à 222 kilomètres...

Des pommes de salade, un ananas et des pommes dans un comptoir réfrigéré.

Les fruits et légumes vendus dans la coopérative Les choix de Marguerite.

Photo : Radio-Canada

À Baie-Johan-Beetz par contre, village d’une centaine d’habitants situé à mi-chemin entre Havre-Saint-Pierre et Natashquan, il n’y avait plus de commerce de proximité lorsqu’un groupe de résidents de la petite municipalité a décidé de créer une coopérative en 2011, Les choix de Marguerite. Avant ça, les gens devaient aller à Havre-St-Pierre pour faire leur épicerie, se souvient Julie Plante, présidente du conseil d’administration de la coop. C’est 120 km aller-retour… Quand on a ouvert, ça a été un défi de ramener les gens faire leur épicerie ici. Il a fallu les convaincre que ce n’est pas un dépanneur, mais une épicerie complète.

Le défi a été relevé : On a plus de 300 membres, même si on est moins de 100 habitants. Beaucoup de gens achètent leur carte de membre alors qu’ils sont seulement de passage, se réjouit-elle.

N’empêche que le défi demeure entier pour l’approvisionnement. Le rayon le plus compliqué à remplir, c’est celui des fruits et légumes. À cause du transport, bien évidemment, nous rappelle Mme Plante. Ils arrivent souvent amochés et la variété est limitée, d’où l’importance de notre deuxième volet, la serre.

Une serre a en effet été construite à la coopérative Les choix de Marguerite pour fournir des légumes frais durant la belle saison. Ce projet a été rendu possible, entre autres, avec l’aide du Grenier boréal, une autre coopérative, fondée en 2013 celle-là, à Longue-Pointe-de-Mingan.

Josée Bélanger devant un champ cultivé.

Josée Bélanger, directrice du Grenier Boréal.

Photo : Radio-Canada

Josée Bélanger, une des fondatrices du Grenier Boréal, a fait le pari avec ses collaborateurs de faire pousser fruits et légumes dans un environnement peu propice à l’agriculture. Tout pousse ici, mais avec beaucoup d’efforts, nous explique-t-elle. Ce n’est pas naturel comme dans le sud du Québec, mais on produit avec succès des radis, des navets, du chou et même des tomates, des concombres et des poivrons.

La coopérative Les Choix de Marguerite et le Grenier Boréal sont de beaux exemples de prise en charge par la communauté qui a un impact positif important sur la qualité de vie des Minganois. Mme Bélanger constate que les gens redécouvrent ce qui se faisait autrefois à petite échelle dans une perspective de subsistance.

Soutien supplémentaire

Malgré tous ces efforts, le prix du panier d’épicerie en Minganie coûte encore de 15 à 20 % plus cher que dans les grands centres. Et la situation n’est pas unique à cette région. Pour le préfet de la MRC de Minganie, Luc Noël, pour assurer la sécurité alimentaire des Minganois, il faut subventionner en partie le transport des aliments.

La Côte-Nord représente 1 % de la population du Québec et fournit 2,2 % de son produit intérieur brut, ajoute Luc Noël. Près de 40 % de l’hydroélectricité produite par Hydro-Québec vient de la région et l’an dernier, la société d’État a enregistré des revenus de 5,3 milliards… On contribue largement à la richesse du Québec, alors on voudrait simplement qu’on nous soutienne pour bien nourrir tout le monde.

Le reportage du réalisateur Patrick Brunette et de la journaliste-animatrice Johane Despins est présenté dans le cadre de l’émission L’épicerie le mercredi à 19 h 30.

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