•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • Archives
  • Il y a dix ans nous quittait Pierre Falardeau, le cinéaste combattant

    Pierre Falardeau dirige le comédien Luc Picard durant le tournage du film 15 février 1839.

    Pierre Falardeau dirige le comédien Luc Picard durant le tournage du film 15 février 1839.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Le 25 septembre 2009, le réalisateur Pierre Falardeau succombe à un cancer du rein. Il était âgé de 62 ans. Retour en archives sur la vie et l’œuvre cinématographique de cet homme militant qui se révélait aussi fort que sensible.

    Le combat pour l’indépendance, la lutte pour produire des films politiques

    Pierre Falardeau nous a laissé en héritage plusieurs films et documentaires dans lesquels il dénonçait les injustices sociales. La question nationale et le thème de la liberté ont également nourri ses nombreux essais.

    Le lendemain de son décès, la journaliste Ève Payette brosse au Téléjournal le portrait du cinéaste engagé pour la cause de la souveraineté du Québec.

    Pierre Falardeau fait ses premiers pas dans le monde du cinéma au moment où la crise d’Octobre secoue le Québec.

    Dans les années 1970, en compagnie de son ami d’enfance, le comédien Julien Poulin, il tourne les documentaires : À mort, Continuons le combat, Les Canadiens sont là et Le Magra. Suivront Pea Soup et Speak White, tiré du célèbre poème de Michèle Lalonde.

    Fervent souverainiste, il consacrera sa vie à la cause de l’indépendance nationale.

    Il donnera de nombreuses conférences dans les cégeps et les universités sur le sujet.

    C'est avec l'humour qu'il rejoindra la jeunesse québécoise. Le personnage d'Elvis Gratton, incarné par Julien Poulin, remportera un vif succès. Cette caricature du québécois assimilé à la culture américaine et fier de l’être.

    J’ai créé un personnage comme Gratton, j’ai montré un gars colonisé à l’os.

    Pierre Falardeau

    La grande popularité d’Elvis Gratton, dont les répliques les plus comiques sont maintenant connues de tous, lui permettra de financer ses œuvres plus politiques.

    Téléfilm Canada lui refusera les subventions pour ses films sur la crise d’Octobre et sur la vie du patriote De Lorimier, mais les films Octobre et 15 février 1839 verront tout de même le jour.

    Le film Octobre, sorti en 1994, raconte la crise politique vécue de l’intérieur et présente la réalité des militants felquistes de la cellule Chénier. En raison des difficultés de financement, le cinéaste prendra 10 ans pour le réaliser.

    Pierre Falardeau rêvait depuis des années de raconter l’histoire des patriotes. Les problèmes de financement auxquels il a dû faire face ont donné lieu à une mobilisation sans précédent au Québec afin qu'il puisse réaliser le film 15 février 1839, sorti en 2001.

    L’anthropologue-cinéaste qui doutait

    Aujourd’hui, je passe pour une grande gueule, alors que je suis profondément timide. Je n’ai jamais voulu faire ça dans ma vie, parler à tort et à travers, c’est ce qu’il y a de plus loin de moi. Mais des fois je me dis mais merde, mais faut que quelqu’un le dise.

    Pierre Falardeau

    Pierre Falardeau attaquait et dépassait parfois les bornes pour faire valoir son point de vue. Il a dit, un jour : « On va toujours trop loin pour ceux qui ne vont nulle part ». Il refusait de se taire devant l’injustice.

    Il était aussi un créateur timide, tendre et pudique, qui s'inquiétait de son personnage public.

    L’entrevue qu’il accorde à la journaliste Isabelle Albert pour l’émission En toute liberté, le 2 mars 1997, révèle cet homme sensible, empreint de doutes.

    À l’aube de ses 50 ans, le cinéaste se voit refuser le financement de Téléfilm Canada pour son projet de film sur le patriote De Lorimier. Cet autre refus le désole et le déprime peut-être plus que les précédents. Il croyait avoir fait ses preuves.

    Quand j’étais jeune, je trouvais que les adultes avaient l’air tristes. J’avais réussi à sauver ça, je n’étais pas souvent triste. Mais là je me demande si la vie n’est pas en train de me rattraper, les coups que tu manges… Je ne voudrais pas devenir trop vieux vite.

    Pierre Falardeau

    L’animatrice aborde avec lui son parcours académique. Après le collège classique, Pierre Falardeau décide de poursuivre ses études en anthropologie. Son choix s'arrête sur cette discipline car il se cherchait « un métier où on ne porte pas de cravate ».

    Je suis resté anthropologue. […] Ce que j’aimais, c’était le terrain, et le cinéma c’est un outil pour écrire. Je ne m’appelle pas Camus ni Hemingway. […] J’ai fait du cinéma, car pour bien décrire ce que je vois, je me suis dit : ''La caméra a l’air d’un outil plus facile que le crayon''.

    Pierre Falardeau

    Au terme de l’entrevue, l’animatrice fait lire au cinéaste un extrait du scénario de 15 février 1839. Une séquence où le patriote De Lorimier, quelques heures avant sa mort, parle de ses enfants à son compagnon de cellule. Falardeau se prête au jeu.

    Cela donne lieu à un moment très touchant.

    Faut pas s’éloigner trop de son enfance. En vieillissant, on a tendance à oublier, avec tous les problèmes, on devient affreusement sérieux. […] Faut se battre, mais faut pas arrêter de rire. (rires) Faut pas arrêter de regarder le soleil.

    Pierre Falardeau

    Archives

    Arts