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La Commission des droits de la personne alerte Québec sur la gravité des actes haineux

Un homme et une femme assis en conférence de presse avec, en fond de scène, le logo de la  la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse

Le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Philippe-André Tessier, et la vice-présidente, Myrlande Pierre, en conférence de presse mardi 24 septembre 2019

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Radio-Canada

Au terme d'une étude visant à mieux comprendre ce que vivent les victimes d'actes haineux au Québec, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse presse le gouvernement Legault de lutter concrètement contre la discrimination.

Agressions physiques, menaces, actes de vandalisme... La Commission a rencontré 86 personnes qui disent avoir été victimes d'actes haineux de cette nature.

Sept femmes portant le hijab, par exemple, ont témoigné d'agressions. L'une d'elles soutient qu'une voiture a foncé volontairement sur elle, une autre affirme avoir été poussée avec son enfant dans les transports en commun.

Les auteurs de cette étude qualitative, dont les résultats ont été rendus publics mardi, affirment que, parmi ces 86 personnes, 72 se sont dites membres d'une minorité visible, noire ou arabe, soit les deux groupes les plus nombreux au Québec et qui sont le plus susceptibles de subir de la xénophobie.

De plus, 51 des personnes interrogées se sont dites de confession musulmane.

La Commission s’est concentrée sur les actes haineux fondés sur les motifs ''race'', couleur, origine ethnique ou nationale et religion [...].

Extrait du rapport de la CDPDJ

Dans ses conclusions, la Commission affirme que des discours haineux gagnent en popularité et s'intensifient dans certains milieux. À l'échelle mondiale, la montée au pouvoir de partis populistes voire d'extrême droite, favorise l'essor de groupes anti-immigration et antimusulmans.

Dans ce contexte, la Commission formule plusieurs recommandations au gouvernement du Québec :

  • Qu'il reconnaisse explicitement le phénomène et la gravité des actes haineux et adopte une politique gouvernementale pour les combattre;
  • Qu'il mette en place des actions préventives;
  • Qu'il poursuive ses efforts pour lutter contre les actes et les discours de haine sur Internet;
  • Qu'il encourage des recherches supplémentaires sur des enjeux liés aux actes haineux;
  • Qu'il recommande au ministère de l'Éducation et à l'École nationale de police d'inclure, dans leurs programmes, l'acquisition de compétences, notamment sur le traitement de ces crimes et incidents;
  • Qu'il crée un groupe de travail réunissant la police, les organismes concernés et les organismes d'accompagnement des victimes pour améliorer le signalement de ces crimes et le soutien aux victimes;
  • S'occuper en priorité de la lutte contre le profilage racial.

En juin 2015, le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait déposé un projet de loi dans lequel il prévoyait de confier à la Commission le soin de mener cette étude.

Un an plus tard, la Loi apportant diverses modifications législatives pour renforcer la protection des personnes est entrée en vigueur au Québec.

Des données colligées par Statistique Canada révèlent que l'ensemble des crimes haineux a augmenté dans les dernières années. Il existe des variations notables entre les provinces et l'ensemble du pays. Par exemple, au Canada, entre 2015 et 2016, l'augmentation était de 3 % pour le Canada et de 21 % pour le Québec.

En 2017, Statistique Canada a constaté un pic avec plus de 2000 crimes haineux recensés pour l'ensemble du pays. Au Québec, en 2017, l'augmentation a été de 49 % contre 47 % pour le Canada.

Du fait que peu de victimes portent plainte auprès d'un service de police, les chiffres concernant les crimes haineux sont probablement inférieurs au nombre de crimes qui sont commis.

Parmi les personnes ayant témoigné auprès de la Commission, 78 % d'entre elles ont affirmé que les actes qu'elles disent avoir subi n'ont pas été rapportés à une autorité compétente.

Les raisons invoquées pour ne pas rapporter un acte haineux vont de la méconnaissance des lois au manque de confiance envers les services policiers, notamment en raison du profilage racial.

Les victimes disent avoir ressenti de la peur et de l'anxiété à la suite des actes qu'elles affirment avoir subi. Plus du tiers de ces personnes affirment qu'elles ont changé leurs habitudes de vie par la suite.

Les auteurs de l'étude de la CDPDJ n'ont pas rencontré que des victimes de crimes haineux; ils ont aussi mené des entretiens avec des membres d'organisations telles que des communautés religieuses et des membres de services de police. Ils ont visité sept régions du Québec, soit le Saguenay–Lac-Saint-Jean, le Bas-Saint-Laurent, la Capitale-Nationale, l'Estrie, la région de Montréal, l'Outaouais et la Mauricie.

Crime haineux

Justice et faits divers