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Les libéraux promettent un Canada carboneutre d’ici 2050

Le reportage de Philippe-Vincent Foisy

Photo : Radio-Canada / Ryan Remiorz

François Messier

Justin Trudeau s'est s’engagé mardi à ce que le Canada atteigne la cible de zéro émission nette de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050, à trois jours de la grande marche pour le climat de Montréal à laquelle participera la jeune militante environnementaliste Greta Thunberg.

Le chef libéral est cependant demeuré avare de détails sur la façon dont il entend parvenir à cet objectif lors d'une conférence de presse tenue à Burnaby, en Colombie-Britannique.

Il s'est contenté d'annoncer qu'il réduirait de moitié le taux d'imposition des entreprises qui développent des technologies neutres en carbone, comme des batteries pour des véhicules électriques ou des panneaux solaires.

Ce taux passerait de 15 % à 7,5 % pour les grandes entreprises, et de 9 % à 4,5 % pour les petites.

M. Trudeau a aussi assuré qu'un deuxième gouvernement qu'il dirigerait dépasserait l’objectif actuel de réduction des GES fixé pour 2030, qui consiste à réduire ses émissions de 30 % par rapport aux niveaux de 2005.

Cet objectif avait été originalement été fixé en 2015 par les conservateurs de Stephen Harper.

Le chef libéral s'est également engagé à faire adopter une loi sur la transition équitable, qui offrirait de la formation et du soutien aux travailleurs touchés par ce virage vers une économie verte.

Selon M. Trudeau, le Canada deviendrait ainsi le premier pays à adopter une telle loi, dont l'idée a été lancée lors de la conférence sur le climat de Paris. Il n'a toutefois offert aucun détail sur ce qu'elle contiendrait ni sur l'argent qui devrait être investi en conséquence.

Comme il l'avait fait lundi, le chef libéral a profité de son annonce pour attaquer vertement les politiciens conservateurs qui prônent la gratuité de la pollution, comme les premiers ministres de l'Ontario et de l'Alberta ainsi que son principal adversaire, Andrew Scheer.

Doug Ford, Jason Kenney, Andrew Scheer… Les politiciens conservateurs de cette génération sont tous pareils en matière d’environnement. Ils s’en fichent, et ils ne comprennent pas.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral

Le chef libéral a toutefois dû défendre sa décision d'acheter puis d'approuver l'expansion du pipeline Trans Mountain, qui doit permettre de transporter une plus grande quantité de pétrole provenant de l'Alberta vers Burnaby.

Réitérant sa volonté de faire croître l'économie tout en protégeant l'environnement, il a fait valoir que ce projet permettra de vendre le pétrole canadien à meilleur prix qu'aux États-Unis, ce qui permettra ultimement d'investir dans la transition économique.

Devenir carboneutre ne signifie pas que les émissions de GES, responsables du réchauffement climatique, seront totalement éliminées, mais que les gaz qui continueront d’être émis seront compensés par d’autres mesures, par exemple en plantant des arbres.

À défaut de connaître le chemin, il faut de l'ambition, plaide McKenna

Ces nouveaux engagements libéraux en matière d'environnement ont été dévoilés d'une manière inhabituelle pour cette campagne : elle a d'abord été annoncée par voie de communiqué et a été commentée par d'autres candidats avant le chef.

Le candidat vedette du Parti libéral dans Laurier-Sainte-Marie, à Montréal, l'environnementaliste Steven Guilbeault, et la candidate libérale dans Ottawa-Centre, l'actuelle ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, ont été les premiers à la promouvoir.

Cette dernière a eu fort à faire devant les questions des journalistes, qui la pressaient d'expliquer comment un gouvernement libéral atteindrait cette nouvelle cible, nettement plus ambitieuse qu’à l’heure actuelle.

Elle s'est finalement défendue en expliquant que cela serait déterminé ultérieurement par un groupe de scientifiques, d’économistes et d’experts appelé à conseiller le gouvernement. À défaut d'annoncer des mesures concrètes, elle s'est rabattue sur la nécessité d'avoir de l'ambition.

Connaissons-nous toutes les façons pour y parvenir d’ici 2050? Non. Nous allons trouver la meilleure façon d’y parvenir de manière à faire croître l’économie et créer de bons emplois. Mais nous avons besoin d’ambition.

Catherine McKenna, candidate libérale dans Ottawa-Centre

Mme McKenna a affirmé que les libéraux atteindraient cette nouvelle cible, nettement plus ambitieuse qu’à l’heure actuelle, en adoptant une loi pour fixer des objectifs juridiquement contraignants à atteindre tous les cinq ans.

Elle n'a cependant pas été en mesure de dire si cette loi contiendrait des pénalités. Elle n'a pas voulu s'avancer non plus sur la possibilité qu'un deuxième gouvernement Trudeau augmente le prix de la tonne de carbone au-delà de 2022. Cela ne sera pas déterminé avant ce temps, a-t-elle répété.

Le Canada loin de sa cible à l'heure actuelle

Le Canada est loin d’être en voie d'atteindre ses cibles actuelles de réduction des GES. Entre 2005 et 2017, les émissions canadiennes n’ont diminué que de 2 % à l’échelle du pays. Elles ont même légèrement augmenté entre 2016 et 2017.

Pour améliorer ce bilan, le gouvernement libéral a imposé une tarification du carbone dans les provinces qui n'avaient pas de plan de réduction des GES, soit l'Ontario, le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et la Saskatchewan.

Elle s'appliquera aussi en Alberta dès janvier prochain, après que le gouvernement conservateur de Jason Kenney aura abandonné le plan de réduction des GES de sa prédécesseure, Rachel Notley.

Cette taxe, actuellement contestée devant les tribunaux, est devenue un enjeu électoral, les conservateurs d'Andrew Scheer promettant de l'abolir s'ils sont portés au pouvoir le 21 octobre.

À l'instar de son chef, Mme McKenna a d'ailleurs longuement critiqué en conférence de presse les politiciens conservateurs comme le premier ministre ontarien Doug Ford et le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, qui prônent la gratuité de la pollution.

Notre dossier Élections Canada 2019

Les promesses libérales et conservatrices sur l’environnement

Des adversaires peu impressionnés

De Thorold, en Ontario, Andrew Scheer a répété que les conservateurs respecteront les cibles actuelles du gouvernement canadien si les électeurs lui confient le pouvoir, malgré les appels de l'ONU à faire beaucoup plus.

Il ne s'est pas dédit de sa volonté d'éliminer la taxe carbone. Une telle approche ne fonctionne pas, a-t-il dit, en affirmant que les émissions de GES de la Colombie-Britannique, qui en a mis une en place il y a 10 ans, n'ont pas diminué pour autant.

On recule avec le plan de Justin Trudeau et le coût de la vie va augmenter parce qu'il doit augmenter la taxe sur le carbone. Je m'excuse, mais il n'y a aucune confiance [envers] le plan de Justin Trudeau.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, qui promet pour sa part de réduire les GES du Canada de 38 % par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2030, a jugé qu'il ne s'agissait que de belles paroles.

Personne ne croit que M. Trudeau va donner suite à son engagement, a-t-il laissé tomber après avoir présenté quelques engagements électoraux en environnement. Il n’y a qu’à regarder [la campagne de] 2015 : ils ont pris beaucoup d’engagements, mais ils ont échoué.

Ils ont fait une grande trahison pour les prochaines générations. Au lieu de prendre des actions concrètes pour défendre l’environnement, ils ont acheté un oléoduc.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Ils ne sont pas sérieux, s'est moquée Elizabeth May, chef du Parti vert, qui s'engage aussi à rendre le Canada carboneutre d'ici 2050, à réduire les émissions de GES de 60 % par rapport à leur niveau de 2005 d'ici 2030 et à fixer des cibles intermédiaires tous les cinq ans à compter de 2025.

C'est simplement des mots, a renchéri son chef adjoint, Daniel Green, qui brigue les suffrages dans Outremont. Si Justin Trudeau voulait vraiment réduire les GES, il abandonnerait son projet d'expansion du pipeline Trans Mountain, a-t-il ajouté.

C’est juste un slogan et ça n’a aucune crédibilité, a raillé le chef bloquiste Yves-François Blanchet. Tu vas faire comment pour réaliser ça pendant que tu vas continuer à déployer des mesures pis des milliards pour faciliter l’extraction, le transport, l’exportation pis la consommation de pétrole de l’Ouest canadien, ce qui va avoir l’effet contraire de tout ce que tu promets?

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