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Les transferts en santé, un enjeu oublié de la campagne?

Un lit dans le corridor vide d'un hôpital.

Des électeurs de la Nouvelle-Écosse déplorent que les transferts fédéraux en santé ne prennent pas plus de place dans le discours électoral.

Photo : iStock

Elisa Serret

Le calcul des transferts fédéraux en santé n'a pas été abordé jusqu'à maintenant pendant la campagne électorale. Il s'agit pourtant d'un enjeu majeur pour certaines provinces de l'Atlantique, comme la Nouvelle-Écosse, où le système de santé vit une crise.

Il y a péril en la demeure, mais personne n’en parle, lance Walter Rudderham, un résident de Sydney au Cap-Breton rivé devant son téléviseur.

Depuis le début de la campagne électorale, le jeune retraité de 68 ans aimerait que les partis politiques abordent la question des transferts en santé aux provinces. Des transferts, selon lui, inadaptés aux besoins uniques de chacune d’elles.

Si on parle de santé, on ne parle pas des transferts aux provinces. Pourtant, c’est le nerf de la guerre selon plusieurs.

Être canadien et devoir se faire amputer une jambe faute d’avoir accès à un médecin cardiovasculaire, c’est une réalité que vivent des résidents de la Nouvelle-Écosse.

Walter Rudderham parle d’expérience. Il y a moins d’un an, le grand danseur pouvait encore servir de cavalier à sa femme à la danse de la Légion d’honneur du coin. Maintenant, il se contente de la regarder danser avec les autres.

Il qualifie le système de santé de sa province de famélique en raison de la pénurie de médecins et de personnel médical.

Pour une province comme la Nouvelle-Écosse, lourdement endettée avec une des populations les plus vieilles du pays, les solutions miracles pour mieux financer son système de santé ne courent pas les rues.

L’option serait de revoir les calculs de transferts en santé d’Ottawa. Pourtant, c’est un sujet absent de cette campagne électorale.

La chance n’était pas au rendez-vous

Un homme se tient debout grâce à une marchette et à une prothèse.

Le Néo-Écossais Walter Rudderham a dû être amputé d'une jambe faute de soins de santé adéquats dans sa province.

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Walter Rudderham a eu un thrombus, un caillot de sang dans une jambe. Un problème qui se traite relativement facilement si vous êtes pris en charge par un chirurgien cardiovasculaire en moins de six heures.

Ça n’a pas été le jour de chance de M. Rudderham. Après s’être rendu à l'hôpital régional du Cap-Breton, le plus important centre hospitalier de l’île, l’urgence débordait.

Trois heures plus tard, la médecin Margaret Fraser l’a envoyé d’urgence par avion à Halifax pour voir un chirurgien cardiovasculaire, parce que les deux chirurgiens cardiovasculaires ont déserté le Cap-Breton en quelques mois.

Une fois sur place, Walter Rudderham a dû attendre trois heures supplémentaires avant d’être pris en charge. Mais, malheureusement pour l'homme de 68 ans, il était trop tard.

Une jambe en moins, Walter se sent démuni. Il ne peut plus voir les murs de sa maison et il est confiné à son salon et à une courte balade avec sa marchette afin d’éviter que ses muscles ne se désagrègent.

Il est frustré, car il sait que l’amputation aurait pu être évitée. Tout comme la médecin Margaret Fraser.

Présidente de l’association du personnel médical du Cap-Breton, elle suit de près ce qui se passe dans le système de santé. Selon elle, le Cap-Breton a perdu 20 % de son personnel médical dans la dernière année. Difficile de retenir les médecins alors que les salaires dans la province sont sous la moyenne nationale et que le l’état du système de santé dégénère.

Une fois que vous avez perdu 20 % de votre personnel en si peu de temps, personne ne voudra venir travailler ici. Les gens se diront : "Si je vais travailler là-bas, je vais me tuer au travail."

Margaret Fraser, présidente de l'association du personnel médical du Cap-Breton
Elle est devant une étagère remplie de dossiers.

La médecin Margaret Fraser parle d'une crise pour qualifier l'état du système de santé en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

Un cas comme celui de Walter Rudderham est le quatrième à survenir en deux ans à sa connaissance. C’est complètement inacceptable, s'exclame-t-elle. Ces amputations sont évitables, précise la médecin.

Elle croit qu’il y a une véritable crise et va même jusqu’à dire que la qualité des soins ne respecte pas la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre.

Sous la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre, il nous serait impossible de traiter nos patients comme nous le faisons dans le système de la santé ici. Ici, il n'y a pas de règle, soutient Margaret Fraser.

Le manque de personnel force la fermeture de plusieurs services dans les différents centres hospitaliers et les cliniques de l’île. Entre juin 2019 et septembre 2019, l’Agence de santé de la Nouvelle-Écosse a évalué ces fermetures à l'équivalent de plus de 2000 heures de service.

Notre dossier Élections Canada 2019

Quand travailler devient risqué

Margaret Fraser ne s’en cache pas. Il y a des jours où l’urgence déborde tellement qu’elle angoisse à l’idée de ne pas bien soigner ses patients.

Elle craint un jour de commettre une erreur qui lui vaudrait une plainte à l’ordre des médecins. Elle affirme que plusieurs ont quitté la région parce qu’ils n’en pouvaient plus de vivre ce stress.

La province, selon l’économiste Richard Saillant, comme les autres provinces de l'Atlantique, ne peut pas payer plus. Déjà lourdement endettées, ces provinces n’ont pas le choix de présenter des budgets équilibrés. Sans quoi elles deviendraient insolvables, dit l'économiste.

Et comme la population de l'Atlantique est vieillissante, plus qu’ailleurs au pays, et que la croissance démographique est presque nulle, il ne reste plus grand monde pour payer la facture.

En Nouvelle-Écosse, la croissance démographique entre 2011 et 2016 était de 0,2 %. largement sous la moyenne nationale de 5 %.

Un Canada, deux solitudes

Richard Saillant, comme Walter Rudderham, est persuadé qu’il faut à tout prix qu’Ottawa revoie le calcul des transferts en santé pour aider les provinces à protéger leurs citoyens.

Ils veulent que les transferts en santé répondent aux besoins uniques de chacune des provinces. Actuellement, le calcul se fait par habitant. Donc, les provinces avec des croissances démographiques plus rapides vont recevoir davantage.

Une province comme l’Alberta, plus riche, avec une population plus jeune et qui vieillit plus lentement, a vu son transfert en santé croître d’environ 9 % annuellement au cours des dernières années. À l'autre bout du spectre, les transferts en santé aux provinces de l'Atlantique ont été bonifiés de 4 % en moyenne au cours des dernières années, où la population stagne et est beaucoup plus âgée.

Richard Saillant croit que cette méthode de calcul finira par diviser le pays en deux et qu’il y aura bientôt deux catégories de citoyens canadiens : les résidents de l’est et ceux de l’ouest.

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