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L’immigration francophone en milieu minoritaire : un enjeu électoral négligé?

Un drapeau du Canada sur l'asphalte

Le Canada souhaite attirer plus de nouveaux résidents d’expression française. Il s’est même fixé une cible de 4,4 % d’immigration francophone, mais ne l'a jamais atteinte.

Photo : iStock

Rozenn Nicolle

Les enjeux francophones sont nombreux dans cette campagne électorale, mais le peu d’immigration francophone en milieu minoritaire est une urgence. Les cibles fixées par le gouvernement fédéral n’ont jamais été atteintes. Et à l’aube des élections, les partis doivent proposer des solutions, selon les dirigeants des communautés francophones.

On a besoin de comptables francophones, on a besoin de médecins francophones, nous avons besoin d’enseignants francophones, tout ce qui peut servir la communauté francophone, estime Djibirilg Garba.

Lui et sa femme, Hellen Issoka, sont arrivés du Cameroun en 2015, avec leurs deux enfants désormais âgés de 14 et 22 ans, et ont élu domicile à Hamilton, puis à Barrie, en Ontario.

Pour eux, l’intégration dans un milieu anglophone a été dure. Ce n’était pas du tout facile pour chercher du travail, il y avait que moi qui pouvait travailler, raconte Hellen, seule anglophone de famille.

Djibirilg s’est inscrit à un programme pour apprendre l’anglais, car trouver un emploi, comme trouver des services, était un problème pour lui.

On vous dit : “le service est bilingue, vous pouvez vous exprimer en français”. Mais lorsque vous vous exprimez en français, les gens vous disent qu’ils ne vous comprennent pas très bien.

Djibirilg Garba

Absence de services, barrière de la langue, prix des logements inabordables, difficultés à trouver un emploi… Les problèmes qu’a rencontrés cette famille sont ceux qui attendent beaucoup d’immigrants francophones souhaitant s’établir au pays, en dehors de la Belle Province.

Pour Aissa Nauthoo, directrice des services juridiques et des services aux nouveaux arrivants du Centre francophone du Grand Toronto, il y a encore du chemin à faire pour bien desservir cette population.

Une femme avec des lumettes pose devant un tableau où sont affichées des photos.

Aissa Nauthoo, directrice des Services d'aide juridique et des services aux nouveaux arrivants du Centre francophone du Grand Toronto

Photo : Radio-Canada / Rozenn Nicolle

Il est très important que le nouvel arrivant tout d’abord soit informé de l’existence des services, que les services soient là, dans les communautés urbaines ou rurales, pour que les personnes soient accueillies en français, reçoivent les services nécessaires en français et pour qu’elles puissent vivre en français, assure Mme Nauthoo.

L’enjeu pour le gouvernement fédéral est de continuer à investir dans les ressources, dans l’établissement francophone pour les nouveaux arrivants, estime-t-elle.

Une cible irréaliste?

Pourtant, le Canada souhaite attirer plus de nouveaux résidents d’expression française.

Il s’est même fixé une cible de 4,4 % d’immigration francophone hors Québec d’ici 2023, une cible optimiste, si l’on observe les résultats des dernières années.

La cible précédente, de 4 %, n'a jamais été atteinte.

En 2018, le nombre de nouveaux résidents permanents économiques de langue française en dehors du Québec était de 1,68 %, selon les chiffres obtenus auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

C’est en dessous des objectifs, mais déjà en croissance par rapport à 2014 (0,99 %) et 2015 (0,78 %). Et cette progression continue. Sur la période de janvier à juillet 2019, il est passé à 2,09 %.

Ce que demande la communauté

Il faut changer la façon dont on fait l’immigration francophone parce qu’en ce moment ça ne fonctionne juste pas, lâche le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Jean Johnson.

Un homme lors d'une conférence de presse.

Jean Johnson, président de la FCFA

Photo : Radio-Canada / Lorian Bélanger

Selon lui, l’immigration est la réponse choisie par le gouvernement pour répondre à la baisse du poids démographique des francophones. La cible qu’il s’est fixée serait, cependant, en dessous de l’objectif nécessaire pour permettre aux francophones de maintenir leur actuelle proportion de la population canadienne.

C’est crucial pour l’avenir de nos communautés francophones.

Jean Johnson, président de la FCFA

Et pour lui, la solution passe par une meilleure consultation des communautés sur cette question. Il faut aussi ouvrir plus de bureaux dans les pays africains, dit-il, pour s’assurer qu’on ne crée pas d’embouteillage comme c’est le cas à Dakar, le seul point pour les francophones des pays africains pour faire leur demande d’immigration au Canada.

Enfin, établir une relation avec ces pays et reconnaître les avantages économiques liés au bilinguisme est essentiel, selon le président de la FCFA.

Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) va dans le même sens. Il ajoute qu’il reconnaît les pas de géants comme celui de l’ouverture du centre de services francophones à l’aéroport Pearson, mais souhaiterait une meilleure coordination entre le fédéral et le provincial pour offrir un système plus performant pour l’accueil des nouveaux arrivants.

Un homme en entrevue

Carol Jolin, de l’AFO, croit que la priorité est d’obtenir une entente entre Ottawa et la province.

Photo : Radio-Canada

L’enjeu, selon lui trop peu débattu, doit être rappelé aux candidats des différents partis. C’est l’occasion de les aborder et de leur demander qu’est-ce que leur parti entend faire pour l’immigration francophone et de leur dire jusqu’à quel point c’est important.

Ce que proposent les partis politiques

Parti libéral

Le Parti libéral dit vouloir poursuivre les politiques déjà établies. Un gouvernement libéral réélu continuera de fixer des cibles ambitieuses en matière d’immigration francophone, a écrit un porte-parole du parti dans un courriel à Radio-Canada.

En mars dernier, le gouvernement Trudeau avait dévoilé sa stratégie en immigration francophone (Nouvelle fenêtre)incluant des mécanismes de sélection favorisant les candidats d’expression française et une plus grande promotion du pays pour attirer davantage de ressortissants étrangers d’expression française.

Quatorze communautés à travers le pays ont également été désignées comme « accueillantes » et ont reçu du financement pour aider à l’accueil des francophones.


Parti conservateur

Interrogé sur ses plans en matière d’immigration francophone, un porte-parole du Parti conservateur a indiqué à Radio-Canada que le chef Andrew Scheer aura plus à dire sur notre plan d’immigration pendant la campagne.

Dans ses précédents discours, le chef conservateur avait toutefois mentionné sa volonté de développer la formation linguistique en anglais ou en français pour les nouveaux arrivants.


Nouveau Parti démocratique

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) souhaite lui aussi faire la promotion de l’immigration francophone à l’extérieur du Québec.

Nous allons faire plus d’efforts et consacrer des ressources ciblées pour les services d’établissement et le recrutement de francophones dans les communautés francophones hors du Québec, a déclaré Mélanie Richer, porte-parole du NPD.

Les nouveaux arrivants ont besoin d’accès et de soutien en français, dans ces communautés. Nous allons fournir des ressources spécifiques et ciblées pour y parvenir avec succès, a-t-elle poursuivi sans toutefois fournir des exemples de mesures concrètes que le parti mettra en place s’il est élu.


Parti vert

Le Parti vert a dit vouloir conserver, voire augmenter à long terme, la cible fixée d’immigration francophone. Il dit vouloir conserver le système Entrée express mis en place en 2015 et récemment encensé par l’OCDE.

L’équipe d’Elizabeth May dit aussi vouloir négocier avec les provinces pour augmenter le nombre d’immigrants francophones dans leurs programmes respectifs, et donner plus de points aux francophones dans les critères de sélection comme Entrée express pour augmenter le bassin de francophones admissibles.


Parti populaire du Canada

Martin Masse, porte-parole du Parti populaire du Canada, a lui rappelé que la priorité de son parti serait de réduire le nombre d’immigrants au Canada. Nous n’avons pas pris d’engagement concernant la proportion d’immigrants francophones. Nous n’avons aucune position officielle en faveur ou contre cette cible. Nous la réévaluerons après consultation avec les provinces après avoir d’abord réalisé nos principales réformes décrites ci-haut, a-t-il complété.


Bloc québécois

Le Bloc québécois n’a pas donné suite à nos demandes répétées au sujet de leur plan sur l’immigration francophone.

Politique fédérale

Politique