•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

Trump veut augmenter la pression sur l’Iran sans mener à l’éclatement

Les tensions entre Washington et Téhéran devraient s’inviter à l’Assemblée générale des Nations unies cette semaine.

Le président Donald Trump bouge les bras.

Le président Donald Trump lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Raphaël Bouvier-Auclair

Face à Téhéran, l’administration Trump veut montrer les muscles et étouffer économiquement l’Iran pour forcer des négociations, tout en évitant un affrontement armé. Combien de temps ce fragile équilibre pourra-t-il tenir?

Bureau ovale, 20 juin 2019. Ce jour-là, le président Trump reçoit Justin Trudeau. Pour nos collègues des médias américains, la visite du premier ministre canadien est loin d’être une priorité.

La veille, un drone américain a été abattu par l’Iran. Une question est évidemment sur toutes les lèvres : quelle sera la réponse de Washington? Vous allez voir, l’Iran a fait une très grosse erreur, a répondu le président Trump.

En coulisses, l’administration finalise un plan de riposte. Des frappes sont organisées contre trois sites sur le territoire iranien.

Justin Trudeau fait un geste de la main pendant que Donald Trump écoute.

Le président américain Donald Trump et le premier ministre canadien Justin Trudeau ont brièvement parlé aux journalistes avant leur entretien dans le bureau ovale de la Maison-Blanche en juin dernier.

Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Le lendemain, revirement de situation majeur. Le président Trump annonce sur Twitter qu’il a annulé l’opération à la toute dernière minute, lorsqu’il a appris que les frappes auraient fait 150 victimes.

La semaine dernière, après des attaques contre des sites pétroliers saoudiens que Washington et Riyad ont attribuées à Téhéran, certaines voix se sont élevées pour que, cette fois-ci, la réponse soit plus ferme.

Le sénateur républicain Lindsey Graham a par exemple appelé à des frappes contre des sites pétroliers iraniens, notant l’impact limité des sanctions contre Téhéran.

Demandez donc à Lindsey comment ça s’est passé au Moyen-Orient, a répliqué le président Trump, qui a souvent critiqué les coûts humains et économiques de l'intervention américaine en Irak, et qui a promis en élection de diminuer la présence militaire américaine dans le monde.

Donald Trump a préféré annoncer de nouvelles sanctions, très importantes, cette fois contre la banque nationale d’Iran.

Pris dans son propre piège

L’affrontement direct avec l’adversaire iranien a donc été évité, mais pour combien de temps?

La voie choisie par l’administration contient tout de même son lot de risques, croit Rob Malley, négociateur avec l’Iran sous l’administration Obama.

Depuis que les États-Unis ont quitté l’accord sur le nucléaire iranien en 2018, le président maintient la pression sur l’Iran, en multipliant des sanctions dont les effets se font sentir sur l’économie du pays.

Hassan Rohani,  assis près d'un drapeau iranien.

Le président iranien Hassan Rohani

Photo : Getty Images / AFP/ALEXEY DRUZHININ

Le but avoué de cette stratégie est de forcer de nouvelles négociations qui permettraient de conclure une entente plus restrictive à l’endroit de Téhéran que celle signée par Barack Obama.

Or, selon Rob Malley, désormais à la tête de l’International Crisis Group, les pressions économiques font en sorte que l’Iran est désormais prêt à prendre pas mal de risques parce qu’il s’estime acculé, dos au mur. Les attaques contre les sites saoudiens, pour lesquelles Téhéran nie toujours son implication, seraient le plus récent exemple.

Si les États-Unis continuent dans cette voie, ils vont se retrouver face à une escalade militaire, ce dont le président ne veut pas, précise-t-il, affirmant que Donald Trump est pris dans son propre piège.

C’est un jeu dangereux des deux côtés, souligne de son côté le professeur en affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa, Thomas Juneau, qui affirme que si le rôle iranien dans les attaques saoudiennes est confirmé, c’est très provocateur.

Or, selon lui, sachant que le président américain ne veut pas d’un conflit ouvert, les Iraniens utilisent les gestes de provocation comme outil de négociation.

Puisque Washington semble vouloir éviter un conflit, et que Téhéran, étouffée par le poids des sanctions, est à la recherche d’oxygène, un dialogue est-il envisageable?

Dans le contexte, cela ne semble plus être la priorité.

À ce stade-ci, ni Donald Trump ni le président iranien Hassan Rohani, qui seront tous deux au siège des Nations unies cette semaine, ne semblent vouloir se rencontrer.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, affirmait dimanche qu’un tête-à-tête États-Unis – Iran n’est pas l’enjeu le plus pressant en ce moment. Selon lui, il faut plutôt reprendre un itinéraire de désescalade des tensions.

Amériques

International