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  • Il y a 40 ans, The Montreal Star faisait la une pour la dernière fois

    Une première page du journal « The Montreal Star » montrant une photo du premier ministre du Québec René Lévesque.

    La publication du journal « The Montreal Star » a cessé le 25 septembre 1979.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Le 25 septembre 1979 cessait la publication quotidien montréalais The Montreal Star. Cette nouvelle a secoué la communauté anglophone de Montréal, qui voyait disparaître une de ses grandes institutions. Plusieurs journalistes de Radio-Canada ont analysé les raisons expliquant cette décision.

    Eh bien, fermeture de l’une des plus vieilles institutions anglophones du Québec. C’est la fermeture du Star. Le Star avait 111 ans. Le quotidien montréalais doit fermer ses portes parce qu’il a subi de trop lourdes pertes financières.

    Bernard Derome, 25 septembre 1979

    Disparition d’une institution...

    Téléjournal, 25 septembre 1979

    C’est l’animateur du Téléjournal, Bernard Derome, qui, le soir du 25 septembre 1979, annonce la décision des patrons du The Montreal Star de ne plus publier le journal.

    Le reportage du journaliste Charles Tisseyre qui suit cette annonce précise les raisons de cette décision.

    Le quotidien avait beaucoup souffert du conflit de travail qui avait eu lieu l’année précédente.

    La grève, qui avait duré huit mois, avait fait chuter son tirage.

    Suite à cette baisse, les propriétaires du journal, Free Press Publications, anticipaient un déficit de 18,7 millions de dollars pour l’année 1979.

    Dans ce contexte, ils ont préféré mettre la clef dans la serrure.

    ... bien ancrée à Montréal

    Le Téléjournal, 25 septembre 1979

    Dans cette même émission, le journaliste Claude Desbiens propose, pour sa part, un bref historique du journal.

    Fondé en 1869, The Montreal Star s’oriente surtout vers l’enquête et son style franc lui attire plusieurs poursuites au cours de son histoire.

    Le journal défend la monarchie britannique et affiche une ligne éditoriale conservatrice. 

    En 1936, le quotidien avait applaudi à l’élection de Maurice Duplessis comme premier ministre de la province de Québec.

    En 1979, il avait préféré les conservateurs de Joe Clark aux libéraux de Pierre Elliott Trudeau.

    Ces prises de position ne l’avaient pas empêché de soutenir les réformes sociales préconisées par le gouvernement libéral provincial de Jean Lesage dans les années 1960.

    Les raisons d'une disparition

    En 1978, le The Montreal Star est confronté à un conflit de travail qui dure huit mois.

    Ce soir, 21 février 1979

    Dans un reportage du journaliste Gaétan Lemay présenté au Ce soir du 21 février 1979, on comprend que cette grève a signé l’arrêt de mort du quotidien.

    Interrogé par le journaliste Gaétan Lemay, le journaliste Dominique Clift explique comment cette grève a mortellement blessé le journal.

    Selon lui, la direction du quotidien, autoritaire et paternaliste, a forcé ses employés à déclencher un conflit de travail.

    Ce que les dirigeants n’avaient pas prévu, c’était la durée du conflit.

    Au fil des huit mois de grève, la publication perd une partie de son lectorat.

    The Montreal Star aurait peut-être pu reconquérir ce dernier en attirant des lecteurs francophones, mais il en est incapable.

    Selon Dominique Clift, les dirigeants du quotidien ne comprennent pas que leur attitude hostile au nationalisme québécois et la représentation de ce dernier dans leur journal repoussent plus d’un lecteur francophone potentiel.

    À l’époque, Montréal compte deux quotidiens anglophones.

    The Gazette, le grand rival du The Montreal Star, profite beaucoup du conflit de travail de 1978.

    Alors en situation financière précaire, The Gazette se refait une santé grâce aux lecteurs qu’il arrache à son concurrent.

    Robert Richarson, son directeur des ventes, le confirme. Son tirage augmente durant le conflit de travail chez son rival et ne diminue pas lorsque celui-ci reprend ses activités.

    Le dernier clou dans le cercueil du The Montreal Star a probablement été la baisse des revenus publicitaires.

    Pierre-Paul Bourdon, publicitaire chez BCP Publicité, indique au journaliste Gaétan Lemay que le conflit de travail a brouillé les cartes.

    Les agences de publicité ne savent plus qui, du The Montreal Star ou de The Gazette, est le plus important ou qui les lit.

    Ce flou les incite à retarder leurs achats d’espace publicitaire, ce qui a pour conséquence une perte de revenu qui endommage grandement la santé financière du The Montreal Star.

    Les réactions à l’intérieur de la communauté anglophone du Québec à l’époque ont été variées.

    Certains Montréalais de langue anglaise y voyaient le signe de leur déclin inexorable.

    D’autres s’inquiétaient de l'absence de pluralité des points de vue.

    D'aucuns espéraient que The Montreal Star aurait un successeur.

    Mais, jusqu’à maintenant, un deuxième quotidien dans la langue de Shakespeare n’a jamais été publié à Montréal.

    De manière plus large, la disparition du The Montréal Star, qui survenait quelques mois à peine après celle du quotidien le Montréal-Matin, rétrécissait singulièrement l'éventail médiatique écrit dans la métropole québécoise.

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    Société