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Sans financement public, des budgets de campagne aux antipodes

Daniel Green parle à une jeune femme.

Le reportage de Jean-Sébastien Cloutier

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pour la première fois en 15 ans, les partis politiques n'ont plus d'argent public dans leurs caisses pour faire campagne et ils s'en remettent essentiellement aux dons. Les tiers partis se plaignent d'être les grands perdants de cette nouvelle donne.

Jusqu'en 2015, la loi fédérale permettait aux partis de toucher une subvention annuelle en fonction du nombre de votes obtenus lors de l'élection précédente. Ce n'est plus le cas.

Je dirais que 75 % des pancartes qu'on a maintenant sont des pancartes de 2015, souligne Daniel Green, qui se présente pour le Parti vert dans la circonscription montréalaise d’Outremont.

Plusieurs fois candidats pour les verts, M. Green est habitué aux petits budgets, mais il voit la différence cette année. Le Parti vert aurait perdu plus de la moitié de son budget avec l'élimination du financement public.

Daniel Green peut néanmoins se considérer comme chanceux d'être parmi la vingtaine de candidats à qui le parti fournit plus de ressources. La majorité des candidats verts du pays doivent se débrouiller sans local, sans employé, parfois sans pancartes.

Ce que je trouve triste, c'est qu'on puisse acheter notre démocratie avec de l’argent. Des candidats des gros partis, conservateurs et libéraux, gagnent dans ces élections parce qu'ils ont plus d'argent.

Une citation de :Daniel Green, candidat du Parti vert dans Outremont

Une fois majoritaires, en 2011, les conservateurs ont aboli les subventions en fonction du vote. Pour dédommager les partis, ils ont augmenté le montant permis des dons.

Aujourd'hui, un électeur peut ainsi donner jusqu'à 1600 $ par année au candidat de son choix et encore 1600 $ au parti de son choix. Si conservateurs et libéraux ont été ceux qui ont perdu le plus d'argent sur le coup, ils sont néanmoins les grands gagnants aujourd'hui.

Il y a une tradition de financement populaire qui est importante au Parti conservateur, observe Éric Montigny, professeur en sciences politiques à l’Université Laval.

Chez les libéraux, on a investi beaucoup pour développer des bases de données [...] pour solliciter des dons, et bien sûr que le Parti libéral étant au pouvoir, c'est plus facile d'avoir des dons, ajoute-t-il.



Objectif : solliciter les dons, encore et toujours

Voilà pourquoi le directeur de campagne des verts au Québec, Robin Marty, rêve au moins d'avoir la balance du pouvoir.

Quand les libéraux et les conservateurs ont 1000 donateurs qui donnent 1600 $ chacun, nous, si on en a un, on est contents. On a beaucoup de petits donateurs [...] Le parti a dû investir et changer sa stratégie pour aller chercher de plus en plus de donateurs et augmenter ses levées de fonds, explique-t-il.

De nombreux candidats réussissent à augmenter leur budget.

Le député sortant Matthew Dubé, candidat du Nouveau Parti démocratique dans Beloeil-Chambly, vise une campagne avec les mêmes moyens qu'en 2015, même s'il a lui aussi été touché par le nouveau système. Mais il faut solliciter les dons, précise-t-il.

C'est malheureux parce que c'est beaucoup de travail qui peut parfois nous éloigner des électeurs, déplore M. Dubé.

On a des gens très généreux qui nous appuient [...] et qui croient dans ce que nous faisons, mais c'est certain que lorsqu’on a des montants [de dons] si élevés qui sont permis par la loi, il va de soi que les partis qui défendent les mieux nantis sont plus avantagés, souligne-t-il.

Matthew Dubé croit qu'Ottawa devrait s'inspirer du Québec, qui finance les partis politiques et permet des dons de 100 $ au maximum par personne, et 200 $ en année électorale. Sinon, les petites formations redoutent que les écarts de richesse entre partis fédéraux ne s'accélèrent.



Une hypothèse qui serait plausible, c'est qu'on pourrait avoir encore plus de distorsions ou d'écarts entre les gens qui se battent pour les première et deuxième places, et les gens qui se battent pour les places suivantes, fait valoir Éric Montigny.

Le Bloc québécois désavantagé

Ciblant souvent les mêmes donateurs que le Parti québécois, le Bloc québécois, qui essaie de sortir d'une période difficile, souffre lui aussi de la fin des subventions fédérales déterminées par le vote.

Le député sortant Michel Boudrias, qui se représente dans la circonscription de Terrebonne, a décidé d'investir 5000 $ de sa poche pour promouvoir sa candidature, soit le maximum permis par la loi. Il ne bénéficie pas du soutien financier de son parti.

À l'automne 2017, M. Boudrias a proposé un projet de loi privé pour revenir à l'ancien financement public, mais les libéraux et les conservateurs l'ont rejeté.

C'est ça qui m'inquiète. À l'heure actuelle, le but de ce refus de rétablir le financement public des partis politiques, c'est de tuer les tiers partis et de revenir au vieux système bleu-rouge, dit-il.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine

Notre dossier Élections Canada 2019

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