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  • Envoyé spécial
  • Pourquoi un sommet des Nations unies sur l'action climatique?

    Le secrétaire général désigné de l'ONU, Antonio Guterres, du Portugal, descend le centre de l'allée au siège de l'ONU à New York.

    Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, souhaite mettre fin à un certain « marasme » dans lequel sont englués divers États sur le plan environnemental.

    Photo : Reuters / Lucas Jackson

    Étienne Leblanc

    Le secrétaire général des Nations unies a convoqué les décideurs politiques à New York, lundi, pour leur demander d’accroître leurs efforts dans la lutte contre les changements climatiques. Face à l'urgence climatique, Antonio Guterres veut secouer les esprits.

    On ne peut pas soupçonner le secrétaire général des Nations unies de ne pas prendre l'enjeu du climat de la planète à cœur. Partout où il passe, du G7 au G20, en passant par ses rencontres sur le terrain, il répète à qui veut l'entendre son avertissement :

    « Nous sommes confrontés à une menace existentielle directe », dit-il. « Le changement climatique est la question déterminante de notre époque – et nous sommes à un moment décisif. »

    Après chaque catastrophe aggravée par le bouleversement du climat, il rappelle que « le dérèglement climatique est plus rapide que vous ».

    C'est pour répondre à cette urgence qu'il a convié les chefs d'État et de gouvernement à un sommet exceptionnel sur « l'action climatique ». Il demande aux dirigeants d'éviter les effets d'annonce et d'arriver à New York avec des « plans concrets et réalistes et non pas des discours ».

    Accélérer le processus politique

    Le secrétaire général veut donner un électrochoc aux décideurs politiques. L'Accord de Paris sur le climat, né en 2015, vise à limiter le réchauffement « bien en deçà de 2 degrés Celsius » et si possible 1,5 degré.

    Or, pour y arriver, selon une nouvelle étude réalisée par les principales organisations mondiales de climatologie, le respect de l'Accord de Paris impliquerait pour les pays de tripler leur niveau d'effort s'ils veulent respecter l'objectif du 2 degrés, et de le quintupler pour se limiter à 1,5 degré.

    Des cibles de trois à cinq fois plus ambitieuses à l'échelle globale!

    On comprend donc qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. Car pour l'heure, les engagements pris par les 197 signataires de l'entente nous mènent sur une trajectoire de réchauffement de plus de 3 degrés d'ici 2100. D'où l'impatience d'Antonio Guterres.

    Quand il dit :« Le bouleversement climatique agit plus vite que nous », il fait référence à ce fossé qu'il reste à combler.

    Le sommet de lundi se déroule en marge des séries de négociations sur le climat, les fameuses « COP », qui se tiennent tous les ans avant Noël et qui sont plus formelles.

    En forçant les pays à sortir du carcan diplomatique habituel, Antonio Guterres espère décoincer le processus de l'Accord de Paris et, du même coup, lui donner un bon coup d'accélérateur.

    Les requêtes du secrétaire général

    Antonio Guterres a beau jeu de faire sa liste d'épicerie parce que c'est lui qui contrôle l'ordre du jour de la rencontre.

    D'entrée de jeu, il fixe la barre haut en demandant aux dirigeants qui se présentent au sommet de faire ce que les scientifiques prescrivent : s'engager à atteindre la neutralité carbone d'ici le milieu du siècle et réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 45 % d'ici 2030.

    Sa requête ne sort pas de nulle part. Elle s'inspire directement d'une recommandation phare d'un récent rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) à propos des effets d'un réchauffement de plus de 1,5 degré, publié il y a un an.

    Des cheminées industrielles polluantes

    Des cheminées industrielles polluantes

    Photo : Getty Images / Alexander Hassenstein

    Corriger les défauts d'un bon accord

    L'Accord de Paris est une entente finement pensée qui a les défauts de ses qualités. Si tous les pays de la planète l'ont signé, si 185 pays l'ont fait ratifier par leur Parlement en un temps record, c'est surtout parce que c'est un traité non contraignant.

    L'esprit de l'Accord de Paris défend plutôt l'idée de la contrainte morale : il n'y a pas d'obligation, mais les mécanismes prévus par l'entente sont conçus pour inciter les pays à comparer leurs actions à celles des autres et, ainsi, à vouloir s'améliorer.

    C'est l'idée selon laquelle tout le monde tire vers le haut.

    En vertu de l'entente, les pays sont invités à viser les cibles de réduction des émissions les plus ambitieuses qui soient, mais aucun seuil minimum n'est fixé.

    Il y a tout de même des obligations. D'une part, tous les pays signataires de l'entente doivent établir des cibles. D'autre part, ils s'engagent à réviser à la hausse ces cibles tous les cinq ans.

    L'Accord de Paris ayant été signé en 2015, la première échéance arrive en 2020. Comme l'accord n'impose aucune contrainte, c'est la pression politique qui fait le reste.

    C'est cette pression que tente de raviver Antonio Guterres. Il est tout à fait conscient du fait que l'élan exceptionnel qui a suivi la signature de l'Accord de Paris en 2015 s'est un peu estompé.

    Qui va revoir ses cibles à la hausse?

    Selon une analyse réalisée par le Programme des Nations unies pour le développement, publiée en septembre dernier, 75 pays sur 197 seraient enclins à rehausser leurs ambitions. Le hic, c'est que, selon l'ONU, l'ensemble de ces pays ne représentent à peine qu'un peu plus du tiers des émissions mondiales de GES.

    À ce jour, aucun grand émetteur ne s'est engagé formellement à le faire. La Chine et l'Union européenne l'ont évoqué, sans donner de détails.

    Certains analystes pensent que ces deux grandes entités (respectivement premier et troisième pollueurs au monde) pourraient surprendre le monde avec des annonces positives à New York.

    C'est précisément le genre de geste qu'Antonio Guterres veut provoquer.

    Il ne faudra toutefois rien attendre des autres grands émetteurs que sont les États-Unis, l'Australie ou le Brésil, qui vont briller par leur absence au sommet.

    Le Canada ne prendra lui non plus aucun nouvel engagement, étant donné la campagne électorale en cours.

    Une ville dont les bâtiments sont embrumés en raison de la pollution est vue de haut et de loin lors du lever du soleil.

    La pollution en Chine, dans la ville de Shanghai, est photographiée le 23 février 2018.

    Photo : Getty Images / AFP/Johannes Eisele

    Villes, régions et entreprises

    Pour ce sommet, le secrétaire général de l'ONU a réservé une place de choix aux représentants des villes, des États, des régions et du secteur privé.

    La mairesse de Montréal elle-même, Valérie Plante, a d'ailleurs été invitée à prononcer un discours à la tribune onusienne de New York en matinée. Elle parlera juste après Michael Bloomberg, l'ancien maire de New York, qui promeut depuis des années l'implication des villes dans la lutte contre les changements climatiques.

    Grâce aux pouvoirs qu'elles détiennent pour agir sur l'aménagement urbain, le transport, le parc immobilier, le verdissement ou le contrôle de la pollution de l'air, les villes ont entre leurs mains des outils efficaces pour contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

    Les villes sont aussi en première ligne pour ce qui est de l'adaptation aux changements climatiques.

    Guterres a aussi invité de nombreuses entreprises privées à l'événement. Il souhaite leur donner plus de place dans les discussions sur la réduction des émissions. En les intégrant au processus, le secrétaire général souhaite les forcer à s'engager.

    Il a aussi pris soin d'inviter à la tribune principale le président de la multinationale allemande des services d'assurances, Allianz SE. Avec l'incertitude croissante provoquée par les bouleversements climatiques, les compagnies d'assurance sont un peu les canaris dans la mine du monde financier.

    Le grand patron de l'ONU n'est pas dupe : il sait qu'en laissant toute la place aux dirigeants politiques, les choses vont continuer à avancer trop lentement.

    Face à l'urgence climatique décrite en détail par les scientifiques, il compte forcer la main aux décideurs en utilisant les forces parallèles : les jeunes, les villes, les entreprises, les écologistes, bref, tous les acteurs qui vont permettre de donner un grand coup de barre à l'action climatique.

    Étienne Leblanc est envoyé spécial à New York

    Relations internationales

    International