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Commission parlementaire sur les pesticides : une « mesure Louis Robert » réclamée

Un homme ramasse des légumes dans un champ.

L'utilisation des pesticides dans le domaine agricole continue de susciter des frictions entre divers groupes.

Photo : Radio-Canada

Valérie Gamache

La commission parlementaire sur les pesticides entame ses audiences lundi à Québec. Les élus tenteront de trouver un équilibre entre la diminution de l’utilisation des pesticides et la rentabilité des entreprises agricoles.

Équiterre sera le premier groupe à témoigner devant la commission. L’organisme plaidera que pour réduire la dépendance aux pesticides, il faut d’abord se défaire de la dépendance à l’industrie.

L'organisation proposera ainsi l'adoption d'une mesure pour protéger les lanceurs d'alerte. Il faut se rappeler que la commission a été mise sur pied à la suite de l'affaire Louis Robert, cet agronome du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) qui a dénoncé l'ingérence de l'industrie des pesticides dans la recherche.

Pour restaurer le climat de confiance au MAPAQ, le groupe environnementaliste recommande ainsi l'adoption d'une mesure que l'on pourrait appeler la « mesure Louis Robert » pour éviter que le cas de l'agronome ne se répète et qu'un fonctionnaire soit congédié pour avoir dénoncé des pratiques jugées douteuses.

Que le gouvernement mette en place une mesure provisoire pour le maintien en poste s'il est montré, démontré, que la personne a commis un acte de dénonciation et a été congédiée de façon concomitante.

Extrait du mémoire d’Équiterre

Chasser l’industrie des champs et de la recherche

Pour éviter tout conflit d’intérêts, Équiterre croit que les agriculteurs ne doivent plus recevoir les conseils d'agronomes qui travaillent pour des entreprises liées aux pesticides. Pour y arriver, l’organisme suggère que le programme de services-conseils auprès des producteurs agricoles soit entièrement pris en charge par l’État.

Équiterre exige aussi que le gouvernement cesse de financer des recherches qui ne sont pas à 100 % indépendantes.

« Le gouvernement doit rediriger les fonds d'organisations de recherche sur lesquelles l'industrie siège pour les rediriger vers des programmes indépendants », précise Nadine Bachand, spécialiste en écoculture chez Équiterre.

Équiterre recommande également au gouvernement de bannir l'utilisation du glyphosate au Québec d'ici cinq ans.

Montréal a déjà annoncé son intention d'interdire l'herbicide, mieux connu sous le nom de Roundup, le nom du produit commercialisé par Monsanto. La Ville va modifier son règlement d'ici la fin de l'année pour que l'utilisation du glyphosate cesse sur son territoire.

Le gouvernement du Québec n'est cependant pas prêt à aller jusque-là pour l'instant. Le premier ministre François Legault veut laisser le temps à la commission de faire son travail et de consulter les agriculteurs.

« On n'est pas rendu là, mais on ne l'exclut pas », avait dit François Legault lorsque la ville de Montréal a décidé de bannir le glyphosate.

L'industrie écartée?

Plusieurs joueurs de l'industrie des pesticides ont demandé à être entendus à la commission, mais ils n'ont pas été invités. Le PDG de CropLife Canada, le plus important lobby de l'industrie des pesticides au pays, croit que les élus font une erreur.

« Je pense qu'une commission qui se penche sur la question des pesticides et n'invite pas les développeurs de ces produits-là, je pense qu'il y a une lacune », dit Pierre Petelle.

Il croit que la commission s'apprête à faire le procès de l'industrie sans que celle-ci puisse se défendre. « Quand on regarde la liste des invités, il y a beaucoup de groupes avec très peu de connaissances de la science des pesticides », conclut-il.

Parmi les entreprises qui avaient demandé à témoigner, on retrouve Bayer, qui a racheté le controversé géant des pesticides Monsanto. Dans son mémoire déposé à la commission, l'entreprise reconnaît qu'il est important que les agronomes soient complètement autonomes.

Mais pour la compagnie, cela ne signifie pas pour autant que les agriculteurs devraient se limiter aux conseils prodigués par des agronomes qui travaillent pour des organismes indépendants.

[...] Les producteurs devraient avoir accès à une gamme de services d'encadrement en agronomie, y compris à des conseils d'experts sur des produits précis et par des agronomes chevronnés, dont ceux qui travaillent pour Bayer.

Extrait du mémoire de Bayer

Les audiences de la commission ont lieu du 23 au 26 septembre. Les élus entendront 26 intervenants. En plus d'Équiterre lundi, l'Ordre des agronomes et la Coop fédérée, le plus grand distributeur de pesticides au Québec, vont témoigner. Louis Robert a aussi été invité à s'adresser aux députés. L'agronome sera entendu mardi.

La commission doit remettre son rapport final d'ici la fin de l'année ou au plus tard au début de 2020.

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