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Des slogans homophobes scandés lors des matchs du Vert et Or 

Les joueurs du Vert et Or jouent sur le terrain à l'Université de Sherbrooke.

Des insultes homophobes sont régulièrement scandées par des partisans lors des matchs du Vert et Or.

Photo : Radio-Canada

Louis-Philippe Bourdeau

Des insultes à caractère homophobe sont régulièrement scandées par des partisans lors des matchs universitaires du Vert et Or de l’Université de Sherbrooke. Des étudiants et des joueurs ont vivement dénoncé la situation qui, selon eux, perdure depuis plusieurs années.

Je joue à l’aile sur le terrain, près des estrades. Souvent, je suis la cible d’insultes. Je me fais traiter de "petit fif" ou encore de "little fourteen faggot". Je les ai tous entendues, raconte  Nicolas Bourque.

Celui qui arbore le numéro 14 pour l’équipe de rugby du Vert et Or confirme que les propos sont souvent isolés dans la foule, bien qu’is se répètent saison après saison.

J’en suis à ma troisième saison universitaire. C’est arrivé toutes les saisons dans toutes les universités. Ça arrive partout, précise l’étudiant au baccalauréat en politique appliquée. Est-ce que ça fait trop longtemps ? À mes yeux, oui.

Nicolas Bourque s'adresse au journaliste.

Nicolas Bourque se désole des propos qu'il entend lors des parties du Vert et Or.

Photo : Radio-Canada

Certains de ses amis issus de la communauté LGBTQ+ sont désormais plus réticents à se déplacer pour assister à ses matchs en raison des propos à caractère homophobe qui y sont trop souvent entendus.

On perd un peu de notre fierté d’équipe. [...] Il y a moyen d’encourager son équipe sans avoir à se tourner vers des insultes de ce genre.

Nicolas Bourque, joueur de rugby pour le Vert et Or

Comportements dénoncés sur Facebook

L’étudiante en communication Camille Gascon assistait au premier match à domicile de football du Vert et Or à la mi-septembre lorsque des partisans ont commencé à scander le slogan: « Le rouge, c’est fif! ». L’ attaque verbale était destinée aux athlètes des Redmen de l’Université McGill.

Je ne crois pas que ces gens soient nécessairement homophobes, mais je crois qu'ils ne pensent pas à l'impact de leurs mots, croit-elle. Est-ce qu'on a pris le temps de se demander si c'était blessant ? Non pas du tout.

Camille Gascon est dans les estrades du stade de l'Université de Sherbrooke.

Camille Gascon a dénoncé sur facebook les slogans homophobes qu'elle a entendu lors d'une partie du Vert et Or.

Photo : Radio-Canada

Plusieurs étudiants ont confirmé avoir entendu le slogan dans les gradins du stade de l’Université de Sherbrooke.

Troublée par les propos de ces partisans, entendus à maintes reprises au cours de ses trois années universitaires, Camille Gascon s’est tournée vers les réseaux sociaux pour exprimer son mécontentement.

Dans une publication Facebook, elle raconte s’est faite expliquer par d’autres partisans qu’il ne s’agissait que d’une « tradition » inscrite dans « l’esprit du sport. »

« Suite à la publication, il y a eu tellement de réactions, plus que j'aurais imaginé, explique-t-elle. Je suis contente qu'on en parle. On espère qu'il y aura des effets positifs. Le Vert et Or a le pouvoir de changer les choses. »

Le Vert et Or promet d’agir

L’Université de Sherbrooke promet d’agir rapidement pour limiter ces insultes homophobes lors des événements sportifs sont tenus sur son campus.

Je vous dirais que non, je n’étais pas au courant. J’ai pris connaissance de cette information le 16 septembre dernier, explique le directeur général du Service du sport et de l’activité physique à l’Université de Sherbrooke, Jean-Pierre Boucher.

Aussitôt que je l’ai su, on a entamé des discussions avec l’équipe d’organisation des rencontres sportives. On s’est déjà mis en action pour préparer nos prochains événements, ajoute-t-il.

Tableau des mesures à appliquer à court terme.

Le Vert et Or compte appliquer des mesures à court terme pour contrer les slogans homophobes entendus lors des parties.

Photo : Radio-Canada

Rappel à l’ordre pendant le match, expulsion ou suspension des partisans fautifs; des sanctions sont déjà envisagées par l’Université de Sherbrooke.  Les agents de sécurité seront informés de la situation.

À court terme, le Vert et Or affichera le « Code du spectateur » dans les gymnases de l’établissement universitaire.

À chaque début de match, un message vocal à l’auditoire sera aussi émis pour inciter les spectateurs à encourager les joueurs dans le respect.

C’est déplorable, inacceptable même. [...] On ne peut pas banaliser ses propos. On invite les gens à dénoncer ces comportements.

Jean-Pierre Boucher, directeur général du Service du sport et de l’activité physique à l’Université de Sherbrooke

Au moins, on reconnaît le problème, croit Nicolas Bourque. Ça a pris plus de temps que ça aurait dû, mais je suis content de voir que les gens sont plus à l’aise de parler de cet enjeu. [...] Le Vert et Or peut faire une partie du travail, mais les partisans devront faire leur part.

Un phénomène plus répandu en Europe

Le phénomène a fait les manchettes en Europe cet été, particulièrement dans les stades de soccer de France.

La directrice générale du GRIS-Estrie, un organisme de lutte à l’homophobie, affirme être surprise de constater que ce mouvement semble avoir atteint le sport universitaire québécois.

Ça nous surprend, c’est un phénomène connu en Europe. Je suis étonnée d’apprendre que ça survient chez nous aussi. On est d’autant plus étonné de constater que l’Université n’a pas réagi avant, affirme Rébecca Janson.

Ces mots ne sont pas anodins, ça peut être extrêmement violent. Jamais on ne tolérait des propos sexistes ou racistes dans les gradins, donc il n’y a aucune raison de tolérer des propos homophobes.

Rébecca Janson, GRIS-Estrie

Le GRIS-Estrie réclame rapidement une politique de « tolérance zéro » envers ce genre de propos homophobes par les partisans.

C’est une mesure qui est prise de plus en plus en Europe. On ne s’attend pas à moins des institutions à Sherbrooke, croit-elle.

Pour Rébecca Janson, le monde sportif a fait des « avancées notables » en termes d’ouverture vis-à-vis les communautés LGBTQ+ au cours des dernières années, même si « beaucoup de chemin reste à faire pour assurer une pleine inclusion dans une équipe sportive. »

Estrie

Événements sportifs