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Israël : Lieberman ne recommande personne pour le poste de premier ministre

Les deux hommes sont assis presque côte à côte.

Qui de Benyamin Nétanyahou (au premier plan) ou de Benny Gantz aura la tâche de former le nouveau gouvernement israélien? On voit ici les deux hommes lors d'une cérémonie soulignant la mort de l'ancien président Shimon Peres.

Photo : Reuters / Ronen Zvulun

Agence France-Presse

Avigdor Lieberman, considéré comme un « faiseur de roi » potentiel après les législatives israéliennes, a affirmé dimanche qu'il ne recommanderait personne pour le poste de premier ministre, donc ni Benjamin Nétanyahou ni son rival Benny Gantz, arrivés en tête des élections.

Chef de la formation nationaliste laïque Israël Beitenou, M. Lieberman s'est exprimé devant les journalistes avant sa rencontre prévue avec le président israélien, Reuven Rivlin, qui entame les consultations avec les partis pour désigner celui qui sera chargé de former un gouvernement de coalition.

Cet ancien ministre de la Défense, ex-allié de M. Nétanyahou, a fait campagne contre les partis juifs ultra-orthodoxes, alliés du premier ministre, auxquels il reproche de vouloir transformer Israël en théocratie juive.

M. Lieberman, également hostile aux partis arabes, souhaite former un gouvernement d'union avec le parti «Bleu-blanc» de M. Gantz et le Likoud de M. Nétanyahou, mais a refusé pour l'instant de soutenir l'un ou l'autre pour diriger le gouvernement.

Avigdor Lieberman répond aux questions des journalistes

Avigdor Lieberman souhaite former un gouvernement d'union avec le parti «Bleu-blanc» de M.Gantz et le Likoud de M. Nétanyahou.

Photo : Getty Images / Pool

Le président Rivlin, dont la fonction est quasi symbolique, jouera donc un rôle politique clé au cours des prochains jours en désignant celui qui sera chargé de former le gouvernement.

En Israël, la constitution du gouvernement n'incombe pas de facto au chef du parti ayant récolté le plus de sièges, mais fait l'objet de consultations entre le président et les partis, qui recommandent des candidats.

Le président n'est en outre pas tenu de choisir la personnalité politique qui aura le plus de recommandations et peut se fier à son instinct. Si Benjamin Nétanyahou et Benny Gantz sont les favoris, le président pourrait aussi opter pour une troisième voie, encore inconnue.

Les consultations débutent à 17 h (heure locale) dans les bureaux du président à Jérusalem et doivent se poursuivre lundi, pour une décision attendue plus tard cette semaine.

Les partis défileront les uns après les autres dans les bureaux de M. Rivlin, dans un ordre suivant leur performance électorale.

Les partenaires de Benny Gantz seront ainsi les premiers à rencontrer le président dimanche, suivies par le Likoud de M. Nétanyahou, de la «Liste unie» des partis arabes israéliens d'Ayman Odeh, du parti ultra-orthodoxe Shass et de la formation nationaliste laïque Israël Beitenou d'Avigdor Lieberman.

Suivront lundi en matinée un autre parti ultra-orthodoxe, «Judaïsme unifié de la Torah», et deux formations de centre gauche.

Odeh et Lieberman

Les partis arabes ont, pour la première fois en plus d'un quart de siècle, recommandé dimanche un candidat pour le poste de premier ministre d'Israël, en l'occurrence Benny Gantz, dans l'espoir de clore le long règne de Benjamin Nétanyahou.

Ces partis ont effectué cette recommandation à l'ouverture, par le président Reuven Rivlin, des consultations avec les partis politiques pour désigner celui qui sera chargé de former un gouvernement de coalition, dans le sillage des législatives du 17 septembre.

Au terme de ce scrutin, le parti centriste Kahol Lavan (Bleu-blanc) de M. Gantz a obtenu 33 sièges sur les 120 du Parlement, contre 31 pour le Likoud (droite) de M. Nétanyahou, premier ministre sortant et le plus pérenne de l'histoire d'Israël à ce poste (13 ans de pouvoir au total).

Mais, en comptant leurs alliés, les deux grands rivaux restent incapables d'atteindre le nombre de 61 députés, seuil de la majorité absolue.

Le président Rivlin, dont la fonction est quasi symbolique, a débuté dimanche soir les consultations afin d'arbitrer le différend. Sans se prononcer dans le détail, il a annoncé la couleur: Je suis convaincu qu'il faut former un gouvernement stable avec les deux grands partis, le Likoud et Bleu-Blanc. C'est la volonté du peuple, a-t-il argué.

Mais une grande question demeure : qui pourra diriger cet éventuel gouvernement de coalition?

La « Liste unie » des partis arabes israéliens d'Ayman Odeh, devenue la troisième force politique du pays avec 13 sièges, a causé la surprise en répondant : Benny Gantz.

Sous l'ère Nétanyahou, nous sommes devenus non légitimes dans la politique israélienne [...]. Nous cherchons donc à empêcher Nétanyahou d'être premier ministre, a déclaré M. Odeh au président Rivlin.

C'est pourquoi nous recommandons cette fois Benny Gantz pour former le prochain gouvernement, a-t-il ajouté.

Il s'agit de la première fois depuis 1992 que des partis majoritairement arabes soutiennent un candidat au poste de premier ministre en Israël.

À l'époque, ils avaient soutenu Yitzhak Rabin, assassiné trois ans plus tard par un extrémiste juif opposé aux accords de paix israélo-palestiniens d'Oslo.

Aujourd'hui, nous écrivons l'histoire : nous ferons tout ce qui est nécessaire pour faire chuter Nétanyahou, a renchéri Ahmad Tibi, un cadre de la Liste arabe unie.

Cet appui des partis arabes ne permet pas pour l'instant à Benny Gantz de franchir le seuil des 61 députés.

Mais il envoie un message clair au président que la troisième force politique du pays ne souhaite pas voir M. Nétanyahou comme chef d'une éventuelle coalition incluant, entre autres, le Likoud et « Bleu-blanc ».

Le Likoud a aussitôt dénoncé ce soutien à Benny Gantz, affirmant qu'il était interdit qu'un gouvernement puisse se former en se basant sur les partis arabes opposés à l'État d'Israël.

L'autre personnage clé de ce dimanche a été Avigdor Lieberman. Cet ancien ministre de la Défense et ex-allié de M. Nétanyahou a fait le choix du non-choix.

Le chef de la formation nationaliste laïque Israel Beitenou avait mené sa campagne électorale contre les partis juifs ultra-orthodoxes, alliés traditionnels du premier ministre sortant, auxquels il reproche de vouloir transformer Israël en théocratie juive.

Nous ne ferons pas partie du bloc avec les haredim (juifs ultra-orthodoxes, NDLR) et les messianistes. Nous ne recommanderons pas Nétanyahou au président pour cette raison, a déclaré M. Lieberman lors d'une conférence de presse avant sa rencontre avec Reuven Rivlin.

Et nous ne pouvons pas recommander Benny Gantz qui envisage un gouvernement soutenu par la liste arabe, a-t-il ajouté. Les haredim sont nos adversaires politiques, mais les Arabes sont nos ennemis, a-t-il asséné.

M. Lieberman souhaite former un gouvernement d'union avec le parti « Bleu-blanc » de M. Gantz et le Likoud de M. Nétanyahou mais a ainsi refusé, du moins pour l'instant, de soutenir l'un ou l'autre de ces ténors pour diriger le gouvernement.

Pour Benjamin Nétanyahou, l'issue de ces consultations engage sa survie politique. Après avoir joué son va-tout mardi dernier, il risque de perdre la mise pour une rare fois dans sa longue carrière politique.

Ces tractations sont d'autant plus cruciales pour lui qu'il doit être auditionné par la justice début octobre pour des affaires de « corruption », d'« abus de confiance » et de « malversations ».

Le « roi Bibi » cherche à obtenir une immunité du Parlement au cas où il serait inculpé, mais cette immunité pourrait être plus difficile à obtenir des parlementaires s'il ne dirige pas le prochain gouvernement.

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