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Biométhanisation à Québec : surplus de fumier appréhendé sur la Rive-Sud

Le reportage de Marc-Antoine Lavoie

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Radio-Canada

Des agriculteurs de Chaudière-Appalaches craignent que la future usine de biométhanisation de Québec leur apporte une concurrence déloyale. L'engrais produit par les résidus de l'usine, le digestat, pourrait être utilisé sur les terres agricoles de la Rive-Sud, les forçant ainsi à transporter leur lisier sur plusieurs kilomètres.

Le propriétaire de la porcherie la Ferme Éli, Étienne Boucher, élève plus de 160 bêtes, ce qui entraîne la production de 4000 m3 de fumier. Le producteur doit exporter environ 40 % de cet engrais, ce qui entraîne des coûts.

Il estime que le montant par m3 varie entre 5 $ et 7 $, si le fumier doit être transporté vers une terre agricole éloignée. Plus on va loin, plus que ça coûte cher, souligne-t-il.

Comme plusieurs producteurs, il doit déjà transporter son lisier sur une distance de plusieurs kilomètres, étant donné que la région est saturée. L'arrivée possible d'un nouveau compétiteur, soit l'usine de biométhanisation de Québec, pourrait rendre la tâche plus complexe.

S’il y a un projet de biométhanisation et que ces gens-là ont décidé de s'approprier les terres les plus proches. [...] On pourrait se retrouver plus loin, ce qui va faire augmenter nos coûts de transports et de gestion, déplore Étienne Boucher. Il craint que la Ville ait les moyens de payer les agriculteurs qui recevraient le digestat, soit le résidu du processus de méthanisation de matières organiques.

Du digestat dans les jardins

Par courriel, la conseillère en communication à Ville de Québec, Mireille Plamondon, affirme que la Ville analyse les différentes possibilités ainsi que les marchés potentiels pour le digestat.

La Ville souhaite aussi distribuer une bonne quantité de son engrais aux citoyens pour leur jardin et leurs plates-bandes.

Nos efforts sont présentement tournés vers la production d’un digestat de haute qualité qui saura satisfaire les exigences de plusieurs marchés.

La Ville de Québec

Le producteur de porcs Étienne Boucher doute que les jardins suffisent pour recevoir ce digestat. Il faudrait voir combien les jardins sont prêts à en recevoir de mètres cubes, mais un mètre cube de lisier, ça prend un grand jardin, souligne-t-il.

Une fosse à purin.

Une fosse à purin

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Et les terres agricoles?

Toutefois, la Ville ne précise pas si le tout sera d'abord distribué aux agriculteurs. Pourtant, le président du syndicat de l'Union des producteurs agricoles de Lotbinière-Sud, Daniel Samson, qui représente 368 fermes, affirme qu'une responsable de la Ville en a discuté pendant une réunion de comité.

M. Samson craint que la Ville de Québec paie les producteurs pour recevoir son digestat. Les producteurs de Chaudière-Appalaches pourraient ainsi observer une hausse importante de leurs coûts.

Parce que nous, on a un prix pour notre produit, notre porc, qu’on envoie à l’abattoir. Il nous donne un prix, on ne peut pas dire : ça va prendre 5 $ de plus. Ils ne paieront pas plus, soulève-t-il.

Selon Étienne Boucher, transporter son fumier sur une plus longue distance pourrait l'amener à débourser entre 3000 et 5000 $ de plus.

Un tracteur déverse du purin dans un champ.

Un tracteur déverse du purin dans un champ.

Photo : iStock / SimplyCreativePhotography

Trop de phosphore dans le sol

Avant d’épandre du lisier, la concentration de phosphore doit être évaluée. On fait analyser nos fumiers, ce qu’il y a dans un mètre cube de lisier, la matière fertilisante, ce que la terre a et ce que la plante a besoin, on vient toujours fertiliser sur la base phosphore, qui est le facteur limitant pour l’épandage, explique le producteur.

C'est pour maintenir un bon niveau de fertilité que les producteurs ne peuvent épandre une quantité illimitée de fumier sur leurs terres et ainsi empêcher un déséquilibre.

Le président de la Fédération régionale de Chaudière-Appalaches, James Allen, précise qu'il y a déjà une importante quantité de phosphore dans le sol de la région. S'il faut que la Ville de Québec rajoute du phosphore dessus, je ne sais pas ce qu’on va faire avec ce surplus de phosphore, dit-il.

La Ville de Québec a juste à ne pas jouer dans nos plates-bandes.

James Allen, président de la Fédération régionale de Chaudière-Appalaches

La Ville pourrait opter pour des régions qui ont une concentration moins importante de phosphore. [La Ville de Québec] pourrait aller au sud, ou la pression est beaucoup plus basse, ajoute M. Allen.

Il souligne que le digestat ne peut pas être utilisé sur des terres agricoles destinées à la consommation humaine, ce qui exclut plusieurs terres agricoles de la grande région de Québec.

D'après les informations de Marc-Antoine Lavoie

Québec

Matières résiduelles