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Panser les plaies du génocide rwandais au théâtre

Un homme et une femme se tiennent côte à côte sur une scène.

Le Rwandais d'origine Eugène Nshimiyimana a fait la rencontre de Odile Garike (Kiki) Katese lors de la première de la pièce «The Book of life».

Photo : Isabelle Gobeil

Isabelle Gobeil

Le Canadian Stage a ouvert sa saison 2019-2020 avec un exercice de mémoire et de recueillement en présentant la pièce The Book of Life à l'occasion des 25 ans du génocide au Rwanda. C’est la metteuse en scène rwandaise Odile Garike (Kiki) Katese qui est derrière le projet.

De passage dans les studios de l'émission Enfin Samedi, celle que tous surnomment Kiki explique que l’essence de la pièce se trouve dans des lettres écrites par des survivants du génocide.

Depuis 2009, elle collectionne des lettres écrites par des veuves, des orphelins, des amis, mais aussi par des génocidaires. Leurs mots s’adressent personnellement aux personnes qui ont perdu la vie durant le massacre.

Les lettres ne reviennent pas sur ce qui s’est passé. On a déjà archivé le génocide avec de nombreux sites mémoriaux au Rwanda.

Odile Garike (Kiki) Katese , metteuse en scène

Bien qu’inspirée par les atrocités de 1994 au Rwanda, où un million de personnes ont été assassinées, la pièce The Book of Life (Nouvelle fenêtre) souhaite surtout faire vivre les mots que les survivants auraient aimé dire aux disparus.

Je veux “défaire” le génocide et en faire un processus de deuil empreint de sérénité. Pour moi, la parole est sacrée et tout commence avec le verbe. J’espère que quelque part, on réussit un peu à redonner vie aux personnes disparues de manière symbolique.

Odile Garike (Kiki) Katese, auteure

Des lettres qui resteront sans réponse

Née en exil au Congo, Kiki n’a pas vécu le génocide. Elle cherche néanmoins à faire le deuil de ceux qu’elle n’a pas connus et qui ont trouvé la mort en 1994.

Seule sur scène, elle révèle des souvenirs quant à la vie que menaient les disparus avant les événements. Elle soulève des questionnements et imagine même ce que seraient devenus ces êtres chers si la vie ne leur avait pas été arrachée.

Un propos qui résonne

La journaliste Isabelle Gobeil a assisté à la première mondiale de The Book of Life qui a eu lieu le 17 septembre accompagnée d'Eugène Nshimiyimana. Ce résident de Hamilton a survécu aux atrocités de 1994, mais y a perdu de nombreux membres de sa famille, des amis et sa fiancée. Il a accepté l’invitation sans hésiter pour aller assister à la pièce.

Quand ça concerne le génocide, on laisse tout de côté. C’est de répondre au devoir de mémoire, pour ceux qui ne peuvent pas parler. Il y a ce souci qu’on ne dilue jamais notre peine et que notre douleur soit rendue à sa juste mesure.

Eugène Nshimiyimana, rescapé du génocide

Eugène Nshimiyimana s’est dit ravi d’entendre les pensées de compatriotes survivants comme lui. Il s’est aussi dit touché de connaître les propos d’un de ceux qui ont commis les exactions.

C’est [le morceau] de l’histoire qui nous manque pour que nous puissions compléter notre tragédie.

Eugène Nshimiyimana , rescapé du génocide

Une rencontre en swahili

Après la représentation, Kiki est venue à la rencontre du Rwandais d’origine pour connaître ses impressions. Une partie de leur conversation s’est déroulée en swahili.

Tous deux ont souligné que le fait qu’une pièce comme The Book of Life présentée à Toronto rappelle que le génocide, survenu il y a 25 ans, n’est pas seulement une histoire rwandaise, mais qu’il s'agit d’un crime contre l’humanité qui concerne tout le monde.

Questionné à savoir s’il aurait des mots à écrire à certaines personnes, Eugène Nshimiyimana y est allé d’une réponse avisée.

Je ne saurais pas comment commencer. Et si je commence, je ne saurais pas comment m’arrêter.

Eugène Nshimiyimana, rescapé du génocide

La pièce The Book of Life, présentée en première mondiale sur les planches de Canadian Stage (Nouvelle fenêtre), est à l’affiche au Théâtre Baillie, sur la rue Berkeley, jusqu’au 29 septembre.

Avec les informations de Radio-Canada

Toronto

Arts de la scène