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Personnes handicapées cherchent préposés aux bénéficiaires

Le reportage de Davide Gentile.

Photo : Radio-Canada / iStock

Davide Gentile
Daniel Boily

La pénurie de préposés aux bénéficiaires n'affecte pas seulement les CHLSD, elle frappe aussi les personnes handicapées qui désirent rester à domicile. Environ 10 000 d'entre elles embauchent du personnel grâce à un programme gouvernemental. Or trouver un préposé à moins de 15 $ de l'heure représente tout un défi.

La ministre québécoise de la Santé Danielle McCann a annoncé vendredi que le gouvernement du Québec va accroître le taux horaire des préposés qui sont rémunérés grâce au programme Chèque emploi-service.

Cinq millions [de dollars] vont permettre de bonifier de 5 % le Chèque emploi-service, une demande qu'on nous faisait pour que le taux horaire minimum passe à 14,25 $ de l'heure; et cela va être rétroactif au premier avril 2019, a déclaré la ministre McCann.

Une hausse qui ne pourra pas régler tous les problèmes de ceux qui cherchent des préposés pour éviter de se retrouver en CHSLD.

Depuis six mois, Martine Deschênes s'occupe de sa conjointe Sylvie Séguin 24 heures sur 24. Ça devient difficile pour ma santé physique. La nuit, si je me lève cinq fois, après je traîne de la patte, confie-t-elle.

Mme Séguin est paralysée par une dystrophie musculaire et a besoin de soins quasi constants. Le couple cherche, sans succès, une préposée aux bénéficiaires depuis six mois pour donner un coup de main à domicile.

Je ne trouve pas de préposé. Quand on parle du salaire, ils partent en courant!

Sylvie Séguin, couchée dans son fauteuil roulant

Le salaire, payé par Québec dans le cadre du programme Chèque emploi-service, est assez faible. Ici, à Trois-Rivières, ils sont payés 12,95 $ de l’heure. Personne ne veut travailler à 12,95 $, lance Mme Séguin.

Toutefois, même avec le nouveau tarif de 14,25 $ de l'heure, embaucher un préposé dans le cadre de ce programme va demeurer un gros défi. Toutes les régions du Québec, y compris la ville de Trois-Rivières, font face à un manque criant de main-d'œuvre.

Quelqu'un qui fait des hamburgers est payé le même salaire que la préposée qui vient ici, souligne Mme Séguin.

Les préposés qui ont une formation sont payés plus de 20 $ de l'heure dans les hôpitaux ou les CHSLD.

Payer de sa poche

Cette histoire ressemble à celle de bien des personnes handicapées qui peinent à trouver et surtout à retenir des préposés. Certaines personnes handicapées vont même jusqu'à ajouter de l'argent de leur poche pour garder le personnel.

C'est le cas d'un homme handicapé vivant à Montréal qui a souhaité taire son identité. En entrevue dans les locaux de Radio-Canada, il précise payer l'épicerie de la préposée qui s'occupe de lui ou encore ajouter de l'argent comptant qu'il retire de sa poche.

Je paie pour ne pas avoir à chercher quelqu'un d'autre, raconte ce tétraplégique.

Plusieurs autres personnes handicapées disent être obligées de poser des gestes semblables.

Elles font des compromis. Elles vont donner des bonus. Elles vont donner des cadeaux.

Simon Philippe Caron, agent de défense des droits pour l'organisme Ex Aequo

Selon M. Caron, qui défend les droits des personnes en situation de handicap, bien des éléments du programme Chèque emploi-service doivent être revus. Par exemple, on peut actuellement demander aux préposés de se déplacer pour une demi-heure de travail.

Se déplacer pour donner un 30 minutes de soins ça veut dire que tu te retrouves à être payé à peu près sept dollars de l'heure, déplore-t-il.

Un groupe baptisé Chèque emploi-service réinventé a été créé pour amener Québec à revoir le programme. Il faudrait que les salaires offerts soient majorés de 15 ou 20 %, dit Carole Saint-Laurent, une des militantes du groupe.

Elle rappelle que même quand on offre 35 ou 40 heures de soins par semaine, maintenir une personne à domicile coûte moins cher qu'une place en CHSLD.

Je me suiciderais avant d'aller en CHSLD.

Carole Saint-Laurent, membre du groupe Chèque emploi-service réinventé

Même son de cloche chez Sylvie Séguin. Pour elle, se résigner à vivre en CHSLD serait un deuil à plusieurs niveaux.

D'abord, elle ne pourrait plus côtoyer quotidiennement son fils et sa conjointe. « Je me laisserais mourir ou je me suiciderais », affirme Mme Séguin.

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