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Matières recyclables et bac bleu : encore de l’éducation à faire

Un ballot de matières recyclables au Centre de tri de Mont-Joli.

Le Centre de tri Bouffard dessert 103 municipalités au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Laurence Gallant

Les centres de tri des matières recyclables ne manquent pas de défis par les temps qui courent, et l’Est-du-Québec ne fait pas exception. Si la gestion des sacs de plastique et le resserrement des marchés asiatiques préoccupent les entreprises comme les citoyens, le manque de sensibilisation auprès de la population est toujours un problème, croient des dirigeants de centres de tri.

Des vélos, des couches, des grille-pains… Les centres de tri gèrent des tonnes de déchets non recyclables, qui doivent être jetés ou encore être valorisés dans les écocentres. Et trier et renvoyer ces matières fait augmenter la facture des opérations.

Il y a un an, au Centre de tri Bouffard de Mont-Joli, une attache à remorque en métal a défait trois convoyeurs sur son passage, illustre le directeur de la gestion des matières résiduelles, Guillaume Bélanger.

Un employé du centre de tri explique à des visiteurs le fonctionnement d'une chaîne de travail.

Seule une partie du tri se fait manuellement à Mont-Joli, explique aux visiteurs le superviseur Stéphane Lepage.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Le directeur calcule que 12 % des quelque 24 500 tonnes de matières recueillies par année est envoyé au site d’enfouissement. Il y a trois ans, ce taux se situait à 10 %, selon Guillaume Bélanger, qui aimerait que l’information quant aux déchets recyclables se rende plus facilement aux citoyens.

Le Centre de tri Bouffard compte 103 municipalités dans sa clientèle, notamment dans Kamouraska, Rimouski-Neigette, Avignon, Bonaventure, la Matanie, la Mitis et la Matapédia. Trois autres centres de tri desservent la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent, soit à Grande-Rivière, à Notre-Dame-des-Neiges et à Rivière-du-Loup.

Ça fait 10 ans qu’on parle de compost, de matières organiques, mais ça fait 10 ans qu’on ne parle plus de matières de récupération.

Guillaume Bélanger, directeur de la gestion des matières résiduelles

Donc, de remettre l’information, la sensibilisation, l’éducation auprès du citoyen, pour nous, c’est une priorité, puis on participe activement avec les municipalités pour s’assurer que ce message-là puisse se rendre, explique M. Bélanger.

Un citoyen aux côtés du directeur de la gestion des matières résiduelles au Centre de tri Bouffard.

Un citoyen présent à la journée porte ouverte à Mont-Joli avait des interrogations quant au recyclage des sacs de plastique.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Mais qu’est-ce qui est véritablement recyclé? Des portes ouvertes étaient organisées ces jours-ci dans les centres de tri de la province, dont à Notre-Dame-des-Neiges et à Mont-Joli, justement pour répondre aux interrogations des citoyens. Et les questions étaient nombreuses.

C’est un défi de tenir les gens à jour à mesure que les marchés évoluent, estiment les représentants du centre de tri de Mont-Joli.

[Les gens de] Recyc-Québec vont dire "les sacs de plastique, ça se récupère", ils ont totalement raison, mais il n’y a pas de marché. Ça ne veut pas dire que dans un an il n’y aura pas de marché. [...] Cette information bouge beaucoup.

Guillaume Bélanger, directeur de la gestion des matières résiduelles au Centre de tri Bouffard

On pourrait parler du verre, on pourrait parler des sacs de plastique. [...] Si on avait un contrat à vie [...] on pourrait peut-être faire des plans de communication et informer directement les citoyens [en disant] "voici aujourd’hui comment on veut nos sacs de plastique". On pourrait le faire. Mais on est en appel d’offres. C’est pas sûr qu’on va avoir le contrat la prochaine fois et faire un plan de communications, ça a des coûts. Nous, notre devoir c’est d’informer les municipalités. Mais l’appareil municipal, c’est un appareil gouvernemental, des fois c’est long, et des fois on n’a peut-être pas été assez actifs comme joueur privé, et on est en train de reprendre le retard.

Un employé place du carton sur un convoyeur.

Un employé de Récupération des Basques à l'œuvre.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Guillaume Bélanger indique qu’une table de concertation avec les municipalités permettra de les informer deux fois par année des enjeux vécus par le centre de tri et des changements observés dans la gestion des matières recyclables.

À Récupération des Basques, à Notre-Dame-des-Neiges, le président du centre, Danny Lauzier, croit aussi que la population doit être davantage sensibilisée au tri des déchets.

Dans les Basques, les matières recyclables sont disposées dans des sacs bleus transparents, ce qui fait qu’elles sont visibles par les employés chargés de la collecte.

Pour améliorer la qualité du tri dans les foyers, M. Lauzier songe à demander aux employés sur le terrain de laisser au chemin les sacs qui contiendraient des matières non recyclables, comme la styromousse, par exemple. Les responsables de la collecte pourraient alors apposer une note sur ces sacs, informant les citoyens concernés que leur tri doit être amélioré.

La question des sacs de plastique

À Mont-Joli comme à Notre-Dame-des-Neiges, les sacs et les emballages de plastique ne sont pas directement envoyés au site d’enfouissement.

Récupération des Basques dit jouir d’un grand espace de stockage, ce qui lui permet de cumuler les ballots dans l’espoir qu’un marché s’ouvre pour ce type de plastique.

Des ballots de sacs de plastique compressés.

Des sacs de plastique sont pour l'instant entreposés à Notre-Dame-des-Neiges, tout comme à Mont-Joli.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

De son côté, le Groupe Bouffard s’est tourné vers les marchés américains en 2008, mais il n’en demeure pas moins que plusieurs de ses matières sont vendues à perte et que d’autres, comme les sacs et les emballages de plastique, sont pour l’instant toujours entreposés.

Stéphane Lavoie, directeur de l’usine de Mont-Joli, indique que certains sacs se retrouvent tout de même aux rebuts, comme ils se mélangent facilement avec la matière destinée au site d’enfouissement. Dans un cas comme dans l’autre, les sacs de plastique, il n’en veut pas, notamment parce qu’ils compliquent les opérations au centre de tri, en plus de n’avoir aucun débouché.

Un sac, c’est volatile, en étant volatile il va se mélanger avec le papier, avec les contenants de plastique, et les acheteurs de contenants de plastique ne veulent pas en avoir du tout.

Chaîne de travail au centre de tri de Notre-Dame-des-Neiges.

Le tri manuel au centre de tri de Récupération des Basques permet de recycler 100% du verre recueilli, selon les responsables.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Guillaume Bélanger espère toujours que Québec aura le courage politique de bannir les sacs de plastique dans la province et que la réforme totale qui s’annonce pour la gestion des matières résiduelles permettra de créer des circuits de proximité, pour s’assurer qu’il y ait une responsabilisation au lieu de prendre la matière et de l’envoyer à l’autre bout du monde.

Et le verre?

À Mont-Joli, le verre recueilli dans les bacs bleus n’est pas recyclé, mais utilisé comme matière de recouvrement dans les sites d’enfouissement en attendant de lui trouver d’autres vocations, indique Stéphane Lavoie.

La quantité de matières corrompues par des liquides comme le vin restant dans les fonds de bouteille serait substantielle, selon les responsables du centre de tri Bouffard.

Danny Lauzier de Récupération des Basques précise que le verre peut être, de son côté, vendu et recyclé à part entière.

Des tessons de verre séparés par couleur au centre de tri de Récupération des Basques.

Récupération des Basques est un organisme à but non lucratif.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Dans ce centre de beaucoup plus petite dimension, qui dessert uniquement les municipalités des Basques, le tri du verre se fait manuellement, par couleur, ce qui facilite son recyclage.

Quel avenir pour les centres de tri?

Selon Recyc-Québec, certains centres de tri de la province éprouvent des difficultés financières en raison de cette chute de prix.

La porte-parole de l'organisme, Brigitte Geoffroy, estime que la province doit développer une économie circulaire en aidant des entreprises locales à valoriser les matières recyclées.

Pour le Groupe Bouffard, le modèle d’affaires basé sur la collecte sélective n’est plus viable : ça nous amène à des enjeux financiers, maintiennent les responsables. C’est ce qui les a poussé à demander aux municipalités de renégocier leur contrat à la hausse, pour les soutenir dans le recyclage à perte de certaines matières.

Le superviseur Stéphane Lavoie au centre de tri de Mont-Joli.

Le superviseur Stéphane Lavoie répond aux questions des curieux au centre de tri de Mont-Joli.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Le directeur de Récupération des Basques, un organisme à but non lucratif chapeauté par la MRC, estime que ce modèle d’affaires lui évite bien des casse-têtes. Il indique que les choses vont plutôt bien, compte tenu de la crise qui sévit.

Le ministère de l’Environnement n’a pas répondu à nos questions au sujet du plan de gestion des matières résiduelles, attendu pour l’automne.

Bas-Saint-Laurent

Matières résiduelles