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« Pas de bonnes études pour évaluer les risques des pesticides sur la santé » au Canada

Des fruits et légumes posés sur une table.

Photo : Radio-Canada

Marie-Eve Cousineau

Les trois quarts des fruits et légumes frais du Québec contiennent des résidus de pesticides, selon un rapport du ministère de l'Agriculture. Près de 5 % d’entre eux en comportent trop. Pour l’épidémiologiste Maryse Bouchard, il est grand temps de mieux documenter les conséquences de ces molécules chimiques sur la santé. Entretien.

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a publié un rapport vendredi sur la présence de pesticides dans les fruits et légumes frais, vendus dans la province. Son laboratoire d'expertises et d'analyses alimentaires a analysé 544 échantillons entre 2016 et 2017. Beaucoup contenaient des pesticides. Certains présentaient des concentrations plus élevées que les normes légales canadiennes, selon le MAPAQ.

Raison de plus pour agir, selon Maryse Bouchard, professeure au Département de santé environnementale et santé au travail de l’Université de Montréal. Elle participera la semaine prochaine aux auditions de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles sur les pesticides.

Quels sont les effets sur la santé des pesticides présents dans les aliments?

Les études menées jusqu’à présent évaluent les résidus de pesticides dans les urines. Elles incluent donc toutes les sources d’exposition.

L’alimentation en est une. Mais les pesticides sont utilisés dans toutes sortes de contextes. Par exemple, dans les lieux publics, comme les bibliothèques, lorsqu’il y a des infestations de punaises de lit.

Les chercheurs sont donc incapables de dire si ce sont les fraises ou les pommes qui posent problème. Ce risque est très peu documenté.

Maryse Bouchard

De solides études américaines, notamment une de l’Université Berkeley, à laquelle j’ai participé, ont toutefois montré que certains types de pesticides – la classe des organophosphorés – ont des effets, entre autres, sur le neurodéveloppement, lorsque l’enfant y est exposé in utero, en phase prénatale.

On parle d’une diminution d’au moins cinq points du quotient intellectuel. Soyons clairs : ce n’est pas ce qui va causer une déficience intellectuelle. Mais si tu enlèves cinq points de QI à des millions d’enfants, oui, ça fait un changement dans la société.

Comment les consommateurs peuvent-ils les éviter dans leur alimentation? En lavant à l’eau leurs fruits et légumes?

Ce n’est pas possible d’éviter complètement les pesticides. Dans le rapport du MAPAQ, on note que certains fruits et légumes contiennent à peu près jamais ou très rarement des pesticides, comme le chou-fleur [et le champignon].

On peut évidemment manger bio. On n’est pas obligés de changer toute son alimentation. On peut juste essayer de prendre du bio pour les aliments qu’on sait être les plus contaminés (voir l'encadré ci-dessous).

Les échantillons de fruits et légumes contenant trop de pesticides

  • Bleuet et bleuets bio
  • Céleri et céleri bio
  • Concombre
  • Épinards
  • Fraise et fraise bio
  • Framboise et framboise bio
  • Haricot
  • Pois
  • Cerise bio
  • Laitue bio
  • Pommes de terre bio
  • Tomates bio

Aucun aliment n’a été rincé avant l’analyse, précise le MAPAQ dans son rapport.

Les fruits et légumes frais biologiques ne sont pas nécessairement exempts de pesticides. Le MAPAQ a mené des analyses sur 285 échantillons, dont 11 % d’entre eux contenaient des pesticides interdits dans la culture d’appellation biologique.

Le bio n’est pas une solution parfaite lorsqu’on voit le rapport du MAPAQ. Mais des études ont montré que les personnes qui mangent bio ont beaucoup moins de résidus urinaires de pesticides que ceux qui ne mangent pas bio.

Reste que je ne pense pas que le citoyen devrait avoir l’odieux, la responsabilité de diminuer son exposition aux pesticides.

Ce que je mets de l’avant, ce sont des solutions collectives. Le gouvernement peut aider les agriculteurs dans leur transition vers des méthodes de rechange aux pesticides.

Maryse Bouchard, professeure de santé environnementale à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

Maryse Bouchard, professeure de santé environnementale à l'École de santé publique de l'Université de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Que direz-vous à la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles lorsque vous serez entendue mercredi?

Qu’il n’y a pas de bonnes études pour évaluer les risques des pesticides sur la santé dans les contextes québécois et canadien. Cela doit devenir une priorité de recherche. Il faut qu’il y ait du financement réservé à cela pour les chercheurs.

J’en appellerai aussi à une plus grande ouverture concernant les données d’exposition aux pesticides. Il devrait y avoir un registre mis en place pour que chaque utilisation des pesticides soit enregistrée avec une fine résolution temporelle et géographique afin de savoir quels pesticides sont étendus à quels endroits.

En terminant, voyez-vous des bienfaits, en matière de santé publique, à l’utilisation des pesticides?

Je peux comprendre que certains pays, comme l’Afrique du Sud, utilisent encore du DDT pour éradiquer des vecteurs de maladie comme la malaria. Mais dans le contexte québécois, je n’en vois pas.

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