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Contrer la pénurie d'enseignants au primaire avec une formation accélérée?

Des élèves lèvent la main dans une salle de classe.

Selon les derniers chiffres disponibles, il manquait environ 360 enseignants dans les classes pour la rentrée 2019.

Photo : iStock

Marie-France Bélanger

Un projet pilote de maîtrise à temps partiel pour tous ceux et celles qui détiennent un baccalauréat, peu importe la discipline, a été mis sur pied par l’Université de Montréal (UdeM) et l'Université du Québec à Montréal (UQAM) afin de pallier la pénurie d’enseignants au primaire. Ce nouveau programme à l'essai suscite toutefois des interrogations dans le milieu.

Saunya Malo, 45 ans, rêvait depuis des années d’obtenir son brevet d’enseignement, mais compte tenu de ses obligations familiales, il lui était impossible de s’inscrire au baccalauréat en éducation préscolaire et primaire, une formation de quatre ans à temps plein.

Titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en littérature, Saunya Malo fait déjà de la suppléance depuis 2003. Elle semble enfin avoir trouvé une façon d’atteindre son objectif.

Elle fait partie d’un projet pilote de maîtrise qualifiante en enseignement préscolaire et primaire offert à l’Université de Montréal.

Visiblement heureuse, Saunya Malo est sur un nuage depuis qu’elle a appris l’existence d’une telle initiative.

Saunya Malo sourit devant la caméra.

Saunya Malo, 45 ans fait partie d’un projet pilote de maîtrise qualifiante en enseignement préscolaire et primaire.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Bélanger

Tous ceux qui sont autour de moi ont dit "c’est vraiment pour toi". C’est un programme sur mesure. Je n’en reviens pas encore. Je suis très, très, très contente d’avoir la chance de participer. C’est une première au Québec.

Saunya Malo, 45 ans, participante au projet pilote

Tant l’UdeM que l’UQAM travaillent ces jours-ci à l’élaboration d’un programme de maîtrise qualifiante à temps partiel de 60 crédits pour l’enseignement au préscolaire et au primaire. Le but : offrir une solution de rechange au baccalauréat de quatre ans, qui comporte 120 crédits et qui est offert uniquement à temps plein.

Depuis cet été, les deux établissements ont donc commencé à offrir des cours d’initiation à l’enseignement qui seront crédités, si le nouveau programme de maîtrise est approuvé.

Les formations ont attiré quelque 170 étudiants aux parcours variés.

C’est un programme qui permettrait à des gens qui ont un baccalauréat, quel que soit le baccalauréat, de faire une maîtrise pour pouvoir enseigner au préscolaire et au primaire. C’est une formation qui se ferait le soir, la fin de semaine, l’été. Ce qui permettrait à ces personnes-là d’enseigner en milieu scolaire le jour, explique la doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation à l’UdeM, Pascale Lefrançois.

Elle ajoute que l’initiative est inspirée de formations offertes dans d’autres pays ou provinces canadiennes qui ont fait leurs preuves.

On n’est pas en train d’abolir les baccalauréats qui donnent encore d’excellents résultats. On est en train d’ouvrir une deuxième façon de faire les choses et qui nous semble équivalente en termes de qualité de formation et de résultats auprès des élèves.

Pascale Lefrançois, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation à l’UdeM

Catherine Bellazzi, une bachelière en beaux-arts de 43 ans, a été séduite par cette nouvelle formation à laquelle elle s’est inscrite.

J’ai travaillé en cinéma pendant 20 ans. Dans les dernières années, j’ai eu deux filles. Mon conjoint travaille aussi en cinéma. On trouvait ça difficile les horaires de cinéma avec les enfants, explique-t-elle.

Au cours de la dernière année, le métier d’enseignante s’est imposé comme une évidence pour elle. Au lieu de refaire le bac de quatre ans, je me dis que c’est une maîtrise, ça va être moins long, précise Catherine Bellazzi.

Grâce à son expérience professionnelle et personnelle, elle se sent plus confiante et calme qu’à 20 ans pour faire face à un groupe de tout-petits.

En arrivant avec un bagage de vie, j’espère y trouver du plaisir et pouvoir rester là longtemps.

Catherine Bellazzi

Selon les derniers chiffres disponibles, il manquait près de 360 enseignants dans les classes pour la rentrée 2019. Pascale Lefrançois se dit fière de contribuer à trouver des solutions à la pénurie d’enseignants, qui touche essentiellement la grande région de Montréal.

Nous prévoyons l’adopter [le programme] officiellement en 2020 et pouvoir y admettre officiellement des étudiants, souligne la doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation à l’UdeM.

Questionnements et inquiétudes

Le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, Alain Fortier, se dit déchiré entre le besoin de trouver des solutions à la pénurie d’enseignants et la nécessité d’assurer une formation rigoureuse.

Nous, on croit beaucoup que le métier est extrêmement difficile, que la composition de la classe demande de plus en plus de compétences et, en parallèle, on accélère le processus d’accessibilité à l’enseignement, dit-il.

Le projet suscite de nombreux questionnements pour l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal et la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), qui représentent plus de 65 000 enseignants.

Que vaut notre bac [baccalauréat] actuellement? Pourquoi on peut prendre des raccourcis? Est-ce que c’est temporaire ou ponctuel?, lance la présidente de la FSE-SCQ, Josée Scalabrini.

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