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Du salon au Panthéon : Michel Normandeau raconte Harmonium

Un homme est assis dans son salon.

Michel Normandeau est un des membres fondateurs du groupe Harmonium.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Christelle D'Amours

1974 - Michel Normandeau, au volant de sa voiture, s’arrête en bordure du boulevard Saint-Laurent à Montréal. Les larmes aux yeux, il entend les premières notes de la mythique Pour un instant s’échapper de sa radio. « Elle n’est plus à nous, elle appartient au monde », s’est-il dit. Près de 40 ans plus tard, le musicien s’attend à tout autant d’émotions alors qu’il se prépare à l’intronisation d’Hamonium, dimanche soir, au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens de la SOCAN.

Harmonium a déjà en poche un Félix hommage remis en 2018 lors du 40e gala de l’ADISQ pour sa contribution à la musique québécoise. Cette fois, c’est au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens que brillera le nom du groupe, puisqu'il y sera intronisé lors du 30e Gala SOCAN, le 22 septembre, à Montréal.

Un trophée Félix est déposé sur une table de salon à côté d'un disque vinyle du groupe Harmonium.

Un prix Félix a été remis en hommage à Harmonium lors du 40e Gala de l'ADISQ en 2018.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

À partir de dimanche, appelez-moi Sir!, déclare Michel Normandeau en riant. C’est que le musicien, juste avant l’entrevue, est allé consulter le dictionnaire pour découvrir qu’on intronise un roi ou une reine, explique-t-il.

S’asseoir sur un trône, on ne peut pas espérer plus que ça, ajoute-t-il, comblé.

Pour Michel Normandeau, il n’a pourtant jamais été question de popularité ou de gloire. Le succès d’Harmonium demeure un mystère pour lui, encore aujourd'hui.

On faisait ça, parce qu’on aimait ça, précise celui qui a fait ses débuts artistiques au théâtre. Il n’en demeure pas moins que de voir le réseau de la musique canadienne rendre hommage à son groupe qui, rappelle-t-il, s’est formé sur le coin d’une table de salon dans un petit appartement de Montréal, lui fait plaisir.

Printemps

Lorsque son colocataire, l’auteur et comédien Claude Meunier, a quitté leur appartement, Michel Normandeau a offert la chambre devenue vide à... Serge Fiori. De quelques textes sont nés des mélodies, puis des spectacles dans les bars et les cafés. Louis Valois s’est ensuite ajouté, formant un trio qu’on pouvait entendre un peu partout dans la métropole jusqu’aux petites heures du matin.

Sur l’affiche de l’une de leurs prestations, l’homme-orchestre que les musiciens ont baptisé « Harmonium » invitait le public à venir voir les jeunes hommes jouer. Ce n’était pas nous, Harmonium, c’était le personnage, raconte Michel Normandeau. On ne voulait pas s’appeler comme ça.

De fil en aiguille, le nom est resté et les gens les y ont associés. C’est ainsi que la populaire formation québécoise est née.

Une pochette de disque vinyle

Harmonium est en fait le nom d'un personnage, un multi-instrumentiste que les musiciens du groupe apposaient sur leurs premières affiches, avant même d'enregistrer leur premier album.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Été

I like you guys, leur a dit d’emblée Bob Morton. Ce dernier était alors directeur artistique de la maison de disques torontoise qui a donné sa première chance au groupe, Quality Records (NDLR : l’étiquette se nomme Celebration Records au Québec).

Il ne comprenait pas un mot, mais il aimait ça, se souvient M. Normandeau en se rappelant que lui aussi aimait donc bien les Beatles, tout en ne comprenant rien du tout aux paroles.

Quand les paroles et la voix deviennent un instrument, c’est ça qui fait une belle chanson, renchérit-il. C’est d’ailleurs la seule explication qu’il a trouvée pour justifier le succès d’Harmonium, puisqu'il se dit toujours aussi surpris que, 40 ans après sa formation, les gens écoutent encore leurs chansons.

Un disque vinyle.

« L'Heptade » est le troisième et dernier album d'Harmonium.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

La station de radio anglophone CHOM-FM a d'ailleurs été la première à faire entendre les pièces de l’album éponyme d’Harmonium. C’est toutefois à la suite d'un spectacle affichant complet à la Place des arts de Montréal, en juin 1974, que le coup d’envoi à la trajectoire de la formation a réellement été donné. Là, les radios ont embarqué, soutient l'artiste.

Quand ils ont vu ça, ils ne comprenaient pas qu’un groupe de cheveux longs comme nous autres puisse faire la Place des arts. Ça a été un effet déclencheur dans le développement de la carrière du groupe.

Michel Normandeau, membre du groupe Harmonium

Dans les mois qui ont suivi, leur première compilation s’est vendue à plus de 100 000 exemplaires et a trôné au sommet des palmarès musicaux de la province.

Automne

Deux autres opus sont nés de la collaboration Fiori-Normandeau-Valois : Si on avait besoin d'une cinquième saison - acclamé par le magazine Rolling Stone - qui a emmené le clavier de Serge Locat, et finalement L’Heptade, qui a donné suite à une tournée en Europe et en Californie, entre autres.

Quand j’écrivais avec Serge [Fiori], maudit qu’on travaillait fort! C’était des jours et des nuits à écrire, mais c’était l’fun!, se remémore celui qui affirme aussi n’avoir touché à aucune drogue dans ces années-là, malgré les rumeurs.On n’aurait pas été capables de faire de la musique sous l’influence du pot ou du hasch. On était très sérieux.

On était très difficiles : on enregistrait souvent des spectacles pour les réécouter et corriger des choses.

Michel Normandeau, membre du groupe Harmonium

On retrouve la couleur de chaque membre du groupe d’Harmonium sur les pièces de leurs albums : une osmose entre le texte et la musique, comme l’explique Michel Normandeau, qui permet au charme d’opérer.

Un homme tient un disque vinyle dans ses mains.

Des trois albums d'Harmonium, « Si on avait besoin d'une cinquième saison » est le préféré de Michel Normandeau. Il en possède une copie intacte, toujours scellée dans son emballage original.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Il aura fallu six mois à l’auteur pour écrire les paroles de la chanson Pour un instant, mais chaque mot comptait, soutient-il. Je pense que c’est ça, la magie d’une belle chanson : quand ça fait rêver et que les gens peuvent comprendre.

Hiver

Tout au long de l’existence du groupe, l'atmosphère aura été parfois sereine, parfois tendue entre Serge Fiori et Michel Normandeau. Lorsque les auteurs-compositeurs ont écrit les pièces de L’Heptade, tous deux savaient que c’était leur dernier album.

Des groupes rock, ça dure quatre ou cinq ans. C’est tellement intense comme rapport, qu’un moment donné, il faut que ça casse, puis c’est correct comme ça.

Michel Normandeau, membre du groupe Harmonium

Quand on l’a enregistré, il n’y avait plus de chimie, ajoute M. Normandeau en expliquant que le groupe s’est séparé quelque temps après. On a chacun fait notre carrière et c’est correct comme ça. Je n’aurais pas voulu être musicien rock toute ma vie. Je n’aurais pas eu l’énergie ou la capacité de faire ça!

Un homme dans la nature, devant un rocher et des arbres.

Depuis près de 30 ans, Michel Normandeau habite l'Outaouais. Il s'est installé dans la municipalité de Cantley où il peut profiter de son terrain boisé.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Une cinquième saison?

Michel Normandeau a fait carrière au gouvernement fédéral, au sein de ce qui est devenu Musicaction, sans jamais oublier cette période marquante qu’a été Harmonium dans sa vie. S’il s’est tenu loin des projecteurs, le musicien se dit toujours aussi ému par les commentaires qu’il reçoit encore aujourd’hui de la part du public.

Savoir que sa musique d’Harmonium continue de toucher les gens et d’être écoutée après quatre décennies, c’est le plus beau cadeau qu’on ne peut pas avoir, affirme-t-il

Il aura fallu tout ce temps pour que les membres de l’une des figures de proue de la musique québécoise des années 1970 se retrouvent. On était contents de se revoir! , se souvient M. Normandeau, en évoquant la soirée du 40e Gala de l’ADISQ, en octobre 2018.

Depuis, les musiciens sont retournés au parc Lajoie, à Montréal, où la photo de leur première pochette d’album a été prise. Ils en ont fait une nouvelle version avec des cheveux moins longs, mais beaucoup plus gris.

Une photo noir et blanc de trois jeunes hommes prise dans les années 1970.

À l'endos de la pochette du premier vinyle d'Harmonium, on trouve une photo des membres du groupe prise dans les années 1970.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

C’est cette photo qui se retrouvera sur la pochette de la version revisitée de leur premier album, en novembre 2019.

Louis [Valois] a mis la main sur les premiers enregistrements analogues sur de grosses pistes de deux pouces qu’il a fait numériser et ils ont refait le mix, détaille M. Normandeau. C’est extraordinaire, parce qu’on n’avait pas eu beaucoup de temps, en 1974, pour mixer l’album. [...] Avec toutes les techniques actuelles, ils ont fait ressortir des choses qu’on avait oubliées.

La première fois que j’ai entendu - ça fait un mois - j’avais les larmes aux yeux parce que je nous ai revus, tous les trois, en train de faire cet album-là.

Michel Normandeau, membre du groupe Harmonium

En attendant cette sortie, Serge Fiori, Michel Normandeau, Serge Locat et Louis Valois auront l’occasion de se rappeler d’autres souvenirs, lors de l’intronisation d'Harmonium au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, dimanche.

J’ai repassé ma chemise, mes pantalons! s’amuse Michel Normandeau. Je suis prêt à monter sur le trône!

Avec la collaboration de Marilou Lamontagne

Ottawa-Gatineau

Musique