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Un manifestant libéré à Moscou grâce à un mouvement de solidarité sans précédent

Un homme est retenu par quatre policiers.

Avec des interpellations, interrogatoires et perquisitions qui ont visé cet été les figures de l'opposition russe, les autorités avaient clairement montré qu'elles répondraient fermement à la montée de la contestation.

Photo : AFP / KIRILL KUDRYAVTSEV

Tamara Alteresco

C’est une vague de soutien sans précédent qui déferle à Moscou pour la douzaine de jeunes incarcérés depuis les grandes manifestations qui ont éclaté cet été pour réclamer des élections libres. Acteurs, professeurs, médecins, artistes et même des membres du clergé, la liste de ceux qui exigent leur libération immédiate ne cesse de s’allonger.

Une solidarité plutôt rare chez l’élite intellectuelle et professionnelle russe qui a plutôt l’habitude de se tenir à l’écart du débat politique.

Mais plus les jours passent, plus le malaise croît face au sort de ces jeunes hommes, la plupart sont des étudiants qui sont passibles de plusieurs années de prison pour avoir participé à des rassemblements interdits.

Cette mobilisation semble désormais porter fruit avec la libération, vendredi matin, de l’acteur Pavel Oustinov, 23 ans, un des 12 détenus. Il avait pourtant été condamné lundi à trois ans et demi de prison pour violence contre un policier.

Rare volte-face du tribunal

Le tribunal a accepté de le remettre en liberté jusqu'à ce que sa demande d’appel ait été entendue. Une volte-face inhabituelle en cour criminelle.

Comme tous les autres détenus, l’acteur clame son innocence et affirme ne jamais avoir levé la main sur les agents des forces de l’ordre.

D'ailleurs, une vidéo sur laquelle on voit quatre policiers l’appréhender et le frapper pendant qu’il se tenait debout en parlant au téléphone lors de la manifestation du 6 août dernier circule depuis des semaines sur les réseaux sociaux.

Pavel Oustinov reproche entre autres au tribunal de ne pas avoir examiné cette preuve avant de rendre son verdict.

Des réalisateurs, des auteurs et des techniciens de l’industrie du théâtre ont directement interpellé le président Poutine en début de semaine pour qu’il intervienne en sa faveur.

Même le secrétaire général du conseil du parti Russie unie de Vladimir Poutine avait qualifié l’arrestation du jeune acteur de flagrante injustice .

Des policiers arrêtent un manifestant.

L'ONG Amnistie Internationale a critiqué une tentative ouverte et sans gêne des autorités russes d'intimider l'opposition en juillet dernier.

Photo : Reuters / Shamil Zhumatov

Le porte-parole du président a déclaré que c’était aux tribunaux de décider de la suite, mais la libération surprise de ce matin ne laisse aucun doute sur l’intervention du Kremlin.

Si le but non avoué de cette volte-face de la cour était de calmer la société civile et de mettre fin à la protestation, tout indique que la mobilisation est loin d’être finie.

Outre Pavel Oustinov , il y a encore 11 jeunes en détention, dont 6 qui ont déjà écopé de deux à cinq ans de prison.

Plusieurs avocats de la défense ont aussi exprimé leurs inquiétudes au sujet de la rapidité avec laquelle ces procès criminels ont été tenus, soit à peine quelques semaines.

Les critiques du Kremlin accusent le pouvoir de recourir à la répression judiciaire pour dissuader les jeunes d’exercer leur droit de s'exprimer.

Les missives des médecins et du clergé

Dans une lettre ouverte publiée cette semaine, plus d’une centaine de prêtres orthodoxes du monde entier ont exprimé leur consternation.

La lettre souligne que les sentences administrées infligées à ces jeunes manifestants sont plus sévères que des sentences indulgentes données à des individus pour des crimes beaucoup plus sérieux.

Les prêtres qui ont signé la lettre vont même jusqu’à dire que ces sentences ressemblent plus à de l’intimidation qu’à de la justice en bonne et due forme .

De son côté, le patriarche de l’Église orthodoxe de Russie, connu pour être un grand allié du Kremlin, a tenu à prendre ses distances de la missive en la qualifiant d’insignifiante par la voix de son porte-parole.

Mais cette lettre du clergé aura inspiré d’autres ordres professionnels qui lui ont emboîté le pas en lançant leur propre pétition. Un manifeste signé par 600 médecins russes et publié sur Facebook exige la libération des jeunes qu’ils considèrent comme injustement accusés.

Les médecins accusent la cour criminelle de Moscou d’avoir fabriqué des accusations. Ils affirment du même souffle avoir observé dans leur pratique quotidienne une augmentation de l’anxiété chez leurs patients, et ce, en raison du climat politique tendu.

Plaidoyer des enseignants

Des policiers lors de la manifestation en appui à Navalny, à Moscou, le 28 janvier 2018.

Une manifestation encadrée de près par des policiers en janvier 2018, à Moscou.

Photo : Reuters / Tatyana Makeyeva

Plusieurs professeurs des universités fréquentées par les jeunes détenus ont déjà manifesté leur appui depuis leur arrestation, mais aujourd'hui, des milliers en ont rajouté dans le milieu de l’éducation.

Mais de tous les soutiens exprimés cette semaine aux jeunes détenus, c’est celui manifesté par plus de 2 000 enseignants d’école des quatre coins de la Russie qui est le plus percutant.

Il nous est impossible de parler avec honnêteté aux enfants des décembristes, des goulags, des grands classiques de la littérature russe, comme Une Journée D’Ivan Denissovich, des principes de liberté et de moralité, tout en faisant semblant qu’il ne se passe rien à l’extérieur de la salle de classe, qu’il n’y a pas d’injustice, lit-on dans la lettre.

C’est de la pure hypocrisie et nous refusons de la transmettre aux enfants, poursuivent les enseignants.

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