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analyse

Voulons-nous vraiment être riches comme les Américains?

Un plan large d'une rue animée de Toronto.

Une étude arrive à la conclusion que les Canadiens sont plus riches qu’il n’y paraît lorsqu’on les compare aux Américains.

Photo : Radio-Canada

Gérald Fillion

François Legault s’est dit « heureux, content, fier » de participer jeudi à l’annonce de la création de 250 emplois du côté de Mitsubishi à Boisbriand; des emplois « très, très bien payés », a-t-il dit. C’est le mantra du premier ministre : il veut créer des emplois à meilleurs salaires, parce qu’il considère que le Québec n’est pas assez riche. Une étude vient nuancer ce portrait.

Depuis la création de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault a souvent dit que le Québec était pauvre, ou qu'il n’est pas assez riche par rapport à ses voisins. C’est vrai qu’en considérant le produit intérieur brut (PIB) par habitant ou le revenu disponible, le Québec est généralement dans le bas du classement. 

Une étude (Nouvelle fenêtre) publiée en juillet par le Centre d’étude des niveaux de vie, un organisme à but non lucratif d’Ottawa, arrive à la conclusion que les Canadiens sont plus riches qu’il n’y paraît lorsqu’on les compare aux Américains. Malheureusement, l’étude ne donne pas d’informations spécifiques sur le Québec. Mais, puisque les données sur le PIB et les revenus des Canadiens sont plus faibles que celles du côté américain, le constat de l’étude demeure intéressant et pertinent vu du Québec, d’autant que ce rapport souligne combien les moins grandes inégalités de ce côté-ci de la frontière expliquent en bonne partie le fait qu’une majorité de Canadiens sont relativement plus riches que les Américains. 

Autre portrait de la richesse

D’entrée de jeu, dans le court texte rédigé en français, le chercheur Simon Lapointe rappelle qu'il est fréquemment observé que les Américains sont en moyenne plus riches que les Canadiens. En 2016, par exemple, le PIB par habitant était 47 294 $ US au Canada (en matière de parité de pouvoir d’achat), [comparativement] à 57 798 $ US aux États-Unis.

Toutefois, dit-il, derrière ces données se cache une réalité qui nous révèle un autre portrait de la vraie richesse. Cette comparaison, dit Simon Lapointe, entre revenus moyens n’implique pas nécessairement que tous, ou même la plupart des Canadiens, se trouvent dans une situation défavorable aux Américains en termes de revenus. Ce rapport montre que les 56 % des ménages canadiens au bas de la répartition des revenus sont en fait plus riches que les ménages américains au même niveau de la répartition des revenus.

Pourquoi? Parce que, justement, les inégalités sont moins grandes au Canada. Et il est pertinent d’ajouter ici que le niveau d’inégalités est encore plus faible au Québec en comparaison des provinces et des États d’Amérique du Nord. Un rapport semblable, sur le Québec spécifiquement, nous donnerait certainement un portrait plus nuancé de la richesse. 

L’écart dans le PIB par habitant, entre le Canada et les États-Unis, s’explique en bonne partie par une productivité plus élevée du côté américain. Le chercheur ajoute toutefois que si les ménages américains sont, en moyenne, plus riches que les Canadiens, c’est parce qu’au sommet de la distribution des revenus, les mieux nantis sont plus riches qu’au Canada. 

Le 1 % des ménages les plus riches aux États-Unis, écrit Simon Lapointe, reçoit environ 8,56 % du revenu total alors que ce groupe touche seulement 5,68 % du revenu total au Canada.

De plus, le chercheur ajoute que son estimation des revenus pourrait, en réalité, sous-estimer le bien-être économique des Canadiens par rapport aux Américains. En effet, les Canadiens reçoivent généralement plus de bénéfices de leurs gouvernements, en incluant particulièrement les soins de santé. Si ces bénéfices faisaient partie des estimations, le revenu médian des ménages augmenterait au Canada et pourrait probablement dépasser par une grande marge le revenu médian des Américains. Alors que ces bénéfices viennent avec des impôts plus élevés, la progressivité du système d’impôt [au Canada] est telle que le ménage médian en est probablement un bénéficiaire net.

Simon Lapointe a divisé la distribution des revenus bruts en 100 groupes. Chaque groupe qui représente un point de pourcentage de 0 à 100 % a été comparé. Le graphique montre que les 56 % des Canadiens les moins riches ont des revenus plus élevés que les mêmes 56 % d’Américains. Si le revenu moyen ou médian est plus élevé aux États-Unis, la majorité des Canadiens sont dans une meilleure situation que la majorité des ménages américains. 

L’étude rappelle également qu’un autre rapport — publié par Wolfson et Murphy en 1998 — montrait que le tiers des Canadiens étaient, en 1995, dans une meilleure situation financière que le même tiers aux États-Unis. Si aujourd’hui, nous sommes rendus à 56 %, c’est parce que les inégalités économiques au Canada ont grandi moins rapidement qu’aux États-Unis. 

Bloomberg a rapporté les résultats de cette étude le 29 août dernier en expliquant que, en fin de compte, les Américains de la classe moyenne perdent du terrain devant les citoyens d’autres pays. Citant l’analyse de Simon Lapointe et d’autres rapports d’experts, le chroniqueur Justin Fox affirme, en conclusion de son texte, que lorsque vient le temps d’améliorer la situation de la classe moyenne, d’autres pays riches ont fait un meilleur travail que les États-Unis.

Alors, en conclusion, si je reviens à François Legault, il est certainement souhaitable de voir le revenu des Québécois augmenter, et l’écart de revenus se réduire avec nos voisins. Je l’ai déjà écrit : cet enrichissement plus grand est nécessaire pour faire face au vieillissement de la population.

Mais la comparaison avec les Américains, que le premier ministre a souvent ramenée à l’avant-plan, mérite d’être nuancée. Cette étude, aujourd’hui, montre clairement que les Canadiens n’ont rien à envier au modèle américain, qui favorise les écarts de richesse et la hausse des inégalités. 

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