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Une symphonie portuaire, qu'est-ce que c'est?

Le navire Sapphire Princess.

Le bateau de croisière Sapphire Princess était l'un des navires dont les sirènes retentissaient partout à Saint-Jean jeudi, lors de la symphonie portuaire.

Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Patrick Butler

C’est une tradition cacophonique chérie par certains et detestée par d’autres. Chaque fois qu’un nouveau bateau de croisière visite Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, plusieurs résidents organisent une symphonie portuaire pour lui souhaiter la bienvenue.

Inventée à Saint-Jean en 1983, la symphonie portuaire n’est pas souvent mélodique. Elle impressionne plutôt par ses décibels et la résonance qu’elle produit.

Radio-Canada a pu assister à une symphonie portuaire jeudi, lorsque le port de la ville, entouré de collines, s’est transformé encore une fois en amphithéâtre naturel.

Lors de ce plus récent spectacle, jeudi, les sirènes du bateau de croisière Sapphire Princess, de trois bateaux ravitailleurs et d’un navire de la Garde côtière retentissaient partout dans le port.

Le bassin du port permet au son de rebondir et de retentir très facilement. C’est l’endroit parfait pour une symphonie portuaire.

Bert Power, organisateur et compositeur de symphonies portuaires
Bert Power.

Bert Power a composé la symphonie portuaire, « Sounding Out », qui a été interprétée pour la première fois jeudi à Saint-Jean.

Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

Chaque symphonie est une nouvelle composition écrite pour les sirènes de 5 à 10 bateaux. Les musiciens se rassemblent près du quai et se voient divisés en équipes selon le nombre de bateaux qui seront utilisés.

Une répétition avant le spectacle

Avant d’être envoyés à leur bateau respectif, les musiciens participent à une courte répétition. Chaque musicien reçoit une partition qui montre quand jouer de la sirène et pendant combien de temps.

Puisqu'ils ne sont pas encore à bord des bateaux, ils doivent répéter la mélodie à voix haute.

La partition.

L'une des partitions utilisées pour interpréter la plus récente symphonie portuaire.

Photo : Radio-Canada / Marie Isabelle Rochon

À bord de chaque navire, une personne garde le tempo avec un chronomètre. L'autre coéquipier pousse le bouton pour actionner la sirène.

Les musiciens écoutent la radio du bateau pour le décompte de la Garde côtière, qui signale le début de la symphonie.

Une fois la symphonie amorcée, les sirènes retentissent autour de la ville. Pour les résidents du centre-ville, il est impossible d’ignorer cette musique assourdissante.

Mais protégés par la cabine des bateaux, la symphonie semble beaucoup plus douce aux oreilles des musiciens.

Une invention terre-neuvienne

La première symphonie portuaire à Saint-Jean a été organisée en 1983, dans le cadre du Sound Symposium, un festival de musique contemporaine qui se déroule tous les deux ans.

Après des décennies de symphonies, dont la plupart des enregistrements sont disponibles sur Internet, des événements semblables ont maintenant lieu à Montréal, à Vancouver, à Amsterdam et à San Francisco.

Cette semaine, Delf Hohmann, qui organise la symphonie portuaire à Saint-Jean depuis 2004, est à Toronto pour organiser la toute première symphonie portuaire en Ontario.

Une tradition qui ne plaît pas à tout le monde

La symphonie portuaire divise les résidents de la ville.

Selon l'une des musiciennes qui ont participé à la symphonie jeudi, Valérie Webber, certains croient que la symphonie est l’une des choses les plus merveilleuses qui se puisse entendre à Saint-Jean. D’autres croient que la symphonie portuaire n'a rien de mélodique et que l'effet recherché est plutôt le vacarme!

Les gens d’ici [...], ils sont soit très contre ça, très énervés, très fatigués d'écouter ça chaque année, ou ils sont des fans. Ç'a l’air d’être quelque chose de noir et blanc, explique-t-elle. Il n’y a pas beaucoup de gens qui n’ont pas d’opinion là-dessus.

Delf Hohmann indique qu’il reçoit de temps en temps des appels de résidents fâchés qui pensent que la Ville devrait interdire ce genre d'événement. Mais il dit que bien d’autres résidents adorent écouter la musique créée par les bateaux.

Un homme m’a appelé et il m’a dit : “Ce que vous faites, ce n’est pas de la musique”. Il m’a aussi dit que quand la symphonie commence, les animaux se mettent à gémir comme nous, raconte M. Hohmann.

Je me suis dit : “Ah oui? Les chiens et les chats du quartier sont en train de chanter avec nous? C’est merveilleux!”

Terre-Neuve-et-Labrador

Musique