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Des avis nuancés en Colombie-Britannique sur le brownface de Justin Trudeau

Plan serré du visage de Justin Trudeau en point de presse.

« C’est un moment de sensibilisation et une occasion d’apprentissage », croit Satwinder Bains, directrice de l'Institut des études sud-asiatiques, de l'Université de la Vallée du Fraser.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Les réactions à la brownface de Justin Trudeau sont modérées en Colombie-Britannique. Le premier ministre sortant du Canada s’est excusé une fois de plus jeudi matin, regrettant profondément ses gestes survenus il y a 18 ans. Il a expliqué qu'à l'époque où ces clichés et vidéos ont été pris il ne comprenait pas le privilège qu'il avait de ne jamais avoir été la cible de discrimination.

Lise Honnyo, qui habite Vancouver depuis trois ans, est d'origine camerounaise. Ces photos ne l'ont pas surprise. Étant elle-même noire, elle rappelle que des opinions, des positions et des réactions racistes sont des situations vécues au quotidien par les personnes noires, qu’elles sont ancrées dans la société.

Elle juge tout de même que les photos de Justin Trudeau sont inacceptables.

Plan serré du visage de Lise Honnyo en entrevue sur le trottoir.

Lise Honnyo affirme que les propos et les opinions racistes font partie du quotidien des personnes noires.

Photo : Radio-Canada

Selon elle, le fait que les photos et les vidéos dans lesquelles Justin Trudeau apparaît avec le visage peint en noir ont été prises il y a au moins 18 ans n'excusent pas le geste.

« Je ne pense pas du tout qu'il y avait de mauvaises intentions derrière ça, juste un peu d'ignorance à l'époque de sa part. Ignorance de ce qui est ou pas acceptable, ignorance par rapport au fait que certains comportements peuvent blesser certains groupes de personnes », a-t-elle ajouté.

De son côté, Dominique Makay, un Congolais d'origine qui habite Victoria depuis 10 ans, croit qu'il faut remettre les gestes du chef libéral dans le contexte d'un bal costumé il y a plusieurs années.

Plan moyen de Dominique Makay, dans un bureau.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dominique Makay croit que le scandale qui a éclaté au sujet de la « brownface » de Justin Trudeau écarte les Canadiens des discussions entourant les problèmes importants auxquels fait face le Canada.

Photo : Radio-Canada

« Je pense que, dans le contexte dans lequel la chose s’est faite où quelqu’un s’est déguisé pour une soirée entre collègues, il y a 10 ans, ce n’était probablement pas problématique. [Si c’était arrivé] il y a un an, ce serait certainement plus problématique parce que ce serait aller à l’encontre des nouveaux codes sociaux qui sont établis », a-t-il soutenu.

Je comprendrais bien qu'une personne se sente offusquée si c'était fait de façon mesquine, par exemple pour se moquer de certains traits.

Dominique Makay, membre du C. A. , Association des communautés congolaises du Canada

Selon lui, cette controverse détourne les Canadiens de questions plus importantes, notamment la politique de l'État vis-à-vis des peuples autochtones, qui sont à son avis victimes de racisme systémique. Justin Trudeau doit plutôt être jugé sur son bilan, croit-il.

« Je pense que les Canadiens sont suffisamment matures pour le juger par rapport aux vraies politiques qu'il a mises en place. Il y a beaucoup de choses à redire sur sa gestion, beaucoup de choses négatives et beaucoup de choses positives », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, Lise Honnyo et Dominique Makay trouvent exagérées les réactions qui ont suivi la diffusion de ses photos, surtout celles provenant des adversaires politiques.

Une occasion de réfléchir

Selon la professeure Satwinder Bains, née en Inde, le geste qu'a commis Justin Trudeau est une erreur navrante.

Plan moyen de Satwinder Bains en entrevue dans un bureau.

La professeure Satwinder Bains souhaite que les Canadiens réfléchissent au passé sombre du Canada dans la foulée des photos en « brownface » de Justin Trudeau.

Photo : Radio-Canada

Toutefois, elle ne croit pas que son geste entamera trop profondément le capital de sympathie dont il bénéficie, particulièrement dans la communauté indo-canadienne, et ce, en raison de l'héritage laissé par son père, Pierre Elliott Trudeau.

« Quand Pierre Trudeau était au pouvoir, il a ouvert les portes plus largement pour nous, plutôt que de restreindre notre entrée à cause de notre origine. Beaucoup d'immigrants, comme moi, se rappellent ce moment », explique-t-elle.

Elle espère que cette controverse sera l'occasion de réfléchir.

C’est un moment de sensibilisation et une occasion d’apprentissage. [...] C’est arrivé avec le premier ministre d’un pays. Le niveau de compréhension va s’élever à cause de la personne impliquée dans cette affaire.

Satwinder Bains, directrice, Institut des études sud-asiatiques, Université de la Vallée du Fraser

« L’histoire regorge d’erreurs, de gestes que les gens ont commis que nous regardons aujourd’hui avec dédain. [...] Selon moi, le progrès s’incarne dans la compréhension du travail qui reste à achever », fait-elle remarquer.

Avec les informations de Timothé Matte-Bergeron

Colombie-Britannique et Yukon

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