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Algérie : après l'annonce d'une élection, l'armée durcit le ton

Ahmed Gaid Salah, chef d'état-major de l'armée algérienne, lors d'un défilé militaire à Alger.

Ahmed Gaid Salah gouverne l'Algérie depuis la démission d'Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril.

Photo : Associated Press / Anis Belghoul

Agence France-Presse

L’armée algérienne a durci le ton mercredi, trois jours après l'annonce d'une élection présidentielle malgré le rejet de la rue, en indiquant qu'elle empêcherait désormais les manifestants des autres régions de se joindre aux cortèges de la capitale Alger.

J'ai donné des instructions à la gendarmerie nationale pour empêcher la venue de manifestants d'autres wilayas [divisions administratives] à Alger, a déclaré lors d'un discours le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et homme fort de l'Algérie depuis la démission forcée d'Abdelaziz Bouteflika le 2 avril.

À cette fin, il a appelé à l'application rigoureuse des réglementations en vigueur, y compris l'interpellation et la saisie des véhicules et des autocars utilisés, ainsi que la délivrance d'amendes à leurs propriétaires.

Dans ce discours prononcé à Tamanrasset, dans l'extrême sud du pays, le général Gaïd Salah a motivé sa démarche par l'existence de certaines parties [...] aux intentions malveillantes, [qui] font de la liberté de déplacement un prétexte pour justifier leur dangereux comportement, lequel consiste à créer tous les facteurs qui perturbent la quiétude des citoyens.

Ces parties, non identifiées, drainent chaque semaine des citoyens [...] vers la capitale afin d'amplifier les flux humains dans les places publiques, avec des slogans tendancieux qui n'ont rien d'innocent, a allégué Ahmed Gaïd Salah.

Leur véritable objectif est d'induire l'opinion publique nationale en erreur avec ces moyens trompeurs pour s'autoproclamer fallacieusement comme les porte-voix du peuple, a-t-il tonné.

30e semaine consécutive de manifestations

Depuis bientôt sept mois, l'Algérie est le théâtre chaque vendredi de manifestations contre le pouvoir. Celles-ci ont abouti à la démission du président Bouteflika en avril, mais elles se sont poursuivies sans faiblir avec, entre autres, la revendication du départ de l'ensemble du système.

Face à la contestation, le pouvoir a choisi le passage en force en annonçant dimanche, lors d'une allocution du président par intérim Abdelkader Bensalah, une nouvelle date pour la tenue d'une élection présidentielle, le 12 décembre.

Il n' y a pas lieu, pour quiconque, de chercher des faux prétextes pour remettre en cause l'intégrité du processus électoral ou l'entraver, a jugé mercredi Ahmed Gaïd Salah, qui avait réclamé en début de mois qu'une date pour le scrutin soit vite fixé.

Une précédente tentative d'organiser une présidentielle, le 4 juillet, avait échoué, faute de candidats.

Le mouvement (Hirak) rejette la tenue d'une élection avec le gouvernement actuel aux manettes. Il réclame au préalable le démantèlement de l'appareil hérité des 20 ans de présidence Bouteflika ainsi que la mise en place d'institutions de transition, ce que refuse le pouvoir.

Ce mardi, comme chaque semaine, les étudiants ont manifesté pour la 30e semaine consécutive, en exprimant leur opposition persistante à la tenue d'une élection présidentielle.

Tour de vis supplémentaire

À Alger, les manifestations étaient officiellement interdites depuis 2001 lorsque la contestation a subitement éclaté, le 22 février, face à la perspective d'un cinquième mandat de M. Bouteflika.

C'est vraiment choquant. Au moment où nous avons dénoncé la fermeture de l'accès à la capitale à plusieurs reprises, le vice-ministre de la Défense [le général Gaïd Salah] assume publiquement de donner instruction aux forces de sécurité de bloquer l'accès à Alger, a déclaré à l'AFP Me Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH).

Cette décision est illégale, a-t-il ajouté, affirmant qu'il n'y avait aucune réglementation en ce sens, bien au contraire : la Constitution garantit aux Algériens l'égalité citoyenne et la liberté de circulation.

La décision ouvre la voie de la discrimination entre Algériens sur la base des immatriculations des véhicules, a-t-il encore dénoncé.

Une telle interdiction constitue un tour de vis supplémentaire du pouvoir dans son face-à-face avec les manifestants.

Depuis plusieurs semaines, la police procède à des arrestations avant le début de la grande manifestation du vendredi à Alger.

Selon le coordinateur du Comité national pour la libération des détenus (CNLD), 22 manifestants qui avaient été interpellés vendredi dernier ont été placés dimanche en détention provisoire.

Lundi, une autre figure du Hirak, Samir Benlarbi, a été placé en détention préventive. Celle-ci intervient après celles de l'opposant Karim Tabou, écroué le 12 septembre, et de l'ancien vétéran de la guerre d'indépendance Lakhdar Bouregaâ, incarcéré depuis le 30 juin.

Tous deux sont poursuivis pour atteinte au moral de l'armée.

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