•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

Justin Trudeau et la maison de verre

Justin Trudeau en point de presse, à Halifax

Justin Trudeau en point de presse, à Halifax

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Michel C. Auger

« Ceux qui vivent dans une maison de verre ne devraient pas lancer des roches », dit le proverbe. Et il s’applique remarquablement bien à la situation actuelle de Justin Trudeau après la publication de deux photos et d'une vidéo le montrant avec un maquillage noir, un « blackface » comme on dit en anglais.

Le problème, d’ailleurs, n’est pas tant le « blackface » lui-même, mais ce que l’incident révèle sur Justin Trudeau et, plus encore, sur la marque de commerce Trudeau qui est au cœur du message et des stratégies du Parti libéral du Canada dans cette campagne électorale.

Comme la bonne foi se présume, on doit accepter les excuses de M. Trudeau comme ses explications à propos d’incidents qui se sont passés il y a presque deux décennies pour ce qu’elles sont.

Mais ses excuses seraient beaucoup mieux reçues s’il ne s’était pas présenté comme le grand porte-étendard de l’inclusion. Surtout, s’il n’avait pas, depuis le début de la campagne, poussé les hauts cris pour tout commentaire dans lequel il croyait déceler une saveur raciste, islamophobe ou anti-francophone, de la part de ses adversaires — même dans un passé pas si récent.

Il a aussi vertement critiqué son adversaire conservateur, Andrew Scheer, pour avoir passé l’éponge sur de telles déclarations, en disant que si ses candidats, qui en sont les auteurs, s’étaient excusés, on devait accepter leurs excuses et tourner la page.

Or que demande aujourd’hui M. Trudeau? Exactement la même chose : il dit aux Canadiens qu’il s’est excusé et qu’on devrait tourner la page. Ce qui est inacceptable pour M. Scheer est tout à fait approprié pour lui.

À un tout autre niveau, cela rappelle un incident récent de la campagne électorale, soit cette incompréhensible ritournelle publicitaire nous invitant à « enlever la main haute » et qui démontrait, au minimum, un manque de sensibilité envers les francophones.

Notre dossier Élections Canada 2019

36 heures plus tard...

Il a fallu 36 heures — et que cela devienne une (petite) controverse — avant que le Parti libéral n'annonce qu’elle allait être réenregistrée, mais non sans avoir d’abord prétendu que les francophones devraient être heureux de voir un groupe anglophone essayer de chanter en français.

On aurait déjà oublié le tout si cela ne venait pas du parti qui a fait adopter la Loi sur les langues officielles il y a 50 ans, à l’époque du père de l’actuel premier ministre. M. Trudeau s’est souvent présenté comme le premier défenseur de cet héritage. Et l’incident de la ritournelle peut facilement laisser l’impression que, pour la campagne libérale, les langues officielles du pays sont plutôt l’anglais et... Google Translate.

Ce qui restera de ces derniers jours — et c’est ce qui sera le plus dommageable pour M. Trudeau — c’est de le voir essayer de donner des leçons à ses adversaires à partir de normes qu'il ne s’applique pas à lui-même. Ses « profondes excuses » auraient été beaucoup plus crédibles s’il n’avait pas joué à « pas vu, pas pris ».

À moins que l’on retrouve plusieurs autres incidents dans le passé de M. Trudeau, la controverse ne devrait pas causer des bouleversements majeurs dans les intentions de vote. Sur le plan électoral, le principal danger pour les libéraux n’est pas tant les changements d’allégeance que l’abstention. Que plusieurs de leurs partisans soient maintenant moins enclins à sortir pour aller voter, le 21 octobre prochain.

Mais quoi qu’il advienne, les révélations des dernières heures ne peuvent que ternir la réputation d’intégrité de M. Trudeau. Tout comme on se questionnera beaucoup plus rapidement et facilement sur son jugement. Ce qui annonce, si les libéraux devaient l’emporter, un deuxième mandat beaucoup plus difficile.

Politique fédérale

Politique